Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
La Ligue de hockey de l’Ontario a renoncé à sa saison, mardi.
La Ligue de hockey de l’Ontario a renoncé à sa saison, mardi.

En Ontario, on ne joue plus

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Samedi, on trouvait encore le moyen d’en rire.

Un collègue (ontarien) me détaillait son plan machiavélique dans une série de textos.

C’était plutôt simple. Je devais passer le prendre, chez lui, et le cacher dans le coffre de ma voiture. Il voulait que je l’aide à traverser un pont (en toute illégalité) de façon à lui permettre de jouer au golf (en toute légalité).

Trente-six heures plus tard, on ne rit déjà plus. La série de mesures annoncées en catastrophe par le gouvernement Ford a obligé les dirigeants des circuits sportifs nationaux majeurs à s’ajuster. Nous avons donc eu droit à un mardi noir.

La Ligue de hockey de l’Ontario, qui vivait d’espoir depuis l’automne, a été obligée de renoncer complètement à sa saison.

La Ligue canadienne de football devrait suivre, dans les prochains jours, et annoncer qu’elle repousse le début de ses camps d’entraînement.

La LCF devrait annoncer prochainement qu'elle repousse le début de ses camps d'entraînement.

Elle vit désormais d’espoir, exactement comme l’an dernier, que les choses vont finir par s’améliorer.

On lui souhaite la meilleure des chances.

En attendant, il faut se rendre à l’évidence.

Comment pouvait-on sérieusement espérer que des compétitions sportives aient lieu, avec plaqués et devant spectateurs, dans une province où il n’est même pas permis d’organiser une ronde golf au grand air, et d’inviter trois voisins à y participer?

Il y a une grande part d’improvisation dans le travail de tous les politiciens, depuis un an. Personne n’était prêt à faire face à une crise sanitaire aussi importante.

Dans un climat de panique, alors que sa province présente le pire bilan de COVID-19 au Canada, le premier ministre ontarien Doug Ford a choisi d’improviser avec un bazooka. Au final, tout le monde perd.

••••

La situation de la Ligue canadienne de football est particulièrement inquiétante.

Le hockey junior va trouver une façon de se réinventer. Le circuit ontarien vient de perdre une année complète. Ce n’est pas idéal. Mais ça ne lui sera pas fatal.

Dans son communiqué de presse, le commissaire David Branch a pris soin de souligner que ses équipes canadiennes comptent 327 employés à temps complet et 831 employés à temps partiel. Ce sont les plus grandes victimes de cette journée.

Des gens souffrent, financièrement, depuis le début de cette pandémie.

La LHOntario finira quand même par s’en remettre, à cause des joueurs. On pourra toujours trouver quelques dizaines d’adolescents, doués, prêts à s’exiler jusqu’à North Bay ou Sault Ste Marie pour aller au bout de leurs rêves.

La LCF, c’est plus compliqué. Et plus sérieux.

D’abord, parce que la ligue entreprend une deuxième année dans l’incertitude.

Les dirigeants des neuf équipes – dont trois sont en Ontario – ont déjà été fragilisés par les importantes pertes encaissées en 2020.

C’est encore pire pour les joueurs.

Les joueurs de foot ne sont pas des ados. Ce sont des hommes qui doivent gagner leur croûte. Et qui ont, dans bien des cas, des bouches à nourrir.

Les salaires de la LCF sont meilleurs que jadis. Les vedettes du circuit font de bons salaires. Pas au point de rester à la maison, sans bosser, pendant deux années complètes.

Si la saison 2021 est annulée, on risque d’assister à un décrochage massif. Les équipes auront alors beaucoup de mal à remplacer leurs formations avec de nouveaux joueurs canadiens.

Je me souviens de ma dernière conversation avec le président du Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG), Mark Goudie. C’était à la mi-février. Les deux pieds dans la neige, il rêvait d’un été dans lequel on parlerait du coronavirus au passé. Dans son fantasme, il imaginait même une décennie complètement démente, durant laquelle les gens dépenseraient des sommes faramineuses dans l’industrie du sport spectacle.

«Les années folles sont à nos portes», qu’il disait.

Mardi, dans sa petite tournée médiatique, on a pu constater que son discours a changé.

Juste un peu.

«On planifie la saison 2021. Certains détails échappent à notre contrôle. Pour cette raison, je dirais que je suis convaincu à 90 % que nous jouerons au football cette année», a-t-il déclaré sur les ondes de TSN 1200.

Le petit 10 % de doute est important, cette période de l’année.

«Je ne tomberai pas en bas de ma chaise si on me dit qu’il faut repousser le début de notre camp d’entraînement. En revanche, je demeure convaincu que nous allons pouvoir accueillir des spectateurs, au stade, éventuellement. Combien, exactement? Ça, je l’ignore. Mais je demeure convaincu que nous allons éventuellement présenter des matches de football. Il le faut.»

La dernière phrase de cette déclaration, si courte soit-elle, est aussi très importante.