Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Robin Lehner a permis aux Knights d’atteindre la Finale de l’Association Ouest. Il est clairement devenu l’homme de confiance de l’entraîneur-chef.
Robin Lehner a permis aux Knights d’atteindre la Finale de l’Association Ouest. Il est clairement devenu l’homme de confiance de l’entraîneur-chef.

Lehner, Twitter et les haters

CHRONIQUE / Dans le plus populaire roman-savon sportif de l’été 2020, le Québec au grand complet a très rapidement choisi son camp.

C’est Fleury contre Lehner.

Nous, bien, c’est évident. On préfère Fleury.

Je comprends très bien.

Fleury, c’est un membre de la tribu. Il a grandi à Sorel-Tracy. Il passe ses étés en Montérégie. C’est un homme charmant, toujours souriant.

En plus, c’est un gagnant. Il possède trois bagues de la coupe Stanley et une médaille d’or olympique. Il a été invité au Match des étoiles de la Ligue nationale à cinq occasions. Un jour, tout ça lui permettra sans doute de se retrouver au Temple de la renommée du hockey.

Malgré tout ça, moi, j’ai tendance à me ranger dans l’autre camp.

C’est personnel. Je n’ai jamais caché mon affection pour Robin Lehner.

À la mi-juillet, deux semaines avant le début des séries de la coupe Stanley, je vous avais écrit une chronique, sur lui. J’écrivais que les Sénateurs d’Ottawa devaient songer à lui soumettre une offre, s’il se retrouvait parmi les joueurs autonomes.

J’écrivais aussi que tout pouvait arriver, cet été: «Il pourrait aider les Knights à gagner une, deux ou même trois rondes. Le directeur général Kelly McCrimmon serait alors fou de le laisser partir.»

C’est ça qui est ça. Lehner a permis aux Knights d’atteindre la Finale de l’Association Ouest. Il est clairement devenu l’homme de confiance de l’entraîneur-chef. Il est plus jeune que Fleury. Il peut se mettre à la recherche d’un endroit où loger sa famille dans le coin de Vegas. Il est là pour rester.

J’admire Lehner et ça n’a rien à voir avec son talent.

J’admire Lehner à cause du tweet qu’il a composé avant d’aller au lit, dans la nuit de vendredi à samedi, après avoir éliminé les Canucks de Vancouver.

«Twitter m’a mis le feu au derrière avant le match. Merci à tous ceux qui m’ont donné des munitions.»

Lehner est un bagarreur. Après avoir surmonté toutes ces épreuves, il n’a jamais perdu son côté belliqueux.

Twitter est sans doute le «moins civilisé» des sites de réseautage social. C’est la plate-forme de toutes les chicanes. Le lieu idéal, en 2020, pour balancer des insanités sans craindre des représailles.

C’est là que les âmes malheureuses en manque d’attention se rassemblent.

Twitter était merveilleux outil, lorsqu’il a été fondé, pour le partage d’informations. Ça n’a pas complètement changé.

Les personnalités publiques qui s’y aventurent, de nos jours, le font à leurs risques et périls.

Il y a toujours un imbécile - ou 100 imbéciles - prêt(s) à vous lancer des tomates.

Au début des années 2010, les joueurs de la Ligue nationale étaient nombreux à gazouiller dans leurs temps libres. Ils se sont retirés, progressivement. Certains l’ont fait discrètement, sans s’expliquer. D’autres ont expliqué qu’ils n’avaient pas besoin de ça dans leurs vies.

Je me souviens par exemple de Mike Condon, un des types les plus brillants qu’on a pu côtoyer dans le vestiaire des Sénateurs.

«J’ai effacé l’application de mon téléphone. C’est une vilaine app. Une vilaine, vilaine app», m’avait-il résumé.

Je ne sais pas trop ce qu’on disait à propos de la controverse des gardiens chez les Golden Knights, en fin de semaine, sur Twitter. J’essaie de choisir soigneusement les sujets dans lesquels je m’attarde aux commentaires.

Lehner, lui, était bien au courant de ce qu’on disait à son sujet. Il s’est souvenu des commentaires désobligeants, dans les heures qui ont précédé le match ultime contre les Canucks.

Quand il a complété son blanchissage, pour envoyer les Golden Knights en Finale d’Association, il a pris le temps de saluer tous ceux qui doutent de ses capacités.

Ce n’était peut-être pas la réaction la plus mature ou la plus futée. Mais c’était sincère et authentique.

Les Knights ont misé sur Fleury, dans le match numéro un de la Finale de l’Association Ouest. Les Knights n’ont pas gagné, mais Fleury n’a pas mal fait.

On peut donc s’imaginer que le roman-savon n’est pas arrivé à son dernier chapitre. Les «experts» pourront continuer à débattre. Ils pourront rester polis et respectueux. Ou non.

Tout ça doit être un peu rassurant, pour Peter DeBoer et les autres dirigeants de l’équipe. Lehner semble disposé à relever un nouveau défi.