Finalement, ni les Stars ni le Lightning n’étaient prêts à lâcher leurs meilleurs atouts pour obtenir Erik Karlsson.

Je ferai mieux la prochaine fois

CHRONIQUE / Je sais, je sais. C’est moi, le gars qui écrivait depuis plusieurs mois qu’une transaction impliquant Erik Karlsson pouvait accélérer le processus de reconstruction des Sénateurs.

C’était pas ce que j’avais en tête.

J’imagine que j’étais naïf. Il n’y avait pas vraiment de précédents sur lesquels je pouvais m’appuyer. À notre époque, les équipes de la LNH qui ont la chance de miser sur des joueurs d’exception s’arrangent pour les garder.

J’avais tiré la conclusion – trop hâtive – que la simple présence d’une superstar comme Karlsson sur le marché suffirait à faire grimper les enchères.

Je pensais que les Sénateurs n’auraient qu’à laisser les clubs s’entre-déchirer pendant un moment avant de récolter le gros lot.

J’imaginais vraiment une transaction du type Lindros-à-Philadelphie.

Je pensais que Steve Yzerman finirait par flancher, tanné de se faire mettre de la pression par son défenseur Victor Hedman.

J’imaginais Mikhail Sergachev et Brayden Point à Ottawa.

Pas Dylan DeMelo et Chris Tierney.

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Il y a un élément, important, que tous les experts négligent, dans leur analyse de la transaction.

D’autres directeurs généraux ont fait mieux que Dorion, dans des transactions impliquant des joueurs de fort calibre, dans les derniers mois. On n’a qu’à penser au butin fort honnête que Marc Bergevin a obtenu quand il a expédié Max Pacioretty chez les Golden Knights de Vegas.

Il y a une nuance importante. Avant de compléter ce troc, le directeur général George McPhee avait jeté les bases d’une prolongation de contrat de quatre ans avec son nouveau joueur.

Je pourrais me tromper, mais il me semble que Karlsson soit loin d’une entente avec le patron des Sharks, Doug Wilson.

J’ai même l’impression qu’il est complètement fermé à l’idée de négocier une prolongation de contrat avec n’importe quelle équipe, à l’heure actuelle. Cet entêtement à ne pas négocier a probablement ralenti tout le processus. Tout cela a probablement fait diminuer sa valeur.

Les Sharks, essentiellement, ont mis la main jeudi sur un joueur de location. Ils miseront cette saison sur trois des 10 meilleurs défenseurs sur la planète, mais ils savent fort bien qu’ils pourraient perdre Karlsson au marché des joueurs autonomes sans compensation, le 1er juillet.

Ça n’excuse pas tout. Habituellement, les équipes de pointe qui s’offrent des joueurs de location sacrifient des espoirs de premier plan.

Quand on disait jeudi matin que « plusieurs » équipes de l’Association Ouest étaient toujours dans le coup, je me disais que les Stars finiraient par tenter le grand coup.

Je me disais que Jim Nill se tannerait, lui aussi, de se faire casser les oreilles par Marc Méthot. Je me disais qu’il finirait bien par mettre son meilleur atout sur la table.

J’imaginais Miro Heiskanen à Ottawa.

Pas Josh Norris et l’autre, là, Rudolfs Balcers.

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Dans cette transaction, les Sénateurs obtiennent un choix de première ronde. On ne s’énervera pas trop avec ça. Il s’agit d’un choix des Sharks, et les Sharks ont connu une seule saison de moins de 95 points depuis 2004. On doit donc s’attendre qu’il s’agisse d’un choix de fin de première ronde.

Les Sénateurs pourraient en soutirer un deuxième, mais il faudrait pour cela que Karlsson accepte de prolonger son séjour dans le nord de la Californie au-delà de l’été 2019. Il faudrait aussi, au préalable, que les Sharks atteignent la prochaine finale de la coupe Stanley.

Ça pourrait arriver, mais les probabilités sont minces.

Les Sénateurs pourraient aussi obtenir un deuxième choix de première ronde, dans l’éventualité où les Sharks décident d’échanger à nouveau Karlsson à une équipe de l’Association Est dans les prochains mois. Ce serait du jamais vu. Ils pourraient alors « sous-louer » leur propre joueur de location.

La simple présence de cette clause inédite dans la transaction trahit un certain malaise chez Pierre Dorion.

Il n’a sans doute pas envie de se faire jouer un tour par Doug Wilson. Il n’a certainement pas envie de voir Karlsson débarquer chez l’ennemi, à Toronto.

Je sais, je vous ai dit qu’une transaction impliquant Karlsson aiderait les Sénateurs. Je m’excuse. Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois.