Pierre Dorion n’a toujours pas dévoilé son plan de relance. Mais le ton de son point de presse était encourageant.

Dorion bien en contrôle

CHRONIQUE / Dans un certain sens, je suis un peu resté sur mon appétit. Je l’attendais avec impatience, cette conférence de presse. Une fois la date limite des transactions passée, j’étais convaincu que Pierre Dorion nous en dirait plus long sur le plan de relance de son organisation.

Il ne s’est pas vraiment laissé attirer sur ce terrain. On a compris qu’il n’avait pas fini. On peut déduire qu’il continuera son travail de reconstruction durant la fin de semaine du repêchage, à la fin du mois de juin, à Dallas.

Je lui ai demandé à quoi ressemblerait son équipe, une fois le travail complété. Je lui ai demandé de parler de l’identité qu’il semblait lui donner, pour que les joueurs qui souhaitent rester sachent ce qu’ils doivent faire.

Dorion a répondu qu’il veut des joueurs « affamés ».

Dorion n’a pas été plus clair, non plus, en ce qui a trait à l’épineux dossier d’Erik Karlsson. « S’il est encore avec nous le 1er juillet prochain, nous allons lui soumettre une offre dans le but de le retenir chez nous pendant une longue période », a-t-il indiqué.

L’utilisation du conditionnel, dans cette déclaration, n’est pas passée inaperçue.

Si je devais offrir une prédiction, aujourd’hui, je dirais que Karlsson portera un maillot différent la saison prochaine. Et c’est bien correct ainsi. Je l’ai écrit la semaine dernière. Échanger un joueur de concession, ce n’est pas nécessairement un sacrilège.

Si le prix est très bon, pourquoi pas ?

Dorion a fait preuve d’une belle retenue, lundi. La plupart de ses homologues l’ont contacté, dans les dernières semaines, pour s’enquérir de la disponibilité de Karlsson. Il a reçu plusieurs offres. Il a pris le temps de les étudier, pour conclure que personne n’était prêt à payer ce qu’il fallait.

Il a d’ailleurs résumé en peu de mots ses attentes. Le DG qui voudra vraiment lui arracher le double récipiendaire du trophée Norris devra être disposé à lui offrir « plusieurs » éléments.

Dorion a fait preuve d’une sage retenue, et pas uniquement dans le cas de Karlsson.

Les rumeurs qui ont circulé dans les derniers jours nous ont laissés présager le pire. Je parle ici des experts, habituellement sérieux, qui nous présentaient des scénarios catastrophes dans lesquels les Sénateurs s’apprêtaient à faire table rase. Ils nous prédisaient le départ de Karlsson, de Mike Hoffman, de Zack Smith, de Bobby Ryan et de Jean-Gabriel Pageau, tous partis dans un grand coup de balai.

Or, les Sénateurs avaient simplement besoin d’atteindre quelques cibles bien précises. Ils voulaient alléger de quelques millions $ US leur masse salariale. Ce fut fait. Ils devaient engraisser leur banque de choix au repêchage. Ils ont acquis quelques choix de plus. Ils devaient, enfin, trouver une solution au plus gros problème de l’organisation. Ils ont réussi à mettre la main sur un prometteur gardien de 19 ans. Ce gardien, on le verra sous peu. Filip Gustavsson finira la saison à Belleville.

Dorion s’est surtout signalé par la façon dont il a répondu aux questions des journalistes.

Surtout quand une collègue lui a parlé des répercussions à long terme de toutes ces histoires impliquant Karlsson. Que doivent comprendre les joueurs qui restent ? Avez-vous peur de projeter une mauvaise image, en tant qu’organisation ?

« Au contraire. Tout ça signifie que nous voulons être des gagnants. Les gros noms n’étaient pas disponibles, l’an dernier, quand nous avons atteint la finale d’Association. Cette année, nous sommes en 29e position. C’est inacceptable », a-t-il répondu du tac-au-tac.

Pour la première fois, depuis des mois, les Sénateurs pouvaient compter sur une voix forte, cohérente, pour défendre leurs intérêts.

Le propriétaire s’est mis une large part des partisans à dos en décembre. Plutôt que de lui prêter assistance, son président s’est poussé par la porte arrière sans offrir la moindre explication.

Quand Dorion a défendu son bilan, lundi, on a oublié pendant un moment qu’il travaille presque seul dans un amphithéâtre négligé qu’on rafistole avec du duct tape.

C’était juste un point de presse. Ça ne suffira sans doute pas à rétablir les ponts avec les partisans échaudés. Mais c’est un pas – tout petit pas – dans la bonne direction.