Erik Burgdoerfer cogne aux portes de la LNH après près de 300 matches dans la Ligue East Coast.

Il n'est jamais trop tard

CHRONIQUE / Un événement sportif d'une relative importance a complètement échappé au regard médiatique régional. Mardi soir, à Toronto, une « recrue » de 28 ans a marqué son premier but en carrière dans la Ligue nationale de hockey.
L'événement est passé sous silence, en partie, parce que c'était un simple match préparatoire. À voir les centaines de sièges vides un peu partout dans les gradins, de Québec à Phoenix en passant par le New Jersey, les matches hors-concours n'intéressent visiblement plus grand monde.
Le but dont je vous parle n'a pas fait grand bruit, aussi, parce que son auteur se nomme Erik Burgdoerfer.
C'est malheureusement un peu l'histoire de sa carrière. 
Burgdoerfer n'a rien de bien spectaculaire à offrir. Il est un défenseur solide, tant physiquement que mentalement. Le genre de joueur de caractère qui peut jouer de grands matches sans se faire remarquer. Le genre de leader intelligent, infatigable travailleur qui rend ses coéquipiers meilleurs.
Le genre de joueur qu'il faut observer attentivement, sur une longue période, pour vraiment l'apprécier.
***
Originaire de la Pennsylvanie, Burgdoerfer a choisi d'emprunter la voie de la NCAA pour parfaire son développement. Il a choisi le Rensselaer Polytechnic Institute (RPI), un petit établissement du nord-est davantage reconnu pour ses programmes de science et de technologie que pour son club de hockey masculin.
Il en est ressorti, quatre ans plus tard, avec un diplôme en Économie et une toute petite ouverture vers le monde du hockey professionnel. Il a choisi de la saisir. Il a décidé de se joindre aux Condors de Bakersfield, dans la Ligue East Coast.
Il est allé finir la saison 2009-10 là-bas. L'automne suivant, il s'est engagé pour une saison complète. Il en a vécu une deuxième. Puis, une troisième. Et une quatrième.
Il a fini par jouer près de 300 matches dans cette ligue de calibre inférieur, que tous les joueurs rêvent de quitter au plus sacrant.
Trois ans plus tard, Burgdoerfer est capable de voir le bon côté des choses. « Ce fut une expérience de vie très formatrice, me dit-il. C'est un peu comme si j'avais effectué mon stage dans le hockey junior... après l'université », dit-il.
Je n'ai jamais visité Bakersfield, mais j'ai fait une recherche sur Google pour voir à quoi ça ressemble. Les deux tiers des photos qui ressortent nous montrent une arche qui accueille les visiteurs à l'entrée de la ville. Sinon, les autres montrent de grandes étendues désertiques...
« C'est quand même la Californie ! Il faisait beau et chaud et les gens étaient accueillants », se défend Burgdoerfer. Il est décidément capable de voir le bon côté des choses.
« J'ai quand même songé à tout lâcher », finit-il par cracher.
Après trois années complètes dans la « Coast », il a sérieusement songé à s'arrêter. Il avait effectué quelques stages estivaux sur Wall Street. Un boulot à temps plein l'attendait. « J'aurais pu me lever à 4 h 45 chaque matin et me rendre à mon bureau pour analyser des données toute la journée. »
« J'aurais pu aimer ça. Tous les métiers ont leurs bons et leurs moins bons côtés. »
Un entraîneur, Troy Mann, est arrivé dans sa vie au bon moment. Il l'a convaincu de se donner une dernière chance.
Un an plus tard, Burgdoerfer a suivi Mann dans la Ligue américaine.
Puis, en décembre dernier, il a pu goûter à la grande ligue. Il a joué deux « vrais » matches avec les Sabres de Buffalo.
« Je continue de penser que je suis capable de jouer dans la LNH. Je peux y arriver », m'assure-t-il.
Il dispose d'une période de deux ans - la durée de son nouveau contrat avec les Sénateurs - pour y arriver.
***
Peut-être va-t-il réussir. Peut-être pas.
Il y a quelque chose, cependant, qui va toujours rester.
À mi-chemin en troisième période, mardi, il venait de sortir du banc des pénalités. Freddy Claesson l'a vu, au loin. Il a réussi à pousser la rondelle dans sa direction.
Burgdoerfer a réussi à en profiter pour s'échapper. « Le rêve de tout joueur. S'échapper en sortant du banc des pénalités. » Quelques secondes plus tard, il a saisi son retour pour pousser la rondelle derrière le gardien Kasimir Kaskisuo.
Un but. Un vrai but. Même si c'était dans un match qui ne voulait rien dire.
Ça, personne ne pourra jamais lui enlever.