Jean-Gabriel Pageau s’est blessé au tendon d’Achille, la semaine dernière, en faisant un exercice pour mesurer sa condition physique.

«On pousse trop»

CHRONIQUE / Une nouvelle semaine débute et la poussière retombe tranquillement sur Ottawa. On va s’éloigner un peu de la discussion qui tourne autour du départ d’Erik Karlsson. Mon petit doigt me dit qu’on aura l’occasion d’y revenir, fréquemment, dans les prochains mois.

Parlons plutôt de « l’autre » joueur que les Sénateurs ont perdu la semaine dernière.

Jean-Gabriel Pageau est blessé. Grièvement. Sa saison 2018-19 est, tout compte fait, compromise.

Je participais à une table ronde avec mes amis de Hockey 360, à RDS, quand la nouvelle a été confirmée.

Benoît Brunet était grognon. Il fait partie de la vaste majorité de spécialistes qui pensent que Pierre Dorion a vendu son meilleur joueur à rabais. Il semble s’inquiéter de l’avenir de l’équipe avec laquelle il a conclu sa carrière, au printemps 2002.

Lorsque l’animateur Marc Labrecque nous a confirmé l’information qui circulait, à savoir que Pageau avait subi une lacération du tendon d’Achille, il est sorti de ses gonds.

« On pousse trop », s’est-il exclamé !

« Je n’ai encore jamais vu un joueur marquer un but quand il passe un test en gymnase. Les buts se marquent sur la patinoire ! »

Curieux. Cette idée m’avait justement traversé l’esprit, quelques heures plus tôt.

Les examens qu’on fait subir aux joueurs, chaque année, au début du camp d’entraînement, sont-ils trop exigeants ?

La formule serait-elle à revoir ?

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Chaque année, c’est la même chose. Quand ils se présentent au camp, avant d’obtenir la chance de chausser leurs patins, les joueurs doivent d’abord passer une journée entière en espadrilles. Ils doivent subir une batterie d’épreuves visant à mesurer leur niveau de forme physique.

Il y a des sauts, des lancers, des courses.

Les joueurs doivent soulever des poids libres...

Ça devient très intense, très rapidement. Pour différentes raisons.

Quiconque connaît un peu le hockey connaît forcément les clichés du hockey.

« J’ai connu un gros été d’entraînement » et « je n’ai jamais été aussi en forme de toute ma vie » sont des phrases qu’on entend régulièrement, quand septembre arrive, dans les arénas.

La première journée du camp offre à tout le monde l’occasion de passer de la parole aux actes.

L’autre truc, c’est qu’on peut difficilement devenir athlète de haut niveau sans d’abord être compétitif.

Au premier jour du camp, tout le monde veut être le plus rapide, le plus habile, le plus fort. Personne ne veut mal paraître, finir en queue de peloton.

C’est dans ce contexte, bien particulier, que Pageau s’est infligé cette bien malheureuse blessure, jeudi dernier.

J’ai laissé le week-end passer. J’ai contacté Benoît Brunet, tôt lundi matin, pour m’assurer que sa parole n’avait pas dépassé sa pensée.

« Je maintiens ce que j’ai dit », m’a-t-il assuré, même s’il était de bien meilleure humeur.

Il m’a raconté qu’il avait déjà de sérieuses réserves quant aux examens physiques, à l’époque où il jouait, dans les années 1990. Les choses n’ont fait que s’intensifier, depuis. Les préparateurs physiques sont plus nombreux. La technologie leur permet d’aller bien plus loin dans leurs interventions.

Le cas de Pageau est extrême. Des blessures graves ne surviennent quand même pas chaque année, dans chaque ville de la LNH.

Benoît se dit que d’autres joueurs peuvent subir des blessures moins graves, mais quand même importantes en cherchant à courir un peu plus longtemps ou à sauter un peu plus loin.

Il s’inquiète notamment pour les jeunes, qui cherchent à gravir les échelons plus rapidement. Il cite les vétérans, qui signent de contrats d’essai en cherchant à étirer un peu leurs carrières. Ces joueurs peuvent souvent cacher de petits bobos à leurs dirigeants.

Benoît se demande à quel point tous ces tests sont nécessaires. « On peut identifier assez facilement, lors des entraînements sur glace, ceux qui sont en forme et ceux qui le sont moins. »

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Vingt-quatre heures avant d’échanger Karlsson, les Sénateurs ont reçu l’équipe éditoriale du Droit dans leurs bureaux, à Kanata. Le nouveau chef de l’exploitation, Nicolas Ruszkowski, a fait bonne impression.

Avec son expérience en politique, l’homme est bien préparé pour travailler dans le contexte actuel.

Il a aussi de bonnes idées. En espérant qu’on lui donne les moyens de les mettre en pratique...