Le coach du Rouge et Noir d'Ottawa, Rick Campbell célèbre la victoire de son équipe contre les Tiger-Cats d'Hamilton lors de la finale de la division Est de la LCF.

Parfois, il faut se parler dans le casque

CHRONIQUE / Comme ça, le point tournant de la saison 2018 du Rouge et Noir est survenu derrière les portes closes du vestiaire. À la mi-temps d’un match contre les Tiger-Cats de Hamilton, le 19 octobre dernier, Rick Campbell a pété les plombs. Dans une sainte colère qui a pris un peu tout le monde par surprise, il a fait comprendre à ses joueurs qu’ils devaient changer leur façon de travailler. Et vite.

Bravo, coach.

Je sais qu’il ne s’agit pas d’une petite histoire gonflée par les médias. Deux des meilleures têtes de football du vestiaire, Brad Sinopoli et Antoine Pruneau, ont raconté cet épisode au collègue Martin Comtois.

Les deux joueurs voulaient donc que cette histoire soit connue. Ils ont tous les deux l’air de penser que l’issue de la campagne aurait été différente sans cette brutale, mais nécessaire intervention.

Bravo, coach. Sincèrement.

Dans le monde du sport, les entraîneurs se donnent de moins en moins souvent le droit de céder à la colère.

Récemment, un entraîneur d’expérience dans la LHJMQ m’a expliqué qu’il a été obligé de modifier en profondeur ses méthodes de travail. Il n’avait pas le choix, c’était une question de survie. Il devait s’adapter à une génération complète d’athlètes qui ne sait tout simplement pas comment composer avec la critique.

Il y a pourtant des moments où c’est nécessaire.

Parfois, il faut se parler dans le casque.

La mi-temps d’un match de football canadien dure une quinzaine de minutes. Quand t’as 15 minutes à ta disposition, t’as pas le temps de préparer une présentation PowerPoint avec des emojis de licornes.

En 15 minutes, tu ne peux pas te permettre de rencontrer chaque joueur, de manière individuelle, pour lui rappeler que tu l’aimes et qu’il est une personne spéciale.

Quand tu as 15 minutes, tu lèves le ton pour t’assurer qu’on entende. Après, tu vas droit au but. Tu dis aux joueurs ce qu’ils doivent entendre.

Le 19 octobre, Rick Campbell a rappelé à ses protégés qu’ils ne devaient pas traiter leurs adversaires comme s’ils étaient des amis.

Il s’est permis d’ajouter quelques mots « qui ne peuvent être répétés à l’extérieur du vestiaire ». Il fallait bien que les joueurs comprennent l’urgence d’agir.

Quinze minutes, c’est court. Tu livres ton message, tu quittes le vestiaire. Tu te croises les doigts, espérant qu’il sera bien interprété.

« Les gars sont trop gentils avec moi », a réagi Campbell, mardi matin, quand je l’ai croisé avant son départ pour Edmonton.

« Les gars devraient savoir que ce sont eux, pas moi, qui ont fait le travail pour gagner tous ces matches par la suite. Moi, je voulais simplement m’assurer que les nouveaux, les plus jeunes qui manquent d’expérience, comprennent à quel point il est difficile de gagner des matches. C’était juste ça. »

Kyries Hebert porte sa casquette vintage des Renegades depuis dimanche. Moi, ça me fait sourire.

Ça me rappelle qu’à l’automne 2005, Ottawa était considéré comme « l’enfant pauvre » de la LCF. Les Gades appartenaient à des bouffons. Ils accumulaient les revers sur le terrain et se mettaient les pieds dans tous les plats qu’ils pouvaient trouver à l’extérieur. Personne ne voulait s’associer à la famille Glieberman.

À l’automne 2005, Ottawa misait sur la meilleure équipe de toute la LNH. Les Sénateurs se maintenaient dans le top-5, au chapitre des assistances.

Pour ces raisons, la participation du Rouge et Noir au 106e match de la Coupe Grey devrait réjouir tous les partisans des clubs sportifs d’Ottawa.

Les fans de football devraient savourer le moment. Ils ont enduré des années de misère pour en arriver là.

Ceux qui préfèrent le hockey devraient y trouver une source d’espoir. Il y a toujours moyen de rebâtir ce qui a été détruit.

Bonne semaine à tous.