Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Il faut croire que les scandales, les gaffes et les faux-pas des trois dernières années ont laissé des traces sur la réputation des Sénateurs d'Ottawa.
Il faut croire que les scandales, les gaffes et les faux-pas des trois dernières années ont laissé des traces sur la réputation des Sénateurs d'Ottawa.

Ottawa, dépotoir de la LNH ?

CHRONIQUE / Nos amis de L’Athlétique ont souvent de bonnes idées. Les journalistes de ce média émergent viennent par exemple de sonder une vingtaine d’agents de joueurs. Ils leur ont posé une série de questions à choix multiples.

On leur a ensuite offert la possibilité de s’expliquer, sous le couvert de l’anonymat.

Le résultat de leur travail a été diffusé mardi matin. Une question, en particulier, a retenu notre attention.

On a demandé à tous les agents d’identifier les deux villes qui sont les plus susceptibles de se retrouver sur la liste de non-échange de leurs clients.

Winnipeg arrive au sommet de la liste. Elle a été nommée 12 fois.

En deuxième position, tout juste derrière, on retrouve Ottawa. La belle capitale fédérale a obtenu 11 votes.

L’histoire pourrait s’arrêter là. Déjà, ça ferait mal. On connaît depuis longtemps la triste réputation de Winnipeg. Ça fait des décennies que ça dure.

Ottawa n’a pas toujours eu si mauvaise presse. Il faut croire que les scandales, les gaffes et les faux-pas des trois dernières années ont laissé des traces.

Les déclarations anonymes de certains agents sont hallucinantes.

J’ai retenu celle-là : « Les problèmes d’Ottawa, c’est un peu tout ce que vous entendez. C’est le propriétaire. C’est le fait que les Sénateurs n’ont jamais rien gagné. C’est comme le dépotoir canadien de la LNH ».

Il y en a d’autres. Elles vont pas mal toutes dans le même sens.

Dans le contexte actuel, à moins de trois semaines de la date limite des transactions, cette histoire devrait certainement faire réfléchir bien des gens, dans le bureau de direction des Sénateurs.

***

Quand l’agent anonyme dit que les Sénateurs n’ont « jamais rien gagné », il se trompe. On pourrait plutôt dire que les Sénateurs ont déjà tout gagné, à l’exception de la coupe Stanley.

Ils ont réussi à s’approcher du but ultime à quelques occasions.

En réalité, les dirigeants ont réussi à construire des équipes respectables à deux reprises. Chaque fois, ils ont utilisé la même recette. Ils ont misé sur la jeunesse. Ils ont réuni des jeunes joueurs et leur ont donné la chance de se développer sur la patinoire. Le reste s’est fait naturellement. Avec le temps qui a passé, ces joueurs ont découvert ce que les gens d’Ottawa-Gatineau savent fort bien. Il fait bon vivre dans la région frontalière.

Les joueurs ont fini par adopter la région. Ils ont fini par s’enraciner.

Vers la fin des années 1990, les Sénateurs sont devenus l’équipe de Daniel Alfredsson. Le plus grand capitaine a tôt fait de s’établir en permanence en ville. Ses coéquipiers ont été nombreux à l’imiter. Il y avait Chris Phillips, Chris Neil, Wade Redden, Patrick Lalime, Jason Spezza...

Les Sénateurs n’auraient pas participé aux séries, 11 années consécutives, sans le leadership exercé par ces joueurs.

Le même scénario s’est répété au milieu de la décennie 2010. Les Sénateurs n’ont pas connu autant de succès durant cette période. Ils ont quand même réussi à atteindre la Finale de l’Association Est avec Erik Karlsson, Kyle Turris, Mark Stone, Zack Smith, Marc Méthot et Chris Kelly.

Ces joueurs n’avaient pas tous un rôle de premier plan à jouer, durant les séries éliminatoires de 2017. Ils avaient cependant un gros point en commun. Ils vivaient à Ottawa à longueur d’année. Ils étaient fiers de représenter cette ville.

Tout ça nous ramène à la situation dans laquelle l’organisation des Sénateurs baigne depuis un certain temps. Cette drôle d’idée, selon laquelle leur ville serait soudainement devenue un « dépotoir » pour les joueurs de la LNH.

Malgré tout ce qui s’est passé dans les deux dernières années, Mark Borowiecki demeure profondément attaché au club de sa ville natale.

Jean-Gabriel Pageau aussi.

Le Gatinois finira par faire son deuil, si jamais on l’échange. Il saura se consoler, si jamais il se joint à une organisation mieux nantie, qui a la réputation de traiter ses joueurs aux petits oignons.

En attendant, il continue de se dépenser, sans compter, pour le club qui l’a repêché.

On l’a déjà dit, souvent. Ça ne coûte rien de se répéter.

La relance du club doit se faire avec ces deux joueurs.