Jarome Iginla a fait preuve de beaucoup de classe tout au long de sa carrière.

Le gentil Jarome à la retraite

CHRONIQUE / Petit flashback bien personnel. L’actualité des dernières heures m’a fait penser à ma toute première expérience de travail dans le monde du hockey.

Je vous explique, rapidement.

Au printemps 1994, j’avais 16 ans. On m’avait donné un petit contrat durant le tournoi de la Coupe Memorial qui se déroulait au Colisée de Laval. Un beau petit mandat. Puisque je parlais anglais, on m’avait demandé d’assurer le lien entre les champions de l’ouest, les Blazers de Kamploops, et le comité organisateur.

Je garde un bon souvenir du meilleur joueur de l’équipe, un certain Darcy Tucker.

Le policier, Chris Murray, a lui aussi fait le saut dans la LNH. Il a protégé les petits joueurs du Canadien de Montréal et des Sénateurs d’Ottawa.

Le coach, Don Hay, a lui aussi connu une brillante carrière.

Tout ce beau monde a été très accueillant.

Le joueur le plus gentil de l’équipe était cependant une recrue de 16 ans qui évoluait à l’aile droite dans le quatrième trio.

Un jour après l’entraînement, ce jeune joueur s’amusait avec une rondelle et un bâton au beau milieu du vestiaire.

— Arrête ça, lui a lancé le gardien de buts, Steve Passmore. Tu fais du bruit pour rien.

— Pour rien ? J’ai marqué seulement six buts, cette année. J’ai besoin de pratique, lui a répondu la recrue.

— T’as pas besoin de pratique, Jarome. T’as besoin de temps de glace.

Passmore avait bien raison.

En 1994-95, dans un rôle plus important, Jarome Iginla a marqué 33 buts.

En 1995-96, lors de sa dernière campagne dans les rangs juniors, il en a marqué 63.

Il a ensuite fait le saut directement dans les ligues majeures, où il a inscrit 625 buts en 1554 parties.

Il a fait tout ça avec beaucoup de classe.

Sur la glace, il a été le plus intimidant attaquant en puissance de sa génération. À l’extérieur de la glace, il a toujours été un des joueurs les plus souriants, les plus affables, les plus accessibles.

Dans un cas, comme dans l’autre, Iginla a été un formidable ambassadeur pour son sport.

Iginla n’est pas unique en son genre, mais les joueurs comme lui ne sont pas très nombreux.

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Je vous raconte tout ça, bien sûr, parce que Jarome Iginla vient officiellement d’accrocher ses patins.

Ça ne surprend personne. Il a 41 ans. Il vient de passer une année complète loin de la patinoire. Il n’a pas été capable de trouver un endroit où jouer, la saison dernière.

Il a simplement choisi d’officialiser les choses, cet été. Les Flames de Calgary, l’équipe avec laquelle il a passé les 16 premières saisons de sa carrière, vont lui organiser une petite fête au début de la semaine prochaine.

« Dans une certaine mesure, j’ai grandi ici. J’avais 19 ans quand j’ai fait mes débuts chez les Flames, mais je me souviens de nombreux tournois de hockey mineur disputés à Calgary durant mon enfance. J’étais un petit gars de St. Albert qui rêvait de patiner au Saddledome », a-t-il déclaré.

Un vif débat a rapidement éclaté, mercredi matin, après cette annonce. Des fans réclament qu’on s’empresse de retirer le numéro 12 avec lequel Iginla a pratiquement ré-écrit le livre des records de l’organisation.

Ça pose problème parce que la direction de l’équipe a cessé cette pratique. Elle a plutôt lancé le programme « Forever a Flame », qui vise à honorer les grands joueurs du passé, tout en permettant aux joueurs du futur de porter leurs numéros.

D’une façon ou d’une autre, on prendra bien soin de lui. Les organisations sportives de grande qualité connaissent la valeur des joueurs comme Iginla.

On peut facilement concevoir que, d’ici quelques années, les portes du Temple de la renommée s’ouvriront devant Iginla. Il n’a peut-être pas gagné la coupe Stanley, mais il a mené une équipe canadienne de petit marché en finale. Il a également remporté des médailles olympiques. Tout ça vaut certainement quelque chose.