Matt Duchene produit à un rythme effrené depuis le fameux scandal du «Ubergate».

Mille petites choses

CHRONIQUE / Ce n’est pas nouveau. Nous en avons déjà parlé. Les chiffres sont clairs. Matt Duchene produit davantage depuis un mois.

Il a bien joué, en octobre. Il a encore mieux joué, en novembre.

Ce n’est pas nouveau. On a tous noté cette drôle de coïncidence. Duchene est passé à la vitesse supérieure dans les jours qui ont suivi l’infâme vidéo captée par un chauffeur Uber, en Arizona.

Un collègue montréalais a décidé d’en parler durant la conférence de presse d’avant-match de Guy Boucher, jeudi.

Toi, Guy... Tu la vois, cette coïncidence?

«Non. Du tout. Zéro», a-t-il répondu tranchant.

«Ce sont des histoires de grand-mères», a-t-il enchaîné.

«Les gens essaient de chercher des dates, des moments à partir desquels les gens ont commencé à changer. La vérité, c’est que la progression d’un joueur commence au premier jour du camp d’entraînement.»

Ça, c’était le début de sa réponse. Boucher se contente rarement de quelques phrases pour exprimer le fond de sa pensée. Il s’est alors mis à parler des «100 000 choses» qui surviennent durant une saison de hockey.

Ces «choses» peuvent survenir sur la patinoire, comme dans la vie de tous les jours. Elles peuvent impliquer les coéquipiers, les entraîneurs, les épouses, les enfants... Elles sont toutes susceptibles d’affecter le rendement des joueurs.

La vidéo et ses retombées embarrassantes font certainement partie de ces événements, non?

On peut adhérer à la théorie des «100 000 choses» de Boucher, tout en s’imaginant que certains événements ont plus de poids que d’autres.

Les joueurs éclaboussés par l’Ubergate auraient facilement pu s’écraser. Duchene, lui, a choisi de se retrousser les manches.

On ne connaît pas ses motivations profondes. Une théorie lancée, comme ça, jeudi matin. Il prépare sa sortie d’Ottawa, se prépare à tenter sa chance au marché des joueurs autonomes. Il compte donc profiter des prochains mois pour redorer son image.

Ça se peut.

Duchene négocie peut-être de bonne foi avec les Sénateurs, Il finira peut-être par signer le pacte de huit saisons qui lui sera offert par Pierre Dorion.

Boucher en a beurré épais, jeudi matin, quand est venu le temps de conclure son exposé sur son centre numéro un.

Duchene et Mark Stone sont, selon lui, de grands leaders. Le type de leaders qui, en montrant l’exemple, entraînent tous les autres vers le haut.

«Un peu comme Michael Jordan ou Wayne Gretzky», a-t-il argué.

La comparaison était un peu forte, mais le message a le mérite d’être clair. Pour devenir une équipe de pointe le plus rapidement possible, les Sénateurs auront besoin d’un centre numéro un. Il est certainement plus simple de retenir Duchene à Ottawa que de se lancer à la recherche de son successeur.

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«Ce n’est pas grand-chose», m’avait prévenu Aimee Deziel.

C’est bien vrai. Une dizaine d’enfants francophones qui se présentent sur la patinoire, portant un drapeau franco-ontarien. Ces enfants qui se retrouvent ensuite au coeur d’une courte cérémonie, avant le début du match opposant les Sénateurs au Canadien.

L’annonceur-maison Trottier qui leur adresse quelques mots. «Nous sommes fiers de nos deux langues officielles. Nous sommes et nous serons.»

Ce n’était pas grand-chose, mais dans le contexte actuel, c’est déjà très bien.

Mme Deziel, la nouvelle chef du marketing au Centre Canadian Tire, a grandi dans un milieu francophone, à Windsor.

Avant le début du camp d’entraînement, en compagnie du nouveau chef de l’exploitation Nicolas Ruszkowski, elle avait juré qu’elle s’occuperait mieux de la clientèle francophone.

À ce moment-là, il ne s’agissait que de belles paroles. Il est facile de lancer de belles promesses devant les journalistes.

J’ai entendu des conversations de couloirs entre employés, dans les semaines qui ont suivi.

«It has become very important to cater to the needs of French Canadian fans.»

Il ne s’agissait plus que de bons sentiments. Le duo Ruszkowski/Deziel avait émis quelques directives.

Maintenant, on voit des actions discrètes, mais concrètes. Ça vaut la peine d’être souligné.

En espérant que la main reste tendue, même si les résultats se font attendre.

On ne pourra effacer le dernier quart de siècle en l’espace de quelques mois.