Pat Burns a remporté la coupe Stanley avec les Devils au printemps 2003.

La vie de Burns en 60 minutes

CHRONIQUE / Quinze ans, déjà. S’il était toujours parmi nous, Pat Burns célébrerait, cette année, le 15e anniversaire de sa conquête de la coupe Stanley.

J’y ai repensé pas mal, ces derniers jours. Au printemps 2003, je couvrais les séries éliminatoires pour la toute première fois. En tant que recrue, je devais entre autres suivre attentivement les séances d’entraînement et les conférences de presse des équipes qui affrontaient les Sénateurs.

Ce fut mon premier et – possiblement – mon seul contact avec la légende.

La Finale de l’Association Est était sur le point de commencer. Pour les deux premières parties, Burns et son patron, Lou Lamoriello, avaient décidé d’installer leur équipe au Québec. Ils logeaient au Château Cartier.

La radio anglaise de Radio-Canada avait affecté aux séries une journaliste qui ne connaissait pas grand-chose aux sports. Frondeuse, elle s’adressait aux hockeyeurs comme les courriéristes parlementaires s’adressent aux ministres. Je n’oublierai jamais cette journée où elle demandait à tous les Devils s’ils ne trouvaient pas un peu étrange, en plein cœur des séries, de loger si près d’un terrain de golf.

En guise de réponse, Burns lui avait offert un grognement sonore.

Le coach avait offert une réponse bien plus élaborée au collègue qui avait rappliqué, un peu plus tard.

«Avez-vous peur de ce qui pourrait vous arriver si vous deviez vous incliner devant les Sénateurs, Pat ? Lou n’est pas le directeur général le plus patient, vous savez. Il a utilisé trois entraîneurs différents en quatre ans avant de vous embaucher...

— Voyons donc ! Vous me demandez vraiment si j’ai peur? Si j’avais peur, je serais resté chez nous », a-t-il répondu, avec tout le tact qu’il possédait à l’époque.

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On ne verra rien de tout cela dans le documentaire intitulé Pat Burns, l’homme derrière le coach qu’ont préparé nos amis de la série 25 ans d’émotions.

Le documentaire sera présenté en avant-première, ce lundi, à 21 h, sur les ondes de RDS INFO.

La première «officielle» suivra, le mercredi 11 avril, à 20 h 30, sur RDS.

Le réalisateur Jean-Félix Maynard traite évidemment de la conquête de la coupe de 2003. Il s’agit après tout du point culminant de la carrière de l’entraîneur gatinois. On ne montre toutefois rien de la série contre les Sénateurs, qui a pris fin dans un match numéro sept au Centre Corel.

On fait fi des trois premières rondes pour nous emmener, directement, au match numéro sept de la finale durant lequel Martin Brodeur et les Devils ont eu raison de Jean-Sébastien Giguère et des Mighty Ducks d’Anaheim.

Pat Burns soulève le précieux trophée à la suite de la victoire des Devils dans le 7e match de la finale de la coupe Stanley en 2003.

C’est le principal défaut des documentaires qui sont présentés dans le cadre de cette série. On aborde des sujets très riches. On doit malheureusement produire des épisodes d’une heure.

J’en ai parlé brièvement avec le fils de Pat Burns, Jason, après avoir visionné l’épisode. Il partage mon avis. «J’ai regardé les cinq blocs de l’émission, un après l’autre. À la fin, j’en cherchais un sixième», m’a-t-il confié.

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Les artisans de 25 ans d’émotions, en revanche, ont le don de réunir des intervenants drôlement intéressants.

C’est encore le cas, cette fois. Une douzaine de personnes apparaissent à l’écran pour raconter la vie de celui qui a quitté une carrière dans les forces de l’ordre pour se lancer dans le coaching.

«Elles sont toutes excellentes... Sauf peut-être moi», ricane Jason Burns.

C’est de la modestie mal placée. Sa contribution est essentielle à l’histoire.

On retient aussi l’exceptionnelle Chantal Machabée, qui a côtoyé Burns à ses tous débuts. Il dirigeait les Olympiques de Hull. Sa carrière de journaliste prenait son envol. Elle était alors radio-canadienne et travaillait ici même, à Ottawa.

Lou Lamoriello livre aussi un témoignage intéressant. Il dit, en somme, que Burns n’aurait peut-être pas gagné la coupe s’il n’avait pas accepté de sacrifier un peu de son identité personnelle pour adopter la philosophie de son organisation.

Line Gignac Burns, la veuve de Pat, reconnaît que ça n’a pas été un sacrifice facile à faire. Il s’était construit un personnage, le coach. Il n’a vraiment pas été facile, pour lui, d’y renoncer.