Tout le monde se demande quelle équipe va pouvoir repêcher Alexis Lafrenière. Le meilleur espoir de la LHJMQ devrait-il avoir peur d’aboutir à Ottawa?

Jouer ici, c’est pas si pire...

CHRONIQUE / Cher Alexis,

On ne se connaît pas. Je t’ai vu jouer une seule fois, en personne, et ça fait un certain temps. C’était à l’automne 2016, au tout début de ta saison dans le midget AAA.

Ça pourrait changer. Je pourrais te voir jouer souvent, à compter de la saison prochaine.

On considère que tu es le plus bel espoir du prochain repêchage de la LNH. Entre 15 et 20 % des boules devraient appartenir aux Sénateurs, en avril, lorsqu’on activera le grand boulier qui déterminera l’ordre de sélection, en première ronde.

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C’est d’ailleurs pourquoi je t’écris, aujourd’hui. Tu passes le week-end en Outaouais. Le moment est peut-être bien choisi pour t’expliquer qu’Ottawa n’est pas une si mauvaise ville où entreprendre sa carrière dans la Ligue nationale.

Tu as sans doute entendu des histoires. Tu regardes les nouvelles. Cette semaine, encore, un agent de joueurs a déclaré – sous le couvert de l’anonymat – que la capitale est un peu devenue le dépotoir canadien du circuit Bettman.

C’est vrai que les dernières années n’ont pas été les plus glorieuses de l’organisation.

Il y a sans doute des clubs qui traitent mieux leurs joueurs, ailleurs.

On peut trouver des endroits où le climat est plus clément, dans des États américains où les impôts sont moins élevés.

Quand on te pose la question, tu réponds que tu te fiches complètement de l’équipe qui te repêchera. Tu dis que tu seras tout simplement heureux d’accéder à la LNH. Et c’est tout à ton honneur.

Tu pourrais quand même avoir certains doutes, et ce serait normal. Dans ce cas, laisse-moi te dire qu’Ottawa, c’est quand même pas si pire que ça.

J’en ai parlé avec Chris Phillips, plus tôt, cette semaine.

Il est bien placé pour te comprendre. Il y a 25 ans, environ, il était dans la même situation que toi. Il avait été le tout premier choix du repêchage de 1996.

« Il y a vraiment beaucoup de similitudes entre les Sénateurs de l’époque et les Sénateurs d’aujourd’hui », a-t-il reconnu, quand je l’ai contacté, plus tôt, cette semaine.

Alexis Lafrenière

L’équipe traînait dans la cave du classement depuis quelques années. Les partisans ne trouvaient plus ça très drôle. On venait d’inaugurer un amphithéâtre digne des ligues majeures dans l’ouest de la ville, mais les dirigeants avaient du mal à vendre les billets. Le propriétaire du club, Rod Bryden, n’inspirait pas nécessairement confiance.

Quand il a déposé son sac d’équipement dans le vestiaire, le jeune Phillips a vu plus loin que tout ça. « Wade Redden venait d’être repêché. Marian Hossa venait d’être repêché. Magnus Arvedson venait d’être repêché. Les ingrédients étaient réunis. Il fallait simplement que la sauce prenne », raconte-t-il.

Quand les Sénateurs sont devenus respectables, Ottawa n’avait rien à envier aux autres villes canadiennes de la LNH.

« Je me souviendrai toujours de notre victoire au premier tour des séries, en 1998. Nous étions une équipe de huitième position et nous avions réussi à éliminer les Devils du New Jersey, qui étaient champions de la saison régulière. Le soir du match décisif, nous avons passé notre fin de soirée dans un restaurant du centre-ville. On aurait juré qu’il y avait un défilé de championnat, tout le long de l’autoroute 417. »

Phillips a tellement aimé Ottawa qu’il a choisi de rester, à la fin de sa carrière.

« Nous n’avons pas perdu un seul partisan, affirme-t-il. Les gens continuent d’aimer l’équipe. Ils attendent simplement de jours meilleurs. Les fans continuent de me traiter exactement comme ils me traitaient durant ma carrière de joueur. Pour eux, les Sénateurs valent de l’or. »

Des gens qui te connaissent bien me disent que tu veux gagner, Alexis. Ça compte plus que tout le reste, pour toi, selon ce que j’ai pu comprendre.

Je n’ai pas de boule de cristal. Je ne peux pas voir à l’avance le classement de 2022 à 2030.

Je peux te dire une chose, par contre. Le noyau des Sénateurs est déjà bien uni. « Les jeunes, on se tient ensemble. Vraiment, le groupe est vraiment bien soudé. Et on est toujours heureux d’accueillir un nouveau membre », m’a confié Thomas Chabot, jeudi.

Il ne doit pas trouver Ottawa si pire que ça, lui non plus. Il vient de s’engager pour huit ans.