Matt Duchene a récolté trois mentions d’aide dans la victoire des Sénateurs face aux Devils, mardi soir.

Entraîneurs sous pression

CHRONIQUE / Dans leurs interactions avec les médias, tous les entraîneurs ont leurs béquilles. Ils ont tous des trucs qu’ils aiment répéter ad nauseam quand ils répondent aux questions des journalistes.

Celle de Guy Boucher ?

« Je l’ai déjà vécu. »

Le pilote des Sénateurs aime bien nous rappeler qu’il n’est plus un jeune premier. Il gagne sa vie dans le coaching depuis une bonne vingtaine d’années. Durant ces deux décennies, il a l’impression d’avoir pas mal tout vu, tout entendu, tout subi.

Parions que le « Ubergate » l’a pris par surprise.

Vers la fin des années 1990, à ses débuts, les téléphones portables n’étaient pas munis de caméras HD. Les joueurs étaient donc libres de hurler leurs malheurs. Ce qui se disait dans une voiture taxi restait dans la voiture taxi.

Et si, par chance, un chauffeur mal intentionné avait réussi à enregistrer une conversation incriminante, qu’aurait-il bien pu faire ? Il n’y avait pas YouTube, cette magique plate-forme grâce à laquelle on peut rejoindre des milliers d’amateurs de hockey en l’espace de quelques minutes.

Boucher ne voulait pas répondre aux questions, mardi matin, mais c’est plus fort que lui. Il a fini par nous livrer, en partie, ses états d’âme.

« Je vais vous offrir une réponse bien personnelle. Là, ce n’est pas nécessairement le coach qui parle. Je veux bien peser mes mots. Qui sont ces gens qui prennent la décision de diffuser des vidéos, dans le but avoué de nuire à d’autres êtres humains ? Je ne veux pas trop m’attarder sur le sujet, mais Martin est le meilleur être humain que j’ai rencontré. »

Boucher m’a corrigé, un peu plus tard. « Je n’ai pas dit que Martin est un des meilleurs êtres humains que j’ai rencontrés. J’ai dit qu’il est LE meilleur humain », a-t-il insisté, me coupant la parole au milieu d’une question.

J’ai parlé à quelques entraîneurs retraités, dans le courant de la journée. Ces hommes n’ont jamais été plongés dans de pareilles situations, eux non plus. Ils sont cependant unanimes. S’ils souhaitent recoller les pots cassés et continuer à progresser avec leur équipe. MM. Raymond et Boucher doivent éviter de prendre les choses personnellement.

Ça me semble assez gros, comme commande.

Je vous parle de Boucher. J’ai vraiment l’impression qu’il est le personnage central de cette histoire.

Voyez-vous, dans l’annus horribilis que fut 2018 à Kanata, l’équipe d’entraîneurs avait réussi miraculeusement à ne pas vraiment se salir.

Les déclarations maladroites du propriétaire. La démission surprise du président. L’arrestation du directeur général adjoint. Le vestiaire brisé. La transaction Karlsson. À travers toutes ces controverses, tout le monde, au sein de l’organisation, y avait goûté. Sauf, peut-être Boucher et ses adjoints. Ils avaient pu continuer à faire leur travail sans trop se faire déranger.

C’est fini, tout ça. La dernière bombe a éclaté en plein milieu de leur bureau.

On connaît le contexte pas trop évident dans lequel ces hommes travaillent. Leurs contrats arrivent à échéance le 1er juillet prochain. On ne leur a pas donné d’objectifs clairs pour les prochains mois. On veut simplement « voir les jeunes progresser ».

L’effort était au rendez-vous dimanche. Il était au rendez-vous, mardi.

Reste à voir si ça va continuer.

« Nous ne sommes pas là où vous êtes », répétait Boucher aux journalistes, mardi matin.

« Nous avons tourné la page. En ce qui nous concerne, cette affaire est classée. »

Ce n’est pas vrai. Cette affaire est loin d’être classée.

Cette histoire ne sera pas réglée tant et aussi longtemps que les joueurs impliqués ne prendront pas le temps de s’expliquer. Matt Duchene paraît particulièrement mal. On s’attend à mieux d’un leader.

On l’a vu rigoler au centre de la glace avec Martin Raymond, au centre de la glace, vers la fin de la séance d’entraînement d’avant-match de mardi matin. C’était une belle mise en scène.

Ça ne suffira pas.

Duchene a laissé les autres leaders de l’équipe parler à sa place, dans le vestiaire, mardi. Il ne pourra pas se cacher bien longtemps. Il devra éventuellement faire face à la musique, prendre la parole, s’expliquer.