Les Champions d’Ottawa sont toujours à vendre, mais le propriétaire du club promet d’offrir aux partisans « une très belle équipe » cette saison.

Où est «notre» Bing Russell?

CHRONIQUE / Pas besoin de me le dire. Je sais pertinemment bien à quel point je suis en retard.

Le mois dernier, j’ai enfin regardé The Battered Bastards of Baseball, ce divertissant documentaire de Netflix qui raconte une des plus improbables success stories de l’histoire du sport nord-américain.

Je sais. Il est à peu près temps. Ce film est disponible depuis 2014. Les « vrais » amateurs de balle connaissent l’histoire des Mavericks de Portland et de leur coloré propriétaire, Bing Russell, depuis longtemps.

Pas grave. Cinq ans plus tard, le film conserve toute sa pertinence.

Surtout dans le contexte actuel, alors qu’un autre été potentiellement déterminant s’amorce pour le club de balle professionnel d’Ottawa.

« Ça fait maintenant cinq ans que nous sommes ici », m’a rappelé Miles Wolff quand il m’a reçu dans son bureau du parc RCGT, mardi matin.

Je lui ai demandé, d’emblée, comment les choses ont évolué au cours des derniers mois.

« Je suis toujours intéressé à vendre l’équipe, à condition de trouver un propriétaire fort qui est prêt à prendre la relève. Je suis toujours en contact avec des gens. Peut-être que, d’ici l’automne, les gens qui ont de l’intérêt seront prêts à faire une offre », m’a-t-il répondu.

Traduction : les choses n’ont pas évolué, du tout.

Il disait exactement la même chose, à pareille date, l’an dernier.

Je suis peut-être un peu sévère.

Certaines choses ont quand même changé. M. Wolffe a quitté son poste de commissaire de la Ligue Can-Am. Même s’il est toujours animé par une belle énergie, il commence à se préparer pour la retraite.

Cette décision lui permettra de se consacrer entièrement à son rôle de propriétaire des Champions. Il tentera d’améliorer son produit, sur le terrain comme à l’extérieur.

« À plusieurs égards, diriger un club de baseball, c’est amusant, assure-t-il. À l’heure actuelle, nous sommes tous emballés. Nous sommes convaincus que nous allons offrir une très belle équipe aux partisans. »

La notion de plaisir m’apparaît capitale, ici.

Je reviens aux Bastards of Baseball. Bing Russell était un acteur américain, vedette de séries télévisées. Le cinéma était, en fait, sa deuxième passion. Au début des années 1970, il a choisi de se consacrer à son véritable amour. Il s’est installé dans l’Oregon, dans une ville qui venait de perdre son club de baseball AAA dans l’indifférence générale.

Il a choisi d’y implanter un club de calibre inférieur et de l’opérer de façon complètement indépendante. Il fallait le faire. À cette époque, le baseball indépendant. Toutes les formations des ligues mineures étaient affiliées à une organisation des majeures.

Il a connu un succès sans précédent. Il a fracassé des records d’assistance pendant cinq ans.

Dans le plaisir le plus total.

Il semble y avoir consensus, chez les nombreux intervenants qui nous racontent ces cinq années dans le documentaire. Personne ne pourra jamais recréer l’histoire des Mavericks de Portland.

Il y a quand même des leçons dont on pourrait s’inspirer.

Todd Field, qui était préposé aux bâtons, a parlé du lien solide qui unissait les joueurs aux partisans.

« Bing avait trouvé une façon de personnaliser les choses. Chaque partisan pouvait s’identifier à un joueur de l’équipe. Il y avait un joueur pour tout le monde », a dit celui qui fait à son tour carrière à Hollywood, à titre de réalisateur.

Pour Ottawa, c’est un défi. Pour que le public connaisse davantage les Champions, il faudrait d’abord que les médias s’intéressent un peu à l’équipe.

Les journalistes sportifs de votre quotidien francophone favori sont pas mal les seuls à s’intéresser au baseball, dans le coin. Les collègues des autres médias ont tendance à bouder le stade.

Dans le documentaire, on dit aussi que Bing faisait les choses « différemment ». Il osait faire des choses qui déplaisaient aux propriétaires plus âgés et conservateurs.

Il s’amusait.

Miles Wolff a joué un grand rôle dans le développement du baseball au Canada. On dit cependant qu’il a une façon très traditionnelle de faire les choses.

La survie à long terme des Champions passe peut-être par l’arrivée d’un propriétaire qui prendra des risques pour s’amuser.

Alors... Il est où, « notre » Bing Russell ?