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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
L'espoir du Wild du Minnesota et ancien joueur vedette des 67's d'Ottawa, Marco Rossi. 
L'espoir du Wild du Minnesota et ancien joueur vedette des 67's d'Ottawa, Marco Rossi. 

La nouvelle vie de Marco Rossi

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CHRONIQUE / La première chose qui frappe, c’est le sourire. Marco Rossi se branche sur Zoom, en début d’après-midi, et son sourire crève l’écran.

On ne le connaissait pas comme ça.

Pendant ses deux années chez les 67’s d’Ottawa, il avait beaucoup de charisme... sur la glace. Dans ses brèves rencontres avec la presse, il n’était pas le type le plus chaleureux.

On m’avait dit de ne pas le prendre personnel. Il avait quitté son Autriche natale pour jouer au hockey. Il ne voulait penser qu’à ça.

La vie de Rossi a changé du tout au tout, dans les derniers mois.

Au moment où il devait faire ses débuts dans la Ligue nationale, il s’est plutôt retrouvé aux soins intensifs.

«Je suis en train de vivre la plus éprouvante année de ma vie, confie-t-il. J’ai vécu les heures les plus sombres. Je n’étais pas triste parce que je n’étais pas capable de jouer au hockey. J’avais le moral à plat à cause de mon état de santé. Je me suis vraiment demandé si j’allais survivre.»

Clairement, les choses se replacent. On a eu l’idée de le contacter, ce week-end, quand on a vu passer une courte vidéo tournée par son père. Rossi a enfin reçu le feu vert des médecins pour retourner sur la glace.

«Les épreuves des derniers mois ont été dures pour beaucoup de gens. Tous les membres de ma famille ont souffert autant que moi. Ces jours-ci, on sent que tout est en train de changer. Il y a une vibe très positive, autour de moi. L’énergie de mes proches est contagieuse. Ça change absolument tout.»

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Petit retour en arrière, pour ceux qui auraient raté les chapitres précédents.

Rossi a été le neuvième joueur sélectionné lors du repêchage amateur de la LNH, l’automne dernier. À défaut d’être le joueur le plus talentueux de la cohorte, il était probablement celui qui était le plus apte à faire le saut dans la «grande ligue» à 19 ans.

Pour se donner de meilleures chances de se tailler un poste avec le Wild du Minnesota, et parce qu’il n’aime pas les longues pauses, il s’est déniché un contrat de courte durée, cet automne.

Ce contrat lui a coûté cher. Tandis qu’il s’entraînait avec les ZSC Lions de Zurich, il a contracté la COVID-19. Malgré sa jeunesse, même s’il aurait difficilement être plus en forme, il a eu beaucoup de mal à s’en remettre. Plusieurs semaines après avoir reçu le diagnostic, il ressentait toujours une grande fatigue.

Parce que le hockey est plus important que tout, il s’est quand même rendu à Edmonton pour participer au Championnat mondial junior. Les Autrichiens ont subi l’élimination après quatre parties. Leur capitaine n’était clairement pas dans son assiette.

Rossi était prêt à continuer à lutter contre l’épuisement, par amour du hockey, lors du camp d’entraînement du Wild. Les médecins de l’équipe en ont décidé autrement. Avec leurs analyses sanguines, ils ont trouvé ce qui n’allait pas: le coronavirus a provoqué chez lui une myocardite.

Les médecins lui ont alors dit qu’il était chanceux d’avoir joué seulement quatre parties au Mondial junior. À l’effort, l’inflammation de son muscle cardiaque aurait pu lui être fatale.

Même au repos complet, son coeur aurait pu cesser de battre à n’importe quel moment.

Tout le monde s’est plaint, un jour où l’autre, durant les 15 derniers mois.

On a tous renoncé à quelque chose qui nous tient à coeur.

On a tous trouvé ça bien plate.

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L’histoire de Marco Rossi finit bien. Il vient de recommencer à patiner. Il est sur la voie du retour au jeu.

Dans les premiers mois de sa convalescence, il était incapable de regarder un match de hockey à la télévision. «Je ne trouvais pas ça juste. Ils pouvaient jouer. Pas moi.»

Éventuellement, il s’est mis à regarder le Wild. Regarder cette modeste équipe atteindre les séries éliminatoires lui a remonté le moral.

«Les Oilers d’Edmonton misent sur le meilleur joueur de la planète. Ils n’ont pas été capables de franchir la première ronde. Le talent ne fait pas foi de tout.»

L'attaquant vedette du Wild du Minnesota, Kiriil Kaprizov (#97).

Le Wild mise quand même sur une star en devenir. Kiriil Kaprizov devrait remporter le titre de recrue de l’année.

Kaprizov joue à l’aile. Rossi, au centre. Je dis ça, sur Zoom, est son visage s’éclaire encore plus.

«C’est clair que j’y ai pensé, sourit-il. Sauf qu’en ce moment, je dois d’abord trouver une façon de me tailler un poste au sein de l’équipe.»

Il a jasé de ses ambitions pendant un petit bout, par la suite. Son moral est vraiment solide. Il est convaincu qu’il reviendra, plus fort que jamais.

Avant de le quitter, je lui ai demandé s’il avait d’autres raisons de célébrer le retour à la vie normale. Il est jeune, il est en santé...

«Les vacances ont été assez longues comme ça! Je n’ai plus besoin de me reposer. Je veux jouer au hockey, maintenant.»

Derrière le sourire, on comprend qu’il n’a pas complètement changé.