Brent Sullivan, entraîneur-adjoint de hockey à l’Université d’Ottawa, vivait avec de sérieux problèmes de santé mentale. Il a subi 14 commotions cérébrales à l’adolescence. Il s’est lancé le défi de s’entraîner pour courir son premier demi-marathon. Il a perdu une soixantaine de livres et se porte aujourd’hui beaucoup mieux.

La vie comme un marathon

CHRONIQUE / Les symptômes « principaux » des commotions cérébrales, on les connaît. Des maux de tête intenses et persistants. Les nausées. L’hypersensibilité à la lumière.

Ce sont les symptômes les plus documentés. Ce ne sont peut-être pas les pires.

Brent Sullivan peut vous en dire quelque chose.

L’entraîneur-adjoint de l’équipe masculine de hockey de l’Université d’Ottawa aurait subi 14 commotions en 10 ans.

Les premières sont survenues alors qu’il était adolescent et qu’il rêvait de gagner sa vie sur une patinoire.

« Est-ce que j’avais le talent nécessaire ? Qui sait ? Quand j’avais 16 ans, j’étais un bon petit joueur de hockey. J’avais été la recrue de l’année dans la Ligue junior centrale. J’aurais pu accepter la bourse d’études qui m’était offerte par l’université Clarkson. J’ai plutôt choisi de poursuivre mon cheminement dans le hockey junior majeur ontarien. Tout allait bien, pour moi. »

Il a subi une première commotion. Puis, une deuxième. Une troisième. Avec tout le temps passé à s’en remettre, Sullivan a disputé respectivement 27 et 26 parties lors de ses deux premières saisons avec le Sting de Sarnia.

Il a subi une quatrième commotion. Puis, une cinquième. Une sixième. Et ainsi de suite. Les blessures qui s’accumulaient ne l’affectaient plus uniquement durant la saison de hockey. Elles l’empêchaient de s’entraîner à sa guise durant l’été.

« En fin de compte, quand j’ai quitté la LHOntario, je n’étais plus un très bon joueur de hockey... »

Et ce n’était que le début. Les pires symptômes prennent parfois du temps à s’installer. Il est ici question des problèmes de santé mentale. La dépression. L’anxiété. La mémoire qui s’embrouille. La perte de sommeil. Les crises de panique, parfois assez sérieuses.

L’entraîneur que ses joueurs surnomment simplement « Sully » connaît tout ça.

Le printemps dernier, il a frappé le fond du baril.

« Je n’ai pas peur de le dire. J’étais rendu au point où je ne voulais même pas sortir du lit. Je n’avais surtout pas le goût d’enfiler mes espadrilles pour aller courir. »

Sullivan tient pourtant à partager son histoire parce que ce n’est pas une histoire triste. La Fin de semaine des courses, le plus beau week-end de l’année dans la région d’Ottawa-Gatineau, est à nos portes. Cette année, encore, des milliers d’athlètes de tous les niveaux se réuniront dans les rues du centre-ville. Dimanche matin, « Sully » sera sur la ligne de départ. Il a trouvé la motivation de sortir du lit. Et pas à peu près. Il prendra part à son premier demi-marathon à vie.

La motivation peut parfois venir vous chercher à un moment où vous ne l’attendiez pas. Dans le cas de Brent Sullivan, on dirait bien que ça s’est passé en deux temps.

Il a subi un petit choc, d’abord, en voyant les photos du gala de fin de saison des Gee Gees, en 2017. « Je savais que j’avais pris un peu de poids, mais les photos m’ont fait comprendre à quel point je n’avais pas l’air en santé. Elles m’ont donné un coup. J’ai compris que je devais changer. »

Au même moment, de nombreux amis et connaissances partageaient dans les réseaux sociaux leurs photos et leurs résultats de la Fin de semaine des courses.

Les choses ont cliqué.

Il a composé un statut sur Facebook. C’était la meilleure façon, selon lui, d’officialiser sa démarche. Il a fait la promesse de se joindre à la fin en courant 21,1 KM un an plus tard.

On pourrait passer les prochaines heures à parler de tout ce qui s’est passé par la suite. « Mon histoire a pris des proportions que je ne soupçonnais pas. » Il est désormais associé à une Fondation qui soutient les victimes de commotions. Les médias s’intéressent à sa démarche. Des gens qu’il ne connaissait pas l’ont contacté, au fil des mois, pour partager leurs histoires. Il est devenu une source d’inspiration.

Sully a surtout perdu une soixantaine de livres. Il a repris le contrôle de sa vie. « Les gens me disent que ma personnalité a changé. J’imagine que je suis plus agréable à côtoyer. »

Toute ce bagage de vie fera sans doute de lui un meilleur coach.

En plus, comme à peu près tous les participants de la Fin de semaine des courses, l’entraînement lui a fait un bien fou.

« Tant mieux si tout ça peut me permettre de changer la vie de quelqu’un d’autre », qu’il dit.

C’est déjà gagné. Il a changé la sienne.