Loic Kayembe est mort subitement, dans son sommeil, ce week-end. Il était âgé de 24 ans.

Les familles de Loic Kayembe

CHRONIQUE / C'était une belle histoire, vraiment. Loic Kayembe était, avant tout, un jeune homme immensément talentueux. C'était aussi un homme à qui la vie avait offert une belle opportunité. Une opportunité qu'il avait décidé de saisir.
L'histoire, malheureusement, se termine beaucoup trop tôt.
Loïc est rentré chez lui, samedi soir, après avoir aidé le club de football de l'Université d'Ottawa à signer une quatrième victoire cette saison. Il ne s'est jamais réveillé, dimanche matin. Il est mort subitement, dans son sommeil. C'est insensé. Il n'avait que 24 ans.
Les joueurs des Gee Gees sont sous le choc. Ça se comprend. Les entraîneurs ont décidé de ne pas offrir de commentaires. La séance d'entraînement de mardi s'est déroulée loin du regard des médias.
À quelques jours du Match Panda, mieux vaut essayer de contrôler ce qu'on peut contrôler.
J'ai passé une partie de la journée au téléphone, à discuter avec des gens qui ont connu Kayembe avant ses années universitaires. Le choc est immense. La douleur semble forte. Je n'ose pas imaginer comment ça se passe pour ceux qui l'ont côtoyé dans les dernières semaines de sa vie.
Je voulais vous parler d'opportunités. Loic Kayembe a passé les premières années de sa vie dans la République démocratique du Congo. Il est arrivé au Québec avec quelques membres de sa famille à l'adolescence. Sa première chance aura été de s'installer dans un pays francophone qui offrait de belles possibilités.
Sa deuxième chance aura été de tomber, très rapidement, sur l'organisme Jeunesse au Soleil. Des bénévoles de cet organisme soutiennent à bout de bras un programme de football civil destiné aux garçons issus de familles démunies du Grand Montréal. Chez les Hornets, il a découvert un sport dans lequel il brillait.
Un peu plus tard, Kayembe est tombé sur un entraîneur qui avait drôlement besoin de lui pour relancer une équipe qui battait de l'aile au Collège Montmorency, à Laval.
Tout a failli dérailler. Il lui manquait des documents de citoyenneté importants. Sans ces documents, il ne pouvait entrer au cégep. Le temps jouait contre lui. « Il était moins une quand nous avons finalement réussi à tout régler. Nous étions drôlement proches de la date limite qui nous avait été imposée par la direction de l'établissement », m'a raconté un dénommé Michel Blanchette, au bout du fil.
L'homme occupait alors le poste de directeur du service des sports. « Au départ, je me suis engagé dans ce processus pour aider un de nos entraîneurs. C'est vite devenu une affaire personnelle. Je voulais aider Loic. Je voulais aider sa mère », raconte-t-il.
Obtenir une opportunité, que je vous disais. Surtout, savoir la saisir.
« Au début, il était un peu timide. Ça n'a pas été long. Sa personnalité a pris le dessus. Il est vite devenu le jeune homme souriant, rassembleur, attachant », raconte M. Blanchette.
Durant le passage de Kayembe à Montmorency, les Nomades sont redevenus une formation respectable. Il a lui-même été assez performant, tant sur le terrain que sur les bancs d'école, pour obtenir le droit de passer au niveau supérieur.
Les succès l'ont suivi dans la capitale nationale. Les Gee Gees figurent dans le top-10 du Sport interuniversitaire canadien.
M. Blanchette l'a dit. Loic Kayembe était un leader, un rassembleur. Dans mes conversations, mardi, le mot « famille » est revenu souvent.
Les jeunes qui fréquentent le programme Jeunesse au Soleil forment une famille dont il faisait partie, m'a-t-on expliqué.
Les Nomades formaient une famille. Six membres de la brigade défensive de cette équipe ont d'ailleurs choisi de faire le saut, ensemble, chez les Gee Gees. Khadim Mbaye, Ricardo Lubin, Marc-Elie Jace et les jumeaux Omba et Shako. Dimanche, ils ont passé les derniers jours avec la famille biologique de leur coéquipier.
Kayembe avait des dizaines d'amis partout. Il suffit de taper son nom dans le moteur de recherche de Facebook pour s'en rendre compte.
Généreux de son temps, il paraît qu'il donnait un coup de pouce à temps perdu comme entraîneur de football mineur, dans l'est d'Ottawa. « Ça ne me surprend pas. Il aurait pu devenir un très bon coach », m'a d'ailleurs dit un mentor, le coordonnateur défensif des Carabins de l'Université de Montréal, Paul Eddy Saint-Vilien.