Maxime Comtois est devenu bien malgré lui le souffre-douleur de centaines d’internautes mercredi, lorsqu’il a raté son tir de pénalité en prolongation.

En 2019, on veut exister

CHRONIQUE / Je ne voulais pas nécessairement vous parler de Maxime Comtois et de cyberintimidation, dans cette première chronique de l’année 2019.

Équipe Canada Junior a subi l’élimination le 2 janvier. Ça fait déjà sept jours. Une grosse semaine. Au fil de ces sept journées, beaucoup de choses ont été dites et écrites au sujet des trolls qui polluent les réseaux sociaux.

Peut-être trop, même.

J’étais donc prêt à laisser filer le sujet. Passer au prochain appel.

Puis, dimanche, les Bears de Chicago ont subi une défaite crève-cœur au premier tour du tournoi éliminatoire de la NFL. Ils ont perdu en raison d’un placement raté à la toute fin du quatrième quart. Leur botteur, Cody Parkey, est passé dans le tordeur à son tour. Les partisans frustrés se sont précipités sur Internet pour lui communiquer toute leur amertume.

J’ai comme l’impression qu’on ne pourra pas y échapper. Le bullying en ligne sera un des thèmes chauds de la nouvelle année.

Avec ou sans Cody Parkey, j’aurais peut-être fini par vous parler de Maxime Comtois, remarquez.

Je lisais et j’écoutais un peu tout, la semaine dernière. À force de trop vouloir analyser la situation sous tous ses angles, j’avais un peu l’impression qu’on s’éloignait souvent de l’essentiel.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, fait partie des politiciens les plus respectés à l’Assemblée nationale. Il s’égare, toutefois, quand il essaie d’en faire une histoire de racisme.

Ce n’est pas vraiment une histoire de racisme.

Sure, dans leur rage, certains amateurs anglophones ont qualifié Comtois de French fuck. C’était une façon pas très élégante d’ajouter un peu de couleur, un peu de punch à leur salve.

L’entraîneur-chef d’ÉCJ, Tim Hunter, aurait pu confier à n’importe quel joueur le lancer de pénalité, en prolongation.

Dans l’échec, n’importe qui y aurait goûté.

Les trolls auraient attaqué n’importe quel joueur, qu’il vienne de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick ou du Yukon.

La victime ne se trouve pas au cœur du problème. Le problème, c’est l’agresseur. L’agresseur a de multiples visages et l’agresseur a un gros problème. Il a un simple rôle de spectateur, mais ce rôle ne lui convient pas. En 2019, le spectateur veut devenir acteur. Il veut sentir qu’il a un rôle à jouer dans l’histoire. En 2029, il ne veut pas se contenter d’observer, il veut exister.

Internet lui a donné des tas d’outils pour s’exprimer.

Quand le match se termine et que « son » équipe a perdu, le troll allume son portable, il cherche et trouve l’athlète qu’il juge responsable de la défaite. Quand c’est réglé, le troll se frotte les mains avec satisfaction. Il a fait ce qu’il pouvait. Il existe.

On a plaint le pauvre jeune Comtois, dans la dernière semaine, en raison de son jeune âge. Ça n’a pas de sens. Il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’un adolescent !

Encore une fois, on s’éloigne.

L’âge de la victime importe peu. Personne ne devrait avoir à subir le mal d’exister d’autrui.

Il faut parler de l’agresseur. Il faut parler du troll. Il faut parler du mal d’exister.

Je n’ai pas vu grand-chose du match décisif d’ÉCJ, mercredi dernier. J’étais retenu à Kanata, à couvrir la défaite des Sénateurs contre les Canucks de Vancouver.

J’ai quand même eu connaissance de ce qui se passait dans les réseaux sociaux. J’étais en train de réfléchir sur les effets néfastes de la cyberintimidation, en quittant le Centre Canadian Tire, en fin de soirée, quand j’ai entendu un cri perçant.

« BRADYYYYYYY!!! »

J’ai levé la tête. Un partisan avait stationné son VUS près d’une porte de sortie, en espérant voir un joueur ou deux de près.

Il a eu ce qu’il voulait. Il a pu voir Brady Tkachuk alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui.

J’étais en train de me demander ce que cette rencontre avait bien pu lui apporter de bon. À cette heure, il aurait pu se retrouver n’importe où ailleurs. Dans un bar où il aurait pu parler du match avec ses amis.

Le partisan m’a fourni une réponse très rapidement quand il s’est remis à crier.

« Hé, Brady ! Elias Petersson est une brute ! Go Canucks Go ! »

Bienvenue en 2019. Sur Internet comme dans la « vraie » vie, l’humain veut exister.