Erik Karlsson a joué avec à peu près tous les défenseurs gauchers de l’organisation dans la première moitié de la saison. Chabot ne peut certainement pas faire pire que certains d’entre eux.

Pour le meilleur... ou le pire

CHRONIQUE / Ainsi donc, Thomas Chabot se développerait plus rapidement qu’Erik Karlsson. C’est le capitaine des Sénateurs qui l’a dit, mardi matin. Et ce n’était pas la première fois qu’il effectuait une telle affirmation. Faudrait qu’il change de disque.

D’abord, ce n’est pas vrai.

Je ne sais pas exactement ce que Karlsson a retenu de la saison 2009-10, celle où il était âgé de 19 ans.

Moi, dans ma tête, c’est limpide. À cette période de l’année, il avait déjà fait sa place dans le top-4 défensif. Son entraîneur, Cory Clouston, lui faisait régulièrement passer plus de 20 minutes par match sur la patinoire. Il produisait de façon régulière. Il commençait même à prendre le contrôle de certains matches.

Chabot n’est pas rendu là. Il progresse, mais il n’a pas encore atteint ce niveau.

Il joue bien. Il progresse. Mais il n’est pas là.

On devine que Karlsson est animé par les meilleures intentions du monde. À 27 ans, avec deux répliques du trophée Norris sur le manteau de sa cheminée, il se croit prêt à jouer les mentors.

Il aurait décidé de prendre le jeune Chabot sous son aile. C’est bien. Très noble de sa part, même.

Faudrait quand même saupoudrer les compliments avec un peu de retenue.

Erik Karlsson est le meilleur défenseur à caractère offensif de son époque. Chabot pourrait connaître une très belle carrière sans jamais vraiment se rapprocher de lui.

Guy Boucher a d’ailleurs servi un bel exemple, dans sa conférence de presse d’avant-match, mardi. Il a cité Sean Bergenheim, un ailier gauche finlandais qu’il a dirigé pendant une saison, en 2010-11, à Tampa.

Essentiellement, Bergenheim avait déjà été considéré comme l’espoir numéro un des Islanders de New York. Ces derniers avaient finalement décidé de lancer la serviette, au terme de six saisons durant lesquelles il n’avait jamais réussi à répondre aux attentes.

« Nous avons mis des semaines à comprendre ce qui l’empêchait de progresser. Nous avons finalement découvert qu’il n’avait jamais réussi à composer avec la pression qu’on lui avait mis sur les épaules, au tout début de sa carrière, en prédisant qu’il serait le prochain Peter Forsberg. »

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On ne devrait pas trop s’en faire pour Chabot, au fond.

Lors de mes premiers contacts avec lui, j’ai d’abord été impressionné par sa motivation. Sa drive, comme on dit en bon français.

Cette année, son calme, sa maturité, son intelligence sautent aux yeux. Je ne suis pas le seul à le trouver impressionnant.

Je ne sais pas trop si l’expérience avec Karlsson sera concluante.

À une époque pas trop lointaine, un entraîneur n’aurait jamais osé utiliser deux défenseurs à caractère offensif au sein du même duo.

Le hockey change. C’est peut-être la voie de l’avenir.

Karlsson a joué avec à peu près tous les défenseurs gauchers de l’organisation dans la première moitié de la saison. Johnny Oduya et Dion Phaneuf n’ont pas été capables de remplacer adéquatement Marc Méthot. Mark Borowiecki, Freddy Claesson et Ben Harpur, non plus.

Chabot ne peut certainement pas faire pire que certains d’entre eux.

Le Beauceron, avec son calme habituel, a très bien résumé les choses, mardi. « On est quand même deux joueurs intelligents. Si je vois Erik se joindre à l’attaque, je ne vais pas le suivre. Je vais rester en retrait. Je suis convaincu qu’il fera la même chose dans le cas contraire. »

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Mark Borowiecki a pu atteindre la LNH parce qu’il adore le hockey et qu’il est prêt à tout pour jouer.

Il a également eu assez de jugement pour comprendre que son talent limité. Il lui fallait apprendre à jouer d’une certaine manière pour durer.

« Jugement » est ici un mot très important.

Borowiecki est prêt à revenir de sa plus récente commotion cérébrale. On a installé une visière teintée sur son casque.

Je déteste ces visières. Elles m’inspirent les pires craintes.

Si le cerveau de Borowiecki a toujours du mal à s’adapter aux lumières très brillantes et puissantes qui éclairent la surface glacée, que se passera-t-il quand il encaissera un coup de coude, un coup d’épaule, un coup de poing ?