Sylvain St-Laurent
Anthony Duclair a été cloué au banc dans la troisième période d’un match à domicile, la semaine dernière.
Anthony Duclair a été cloué au banc dans la troisième période d’un match à domicile, la semaine dernière.

Faire face à la musique, ça compte

CHRONIQUE / Je n’aimais pas trop ce que je lisais dans mon journal, depuis quelques jours.

Anthony Duclair a été cloué au banc dans la troisième période d’un match à domicile, la semaine dernière. Il ne s’est pas présenté dans le vestiaire, par la suite, pour affronter le troupeau de journalistes.

Jusque-là, ça allait. S’il était vexé, il était préférable que Duclair cuve sa colère loin des caméras.

Mes collègues ont demandé à lui parler, le lendemain, après la séance d’entraînement. Pour une deuxième journée consécutive, Duclair n’a pas été rendu disponible.

Une nouvelle demande a été faite par les médias, en début de semaine, lorsque les Sénateurs étaient au Colorado. Même résultat.

Duclair avait eu amplement le temps de décanter.

Je vous le dis. Je suivais tout ça, à distance, et j’étais un peu mal à l’aise.

Je n’étais pas là. Je ne pouvais donc pas comprendre le contexte, exact, de l’histoire. Duclair avait peut-être de très bonnes raisons de se tenir loin des représentants des médias.

Peut-être.

Un marqueur naturel qui traverse une grosse léthargie et qui se cache dans l’ombre, ça envoie un bien mauvais message.

Je me suis pointé au Centre Canadian Tire, jeudi, avec l’idée d’obtenir une entrevue avec la vedette québécoise.

Je l’ai obtenue.

Après la séance de patinage d’avant-match, en fin de matinée, il s’est pointé dans le vestiaire. On a jasé de sa séquence matches sans but, pendant environ trois minutes.

Ça n’a pas fait trop mal, je pense.

«Faut juste que je continue à travailler fort. Ce n’est pas une situation idéale. Je continue à lancer la rondelle. Je crée des opportunités. Mes coéquipiers essaient de m’aider. Je dois juste rester positif. La dernière chose que je dois faire, c’est penser de manière négative. Je ne peux pas lâcher. De bonnes choses vont finir par m’arriver.»

«Si je continue à travailler fort, comme ça, c’est évident que ça va finir par entrer, un de ces jours.»

Voilà. Ce n’était pas sorcier. Duclair a dit tout cela avec la tête haute, en fixant ses interlocuteurs dans les yeux.

C’était tout ce qu’on lui demandait.

Qu’on se comprenne. Les léthargies font partie du hockey. Dans une saison qui dure six mois et demi, elles sont inévitables. Personne n’y échappe.

Celle d’Anthony Duclair nous préoccupe davantage en raison de sa situation bien particulière. Il cherche toujours à faire sa place, dans le plan de croissance à long terme de l’organisation.

Il a passé l’automne à nous convaincre qu’il avait changé.

Quand une léthargie s’étire, le joueur de grand talent a parfois tendance à tricher. C’est toujours hasardeux. Sur une patinoire, les raccourcis nous mènent rarement là où on doit aller.

Lorsque Duclair a complété un match au banc, la semaine dernière, D.J. Smith commençait sans doute à voir des signes inquiétants dans le jeu de son protégé.

Le plus rapide attaquant a également perdu sa place dans la rotation régulière, en infériorité numérique. Un autre mauvais signe.

«Son attitude? Dans les derniers matches, ça s’est plutôt bien passé. Mais je dois reconnaître que la frustration commençait à s’installer, chez lui, dernièrement», a reconnu l’entraîneur-chef lorsqu’il a été interrogé sur le sujet.

«Mais, dans les derniers matches, il a obtenu des chances de qualité. Dans ces matches-là, le seul problème avec Anthony, c’est que la rondelle n’a pas voulu entrer dans le filet adverse. Sinon, tout était correct.»

Voilà. Travailler comme il faut, ça compte.

Faire face à la musique, ça compte aussi.