L’ancien joueur de la Ligue nationale de hockey, John Chabot, parle de racisme avec de jeunes hockeyeurs autochtones.

Habituez-vous, les gars

CHRONIQUE / On ne réglera jamais tous les problèmes du hockey mineur. On pourra faire signer des documents à tous les gens impliqués en leur faisant promettre de respecter des codes de conduite et d’honneur. On pourra tapisser les murs des arénas de quartier d’affiches visant à leur rappeler que tout le monde est là pour s’amuser...

Il y aura toujours un parent, un entraîneur, une gérante pour prendre le sport beaucoup trop au sérieux.

Les débordements sont inévitables.

Il y a quand même des limites à ne pas franchir. Ces limites devraient être assez faciles à identifier. On parle ici de gros bon sens et de savoir-vivre élémentaire.

Le racisme figure au sommet de la liste. Un adolescent ne devrait jamais avoir à endurer des commentaires désobligeants sur sa couleur de peau, sur l’origine de son nom, sur les gens qui composent sa communauté.

Une équipe de calibre bantam AAA regroupant des joueurs issus des Premières Nations aurait eu droit à la totale, le mois dernier, durant un tournoi qui se déroulait à L’Ancienne-Lorette, dans la région de Québec.

Leur histoire a été largement diffusée dans les médias. Des joueurs d’équipes adverses auraient cherché à les provoquer en lâchant des « cris de guerre » ou en agitant leurs bâtons comme des tomahawks. Le DJ de l’aréna aurait fait jouer de la « musique de pow-wow » durant leurs matches.

Dans des vidéos qui ont circulé sur Internet, on peut entendre quelqu’un, dans les gradins, hurler « gang de sauvages ».

« Des épisodes où un joueur est victime de racisme, ça s’est déjà vu dans le passé », m’expliquait jeudi le gérant de l’équipe, Tommy H.J. Neeposh.

Il s’agit généralement d’épisodes isolés, selon lui. Des incidents impliquant un nombre très limité d’individus.

« C’était la première fois qu’on sentait que le racisme était généralisé. Les organisateurs du tournoi n’ont rien fait pour nous aider. »

Bon. Difficile pour ceux qui n’étaient pas sur place de juger de ce qui s’est passé. De toute façon, le but ici n’est pas de faire le procès du hockey mineur au grand complet.

Il suffit d’un seul joueur de hockey bantam qui agite son bâton de hockey comme un tomahawk. Un seul geste de racisme sur la patinoire, c’est un geste de trop.

Si l’auteur du geste n’est pas remis à sa place immédiatement par un adulte, on a un sérieux problème.

Quand il a senti que ses joueurs étaient sur le point d’éclater, durant ce tournoi, M. Neeposh leur a demandé de rentrer au vestiaire.

« Je leur ai dit de s’habituer. Ils seront confrontés à des événements comme ceux-là durant toute leur vie. »

Bien sûr, tout le monde n’est pas raciste. Les joueurs de M. Neeposh se trouvaient à Chelsea, jeudi après-midi. Une maman bénévole, touchée par leur histoire, leur a organisé en quelques jours une impressionnante journée. Les jeunes ont eu droit à une séance d’entraînement sur glace de deux heures avec l’école de hockey Max Puissance. Ils ont reçu des cadeaux. Ils ont été nourris. Une belle journée.

Durant leur court passage en Outaouais, les jeunes ont surtout pu rencontrer John Chabot.

L’homme aux racines algonquiennes en a entendu, des choses, durant sa carrière de 500 matches dans la LNH. Quand il s’est pointé dans le vestiaire, il s’est d’abord empressé de reconnaître que leur gérant a raison.

« C’est malheureux, dit-il, mais c’est la réalité. Le monde évolue, pas toujours de la bonne façon, et j’ai parfois l’impression qu’il est de plus en plus acceptable de passer des commentaires inappropriés. »

« Mon père a entendu des commentaires. Ses parents ont entendu des commentaires. Tous les joueurs de la LNH issus de minorités visibles ont été obligés de composer avec tout cela, un jour ou l’autre. »

Chabot est capable de dire cela avec le sourire. En fait, Chabot sourit tout le temps. C’est presque paradoxal, quand on y pense.

« Je n’ai pas toujours eu de la facilité à comprendre et accepter tout cela. Mon père m’a aidé. Il m’a fait comprendre que je ne faisais pas partie du problème. Le problème, c’est simple, c’est le manque d’éducation. »

« Le racisme, c’est laid, mais ça existera toujours. »