Marc Trestman participera pour sa quatrième fois à la finale de la Coupe Grey.

Marc Trestman et les milléniaux

CHRONIQUE / On la connaît bien, la stratégie de Marc Trestman. C’est une stratégie qu’on enseigne dans les cours de premier cycle, à l’université des entraîneurs. C’est la base du métier, vraiment.

Quand les choses vont mal, le bon coach protège ses joueurs, ses adjoints et ses patrons en s’identifiant comme principal responsable de tout ce qui cloche.

Quand ça va bien, c’est le contraire.

C’est pas moi, je vous jure ! Je suis l’homme le plus chanceux du monde car je suis bien entouré. Et ce sont les joueurs, vous savez, qui font le gros du travail...

Le pilote des Argonauts a bien essayé d’adopter ce discours, mercredi, alors que débutait véritablement la semaine de la Coupe Grey à Ottawa.

Il est, en quelque sorte, un habitué de l’événement.

Il est sur le point de compléter sa sixième saison dans la Ligue canadienne. C’est sa quatrième participation au match de championnat.

Il fallait l’entendre vanter ses joueurs, durant la traditionnelle conférence de presse des entraîneurs.

DeVier Posey ? « Après toute l’adversité des derniers mois, il a beaucoup grandi en tant qu’individu. Je suis si fier de lui... » Armanti Edwards ? « Tout le monde veut lui ressembler. C’est le gars le plus intelligent du vestiaire. C’est à peine si on l’entend. » James Wilder fils ? « Son charisme typique des milléniaux fonctionne bien chez nous. Mettons qu’il mérite aussi notre respect avec ses bonnes prises de décision et sa façon de protéger le ballon. »

On reviendra au « charisme des milléniaux » un peu plus tard.

Il fallait quand même rappeler à Trestman qu’il a eu son mot à dire dans le succès des Argos, cette saison. On parle ici d’une formation qui n’avait pas de directeur général, ni d’entraîneurs en février dernier.

Trestman et son patron immédiat, Jim Popp, ont été obligés de reconstruire au grand complet une formation qui a terminé dans la cave du classement en 2016.

« En réalité, j’ai été chanceux », a réagi Trestman, avant de se mettre à lancer des fleurs à ses adjoints. Marcus Brady, un collaborateur de longue date, a choisi de rester à Toronto à ses côtés. Corey Chamblin, un  vieux de la vieille, a choisi de sortir de sa retraite pour s’occuper de la défensive.

« Il y a eu quelques obstacles à surmonter. C’est toujours comme ça quand 15 entraîneurs se réunissent pour former une équipe. »

Voilà pourquoi le leadership d’un bon entraîneur-chef, au football, nous apparaît si important.

Trestman a fini par reconnaître qu’il est un entraîneur différent. Il a évolué depuis les belles années où il dirigeait les Alouettes.

« Il faut continuer d’apprendre. Il faut continuer d’évoluer avec les joueurs, car les joueurs évoluent chaque année. On travaille avec des milléniaux, aujourd’hui. Les milléniaux sont différents des joueurs qu’on côtoyait il y a quelques années. »

Je lui ai demandé de préciser sa pensée à ce sujet.

Il m’a répondu, en souriant, qu’il pourrait animer un symposium estival au grand complet sur le sujet.

« Tout part du téléphone, a-t-il quand même précisé. Nous avons tous développé une dépendance à ce machin. Le téléphone finit généralement par nous déconcentrer... »

« Les fondements de notre profession demeurent. La façon de se comporter comme athlète professionnel ne changera jamais. Il suffit de trouver des façons différentes de se faire comprendre par des athlètes qui sont différents. Ils viennent de milieux divers. Leurs perspectives sont différentes. C’est la portion de mon travail qui me stimule le plus. Chaque jour, je m’adresse à 60 gars qui n’interprètent pas tous mon discours de la même façon. J’utilise différentes méthodes pour les rejoindre. Mon comportement, mes actions, les séances de vidéo... Tout ça peut servir. C’est un beau défi, pour moi de communiquer avec des jeunes qui sont nés après 1985. »