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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Vendredi après-midi, alors que s’achevait le Mois de l’histoire des Noirs, les étudiants athlètes de couleur de l’Université d’Ottawa nous ont présenté une intéressante initiative.
Vendredi après-midi, alors que s’achevait le Mois de l’histoire des Noirs, les étudiants athlètes de couleur de l’Université d’Ottawa nous ont présenté une intéressante initiative.

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CHRONIQUE / Vendredi après-midi, alors que s’achevait le Mois de l’histoire des Noirs, les étudiants athlètes de couleur de l’Université d’Ottawa nous ont présenté une intéressante initiative.

Les jeunes hommes et jeunes femmes, qui défendent l’honneur des Gee Gees sur la scène sportive canadienne, ont décidé de s’unir afin «d’améliorer la représentation des personnes autochtones, noires

et de couleur et favoriser l’équité au sein du Service des sports interuniversitaires».

Une bonne idée, ce Conseil de défense des étudiantes et étudiants athlètes noirs?

J’ai envie de vous dire que c’est prometteur.

Je ne peux pas aller plus loin. On ne sait pas vraiment ce que ses membres comptent faire. Ils étaient prêts à dire aux médias - et donc, à la communauté - qu’ils existent. Ils n’étaient pas prêts, en revanche, à nous dire ce qu’ils seront.

J’ai quand même passé une trentaine de minutes, au téléphone, avec deux membres influents du groupe. Je leur ai posé un tas. On a parlé de leurs idées. De leurs motivations. On a échangé sur la crise particulière qui a secoué leur campus, l’automne dernier, et qui les a convaincus de l’importance de lancer leur mouvement.

Ils ont bien répondu.

Dans une situation potentiellement explosive, alors que le climat ambiant est à la confrontation, ils ont choisi une approche collaborative.

Les problèmes liés au racisme existent depuis longtemps et ne se régleront pas du jour au lendemain. Puisque la patience est de mise, mieux vaut prendre le temps de se parler. De s’écouter. D’apprendre à se connaître.

Ça ne veut pas dire que tous les échanges seront faciles.

Yvan Mongo, capitaine de l’équipe masculine de hockey, a par exemple abordé le fameux mot honni qui a déclenché la tempête.

L’athlète gatinois est catégorique. Ce mot ne devrait jamais être prononcé dans une salle de classe. Il rejette du revers de la main le «contexte académique» par lequel on voudrait l’imposer.

«C’est un mot extrêmement blessant. Pour utiliser un mot comme ça, il faudrait d’abord s’assurer d’avoir le consentement de la classe», dit-il.

Je lui parle quand même de l’histoire. Pour améliorer l’avenir, encore faut-il comprendre les erreurs du passé...

«Tout-à-fait! Il faut absolument en parler, c’est l’histoire! On ne demande pas de censurer l’histoire. Il faut en parler.»

«Il est tout-à-fait possible de donner un cours sur l’Histoire des Noirs sans utiliser ce mot. De toutes façons, tout le monde connaît ce mot. Pas besoin de le dire pour que les gens comprennent.»

Il n’a pas tort.

En discutant avec Mongo, vendredi, je me souvenais de la vidéo de lancement de The Hockey Diversity Alliance (HDA). Des joueurs de couleur de la Ligue nationale de hockey - désirant aussi que les choses s’améliorent - parlaient alors de leur parcours dans le hockey mineur. Ils disaient qu’ils devaient être bien meilleurs que les joueurs blancs pour avancer.

Dans les rangs universitaires, le portrait est plus reluisant. Auprès de ses coéquipiers, qui sont tous blancs, Mongo jure qu’il vit une «expérience exceptionnelle».

«J’ai du plaisir tous les jours. Je me sens à ma place dans l’équipe.»

«Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais de façon générale, je pense que tout le monde vit une expérience positive.»

Ça correspond aussi à ce que j’ai compris, au fil des années, en couvrant des compétitions d’équipe mettant aux prises des athlètes d’élite.

À un certain moment, la couleur de l’uniforme devient bien plus importante que la couleur de la peau.

Mongo, comme tous ses coéquipiers, porte le gris et le grenat.

Les membres du Conseil de défense des étudiantes et étudiants athlètes noirs entendent travailler pour d’autres coéquipiers. À défaut d’avoir des objectifs à court terme à communiquer, ils souhaitent jeter les bases d’une organisation qui durera. Quand le temps sera venu pour eux de quitter l’Université, ils aimeraient léguer leur mouvement aux étudiants de couleur qui leur succéderont.

On va leur donner le temps de s’organiser. On va surtout prendre le temps de les écouter.

Ce serait un bon point de départ.

*****

Mon ami Ian Mendes fait du bon travail, dans son nouveau poste de journaliste pour le média numérique sportif L’Athlétique.

Ce week-end, il a publié une entrevue avec l’ancien attaquant des Sénateurs d’Ottawa, Anthony Duclair, qui a l’air de se plaire avec les Panthers de la Floride. Et il ne parle même pas du soleil, de l’océan, on de son club qui rivalise avec le Lightning de Tampa Bay, au sommet de la Division centrale.

Il parle de la façon dont les Panthers ont souligné Martin Luther King Day, en janvier.

«Je ne veux pas trop parler de la façon dont les choses se passaient, à Ottawa. Mais je peux dire qu’on me traite très bien, ici. Le propriétaire et le directeur général me soutiennent dans tout ce que je fais à l’extérieur de la glace. C’est rafraîchissant.»

Il faut vraiment prendre le temps de s’écouter.