L’absence prolongée de Bobby Ryan met en relief le principal problème des Sénateurs, soit le manque d'expérience en attaque.

La vie sans Bobby

CHRONIQUE / Je regardais le match de samedi dans le confort de mon foyer. J’ai tout vu. Surtout, j’ai tout compris, tout de suite.

J’ai vu Bobby Ryan quitter au pas de course, en direction du vestiaire, en agitant frénétiquement la main. J’ai tout de suite craint le pire. Une autre fracture à un doigt ? Ça ne se pourrait quasiment pas, mais...

Quelques minutes plus tard, les caméras de Hockey Night in Canada ont eu la présence d’esprit de nous montrer la discussion entre le thérapeute Dominic Nicoletta et l’entraîneur-chef Guy Boucher.

Après avoir reçu le diagnostic de Nicoletta, Boucher a eu une très forte réaction. « Fuck off », lui a-t-il d’abord lancé à la figure, incrédule.

« Tabarnac », a-t-il soufflé après avoir pris une demi-seconde pour y réfléchir.

J’ai compris, d’un coup, que Ryan devrait s’absenter pendant une longue période.

Il fallait que la blessure soit sérieuse pour que l’entraîneur sacre... dans les deux langues officielles.

L’image de Boucher, quelque part entre le découragement et la colère, m’a trotté dans la tête pendant une bonne partie du week-end.

Je me demandais, constamment, ce qui lui passait par la tête à ce moment précis.

Ressentait-il de la compassion pour un joueur qui commençait, enfin, à se sortir d’une longue léthargie ?

Était-il plutôt inquiet de subir une autre perte là où la profondeur fait le plus défaut à Ottawa ?

J’ai voulu en avoir le coeur net. J’ai attendu la toute fin de sa conférence de presse d’avant-match, mardi. Je lui ai posé la question.

« C’est un peu les deux, vraiment », m’a-t-il répondu.

Boucher en avait plus long à dire, bien entendu.

Avec lui, les réponses sont rarement simples.

« Moi, dans mon style de coaching, les joueurs ne sont pas des numéros. Ce sont des individus. Tout mon coaching part de ça », a-t-il enchaîné.

« Les gens pensent souvent que je travaille avec des X et des O sur un tableau. Ils croient que je ne jure que par mon système de jeu. Avec moi, pourtant, c’est l’individu qui passe en premier. Les relations, la chimie, les principes intangibles... Je te dirais que je passe 80 % de mon temps là-dessus. »

« Des fois, tu développes des liens avec des joueurs, quand tu sais par où il est passé. Quand tu as passé du temps avec lui, quand tu as marché avec lui pour l’aider à se remettre sur pied... Une blessure comme celle-là peut venir te chercher. »

« Si je n’avais pas cette vision, je ferais autre chose pour gagner ma vie. »

La compassion d’abord, donc.

Après plusieurs essais plus ou moins fructueux, Ryan avait enfin trouvé deux partenaires de jeu avec qui ça cliquait. Dans un mois, quand il sera prêt à revenir au jeu, il devra en pédaler un coup afin de rejoindre Derick Brassard et Mark Stone.

L’absence prolongée de Ryan met quand même en relief le principal problème des Sénateurs.

Avant même que l’infirmerie commence à se remplir, il manquait au moins un, sinon deux attaquants d’expérience au groupe dirigé par Boucher.

Le manque de profondeur n’a pas trop paru contre les Kings. Des ailes ont soudainement poussé dans le dos de Mike Hoffman quand les entraîneurs ont eu l’idée de le jumeler à Brassard et Stone.

Tom Pyatt a survolé la patinoire du début à la fin de la soirée. Il était méconnaissable.

Logan Brown et Chris DiDomenico n’ont pratiquement pas joué. Surtaxer trois trios ne constitue pas une solution gagnante à long terme. Pas dans la LNH d’aujourd’hui.