Lewis Ward (#10) a botté des milliers de ballons, pendant une bonne dizaine d’années, pour parfaire son art.

Minuit, sous le dôme

CHRONIQUE / Un botteur ne peut réussir 40 placements consécutifs par accident.

Lewis Ward est sorti de l’anonymat durant cette saison phénoménale où il est devenu le joueur le plus fiable de toute la LCF.

La vérité, c’est que la recrue du Rouge et Noir y travaille depuis des années. Il a botté des milliers de ballons, pendant une bonne dizaine d’années, pour parfaire son art.

C’est évident.

Sur le chemin du succès, un athlète doit rencontrer les bonnes personnes. Ces personnes lui offrent de belles opportunités.

Il doit ensuite faire son bout de chemin. Il doit avoir l’humilité et l’intelligence d’écouter ceux qui veulent l’aider. Il doit être prêt à s’imposer les sacrifices nécessaires quand les opportunités se présentent.

Lors de son passage chez les Gee Gees d’Ottawa, Ward est tombé sur un bon entraîneur des botteurs. Le type en question, David Miller-Johnston, était prêt à l’aider, 12 mois par année.

Ward est aussi arrivé au moment où l’Université se dotait d’un dôme, une enveloppe gonflable permettant la pratique du sport en tout temps sur leur terrain de football synthétique de l’avenue Lees.

Il n’y avait qu’un problème. Au départ, la direction de l’Université offrait les meilleures plages horaires aux clubs sportifs civils. Les joueurs des Gee Gees devaient se contenter des miettes. On leur laissait le terrain une fois par semaine. Le mercredi. À minuit.

«Chaque semaine, un petit groupe de joueurs se présentait. Les visages n’étaient pas toujours les mêmes. Seul Lewis avait une fiche parfaite, en matière d’assiduité. Il se pointait chaque semaine. Il ne ratait jamais un entraînement», me jure Miller-Johnston.

Au moment où certains collègues de classe fermaient leurs livres, à l’heure où d’autres débutaient leurs week-ends dans le Marché By, Ward essayait de corriger ses petits défauts.

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Une précision s’impose, ici.

Je connais David Miller-Johnston depuis une bonne quinzaine d’années.

Au début des années 2000, j’étais un journaliste sportif en début de carrière qui couvrait les Renegades, cancres de la LCF.

Miller-Johnston était un athlète. En fait, pour être précis, c’était un ado attardé de 29 ans qui gagnait sa vie comme barman en s’accrochant à son rêve de jouer au football de manière professionnelle.

Dès nos premières conversations, je l’ai trouvé éminemment sympathique.

Dans une saison misérable où les botteurs se sont succédé à Ottawa, il a obtenu sa chance. Il n’a pas su la saisir.

«J’étais très passionné. J’ai donné tout ce que je pouvais à mon sport», me dit-il.

«En même temps, quand j’y repense, je me dis que j’ai probablement commis toutes les erreurs que je pouvais commettre pour m’empêcher de connaître une belle carrière. Souvent, j’étais conscient que je faisais les mauvais choix. Je me suis trop souvent laissé distraire par des choses qui se passaient à l’extérieur du terrain.»

Miller-Johnston a fini par mûrir. Il est marié. Il élève deux fillettes qu’il «aime plus que tout». Il fait carrière dans le monde du commerce. Il continue de vivre sa passion pour le football en s’impliquant chez les Gee Gees.

«Si je peux trouver des façons d’aider les jeunes, leur permettre de se frayer un chemin tout en évitant de commettre les mêmes erreurs que moi...»

Au fil de leurs années de collaboration, Ward et Miller-Johnston seraient devenus amis. Il paraît qu’ils se parlent chaque semaine.

Ça m’a tout l’air d’une amitié improbable.

Je vous l’ai dit, plus tôt. Miller-Johnston est possiblement l’athlète le plus décontracté que j’ai côtoyé.

Ward se situe à l’autre bout du spectre. Il est sérieux, sobre...

Si je le connaissais juste un peu plus, je vous dirais qu’il est un peu plate.

«Vous avez une belle façon de nous décrire», m’a dit Miller-Johnston, vendredi, vers la fin de notre entretien.

«Sa personnalité l’aidera sans doute à connaître une belle et longue carrière», croit l’entraîneur.

Là-dessus, l’entraîneur est catégorique. La carrière de Ward ne se limitera pas à ce record de 40 placements consécutifs.

«Je m’attends à ce qu’il continue à jouer de la même façon pendant très longtemps. Je ne vois pas pourquoi ça changerait. Et je lui souhaite bonne chance.»