« Qui, moi ? Ramasser une rondelle à la fin du match ? Bof... Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai fait ça », a déclaré Erik Karlsson après la rencontre, lundi.

Karlsson, sa rondelle, l’avenir...

CHRONIQUE / Erik Karlsson qui se penche pour aller chercher une rondelle dans le fond d’un filet. Le King qui, tout d’un coup, tient à conserver un souvenir de ce qui pourrait être son dernier match au Centre Canadian Tire.

C’était du gros sentimentalisme. Ça ne lui ressemblait vraiment pas. Par contre, le gars qui feint l’innocence avec les journalistes, quelques minutes plus tard, dans le vestiaire...

Ça, c’était du Karlsson tout craché.

« Qui, moi ? Ramasser une rondelle à la fin du match ? Bof... Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai fait ça. Elle était là, toute seule, presque abandonnée. Je me suis dit que je pourrais la conserver. Je n’ai jamais pensé que vous pourriez le remarquer... »

S’il faut que Pierre Dorion échange son capitaine dans les prochains mois, je crois que je vais m’ennuyer de son petit côté fendant. J’ai vraiment appris à l’apprécier au fil du temps.

Je trouve que certains de mes collègues ont vite sauté aux conclusions dans les dernières heures. Personne ne sait ce qui attend Karlsson dans les prochains mois.

Karlsson, lui-même, l’ignore.

En attendant, aux partisans scandalisés qui menacent de quitter le navire si jamais leur joueur favori est échangé, j’ai envie d’offrir quelques paragraphes recyclés. Parce que je ne change pas d’idée.

Échanger Karlsson pour économiser de l’argent pourrait faire très mal à l’organisation. Diminuer sa valeur en imposant à une autre formation d’absorber du même coup le – très mauvais – contrat de Bobby Ryan serait encore pire.

Par contre, échanger Karlsson contre un bouquet de trois, quatre ou même cinq éléments – joueurs et choix de repêchage confondus – pouvant aider à relancer l’équipe...

Ce serait une autre histoire.

Évidemment, Dorion ne pourrait pas obtenir un joueur du calibre de Karlsson dans cette transaction. Surtout pas le Karlsson qu’on revoit sur la patinoire depuis environ un mois. Personne ne peut dominer un match pendant 30 minutes comme lui.

En 1992, Pierre Pagé ne s’attendait pas à obtenir un joueur du calibre d’Eric Lindros, quand il a conclu un marché avec son homologue des Flyers de Philadelphie.

Il s’est « contenté » de Peter Forsberg. Pour l’aider à mieux avaler la pilule, on lui a offert un gardien numéro un (Ron Hextall), un défenseur offensif de qualité (Steve Duchesne), un centre numéro deux efficace dans les deux sens de la patinoire (Mike Ricci), deux choix de première ronde et 15 millions $ en argent comptant.

On compare ici des joueurs et des hommes de hockey différents qui ont vécu à des époques différentes. J’en conviens.

Permettez-moi quand même de conclure ce chapitre avec une question. Combien d’équipes pourraient s’intéresser à Karlsson, si jamais on le mettait en vitrine à la fin du mois de juin ?

Karlsson n’est pas tout seul à nager dans l’incertitude. D’autres joueurs ont possiblement joué leur dernier match à Kanata.

Alexandre Burrows pourrait être du nombre.

Un ancien entraîneur me disait, plus tôt cet hiver, que le vétéran ailier québécois avait parfois l’air nostalgique sur la patinoire.

Après le match, lundi, il a prouvé que c’était en lui.

Les entrevues d’après-match sont presque toujours courtes. Les joueurs ne veulent pas s’éterniser dans le vestiaire. Ils veulent retraiter aux douches, rentrer chez eux au plus sacrant.

Burrows, après le dernier match à domicile, a tenu le crachoir pendant 10 bonnes minutes. Ses trois jeunes enfants attendaient avec beaucoup de patience. Il avait tout le temps du monde pour parler de ses anciens partenaires de trio, les jumeaux Daniel et Henrik Sedin.

« J’ai été très privilégié de profiter de leur talent pendant toutes ces années », de dire celui qui fut leur ailier gauche, chez les Canucks de Vancouver.

Il a parlé avec beaucoup d’admiration de ces deux joueurs qui faisaient la barbe à tout le monde, année après année, lors des tests de conditionnement physique du camp d’entraînement.

« Ils rendaient tout le monde autour d’eux meilleurs. C’est une vraie belle qualité pour un joueur de hockey », a-t-il conclu.

Burrows a profité de ce tremplin pour connaître une carrière de 910 matches dans la LNH. C’est loin d’être une vilaine carrière.