La mode serait aux cheveux longs dans les polyvalentes, mais pas chez l’Intrépide de Nicolas-Gatineau.

Dix-sept crânes rasés

CHRONIQUE / Les séries éliminatoires sont sur le point de débuter, au hockey, dans le Réseau du sport étudiant du Québec. De façon à resserrer les liens d’un groupe qui n’a pas toujours été très uni, les entraîneurs de l’Intrépide de Nicolas-Gatineau juvénile D1 ont lancé un défi à leurs joueurs.

On a demandé aux athlètes-étudiants, qui sont âgés pour la plupart de 16 et 17 ans, de trouver une bannière sous laquelle s’unir.

Les leaders de l’équipe ont d’abord eu l’idée de proposer un pacte. Et si tout le monde se rasait les cheveux ?

La proposition a été accueillie plutôt tièdement.

Il paraît que le cheveu masculin se porte long, cet hiver, dans les polyvalentes québécoises. Après tous ces longs mois à se laisser pousser la crinière, on ne va quand même pas tout gâcher à trois mois du bal des finissants !

Les leaders y ont réfléchi un moment avant de revenir à la charge.

Et si on se rasait la tête... par solidarité ?

Et si on se rasait la tête... par compassion ?

Il se trouve qu’un membre important de la brigade défensive de l’Intrépide traverse une période difficile. Sa mère a découvert en début d’année qu’elle souffre d’un cancer du sein.

Pour ces grands ados, qui ont tous une mère, l’histoire venait complètement de changer.

« On parle d’un gars qui est respecté de tout le monde, qui ne compte que des amis dans la chambre. Il a d’abord fallu annoncer la nouvelle à tout le monde. Plusieurs joueurs n’étaient même pas au courant », m’a raconté le capitaine de l’équipe, Jacob Roy-Lauzon.

« Pour certains, ce fut tout un choc. »

« Moi, il m’en avait parlé parce que je suis un de ses meilleurs amis. Ouvertement, il n’avait rien laissé paraître. Il ne cherche surtout pas à attirer l’attention avec ça. »

Tout le monde a embarqué.

On m’a demandé de ne pas identifier le joueur qui se trouve au cœur de cette initiative. On veut aussi préserver l’identité de sa mère.

La famille « n’est pas prête à partager ce drame ».

Ça se comprend.

J’ai passé quelques coups de fil, dans les dernières heures. On m’a parlé d’un beau clan uni, tissé serré. Des parents de hockey mineur exemplaires. Une maman bien impliquée qui assistait à presque tous les matches de son rejeton.

Depuis le début des traitements de chimiothérapie, elle se fait plus discrète.

Elle n’était pas dans le vestiaire numéro 7 du Complexe Branchaud-Brière, vendredi dernier, lorsque les joueurs de l’Intrépide sont passés à l’acte.

Trois parents avaient réussi à se libérer pour l’activité. Ils sont arrivés, armés de tondeuses à cheveux, pour « superviser » les garçons.

Une des mères présentes est justement une survivante du cancer en phase de rémission.

« Les jeunes étaient tout excités. Ils voulaient que ça se passe vite. Ils tenaient à ce que tout se passe avant la pratique. Chaque fois qu’un gars y passait, il y avait des cris, des accolades. Les parents étaient émotifs. Les jeunes aussi », m’a raconté quelqu’un qui se trouvait sur place.

Une photo d’équipe a été prise, sur la patinoire, pour capter le moment. Seize crânes rasés. Seize gars qui n’ont pas l’air de trop souffrir du sacrifice.

Au diable le look parfait du bal des finissants.

Les trois joueurs aux cheveux les plus longs pourront faire des dons à des organismes qui confectionnent des perruques. Tous les autres, sans exception, ont préservé une mèche. On a rangé les mèches dans une boîte qui a été offerte à la maman malade.

Le geste, m’a-t-on dit, a eu l’effet escompté.

Je vous parle depuis le début de « 17 crânes rasés » parce que j’ai compté le nombre de joueurs qu’on voit sur la photo. Il paraît que des joueurs d’autres équipes de la structure Intrépide ont emboîté le pas, dans les dernières heures.

La pression sociale n’a donc pas que des conséquences néfastes.

Les séries débutent jeudi. L’Intrépide juvénile D1 a terminé en troisième position de sa ligue. La majorité de ses joueurs arrivent à la fin de leur parcours compétitif. Gagner un championnat, ensemble, constituerait une merveilleuse conclusion.

Il reste beaucoup de hockey, à jouer, d’ici le championnat provincial qui se déroulera à Alma.

« L’équipe s’est tenue dans les derniers jours, rappelle Jacob Roy-Lauzon. Ça montre qu’on est prêts. »