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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Jacob Bernard-Docker a déjà commencé à faire ses preuves.
Jacob Bernard-Docker a déjà commencé à faire ses preuves.

Là où il fait bon jouer

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CHRONIQUE / Je vous ai dit que j’aime Jacob Bernard-Docker ?

Ça n’a pas grand-chose à voir avec son talent de hockeyeur. Je ne l’ai pas vu jouer assez souvent pour me faire une tête. Je conserve bien sûr d’excellents souvenirs du Championnat mondial junior de 2020, où il avait été le plus fiable défenseur canadien.

La prudence demeure de mise. Les grands manuels d’histoire du hockey nous apprennent à ne pas nous emballer, trop rapidement, quand un joueur brille parmi les adolescents.

Pour l’instant j’aime bien Bernard-Docker parce qu’il a l’air brillant. Mature. Sensible. Il est déjà capable de bien comprendre ce qui se passe autour de lui. Et de l’expliquer clairement.

Pour un défenseur à caractère défensif, le cerveau est un outil très utile.

Le jeune homme a déjà commencé à faire ses preuves.

La semaine dernière, tandis que des tas d’espoirs de la NCAA s’entendaient avec leurs clubs dans la LNH, les partisans des Sénateurs étaient un brin tendus.

Les quatre prodiges d’Ottawa qui évoluaient l’hiver dernier à l’Université du Dakota du Nord se laissaient désirer. Les négos s’étiraient un peu.

On sait d’où provient l’angoisse. Dans les dernières années, les fans ont vu partir plusieurs joueurs d’impact, parce qu’ils étaient incapables de s’entendre avec la direction.

Ces déceptions répétées ont fini par user leur confiance.

Serait-il possible que les espoirs n’aient tout simplement pas envie de venir jouer chez nous ? Ce serait horrible. Horrible...

Finalement, ce n’était pas ça, du tout.

Quand il a signé son contrat, jeudi dernier, Bernard-Docker nous a expliqué que c’était le contraire.

« Je ne pense pas que les gens réalisent à quel point il est difficile de quitter le Dakota du Nord », a-t-il déclaré, dans sa visioconférence médiatique.

« J’ai passé trois années, là-bas. Les trois plus belles années de toute ma vie ! C’est un endroit spécial, vous savez. J’ai des sentiments doux-amers alors que je m’apprête à partir. »

Petit conseil. Ne vous précipitez pas chez votre libraire indépendant favori pour faire l’achat du Guide Michelin du Nord-Ouest américain.

J’ai visité Grand Forks, il y a une quinzaine d’années, dans l’exercice de mes fonctions. Cette petite ville universitaire et manufacturière n’a rien de bucolique.

Il n’y a qu’un bijou, en fait, dans cet « endroit spécial ». C’est le spectaculaire aréna qui a été construit au début des années 2000 grâce au don d’un généreux mécène qui adorait le hockey.

Ce stade de 11 640 sièges se compare avantageusement à plusieurs amphithéâtres des ligues majeures. Les partisans dévoués qui remplissent ces sièges chaque hiver font l’envie de certains marchés de la LNH.

« Ce qui rend le Dakota du Nord spécial, ce n’est même pas ça », a insisté Bernard-Docker.

« J’ai adoré le temps que j’ai passé là-bas en raison des gens que j’ai côtoyés. Tous ces gens avaient mes intérêts à cœur. Ils voulaient que je devienne une meilleure personne et un meilleur joueur. Je ne l’oublierai jamais. »

« Quand je suis arrivé ici, mon objectif principal, c’était de passer chez les pros. Je pensais que j’empruntais le bon chemin pour atteindre la LNH le plus rapidement possible. J’ai vite compris que c’était pas mal mieux que ça. Les entraîneurs, les coéquipiers et tous les autres membres de l’organisation rendent cet endroit spécial. C’est le principal souvenir que je conserverai de mes années sur le campus. »

En passant, Shane Pinto – coéquipier de Bernard-Docker au cours des deux dernières saisons – a dit essentiellement la même chose quand il a signé à son tour son premier contrat avec les Sénateurs.

***

J’ai le goût d’écrire un petit mot d’encouragement pour les partisans des Sénateurs qui sont blessés dans leur amour-propre.

Ottawa n’est pas une ville indésirable.

Daniel Alfredsson, Chris Phillips, Radek Bonk, Patrick Lalime, Shaun Van Allen, Chris Kelly plusieurs autres ont choisi de s’établir en ville quand ils ont accroché leurs patins.

Erik Karlsson, Kyle Turris et Mark Stone continuent de revenir en ville, chaque année, quand ils subissent l’élimination.

Au début du mois de janvier, l’ancien président des Sénateurs Roy Mlakar a effectué une apparition sur les ondes de TSN 1200. Il devait rendre hommage à son grand ami John Muckler. Il s’est permis un tout petit détour.

Roy Mlakar et John Muckler en 2004

« Dans mon temps, dit-il, personne ne voulait quitter Ottawa. »

C’est vrai. Au début des années 2000, malgré tous les problèmes de l’organisation à l’extérieur de la glace, les joueurs étaient heureux de faire carrière dans la capitale.

Ils faisaient partie d’une équipe gagnante. Ils faisaient partie d’une organisation gagnante. Ils étaient bien entourés de gens compétents qui voulaient les aider à réussir et qui avaient les moyens de leurs ambitions.

Le temps passe. Ça ne change pas. Ça ne changera probablement jamais.

Les bons athlètes se sentiront chez eux partout où on prendra soin d’eux.