« Le plus dur, c’est parfois de placer un pied dans la porte », raconte François Brassard.

Deuxième chance

CHRONIQUE / Il faut que ce soit la pire position au hockey. C’est clair. Il n’y a pas d’autres options.

Un défenseur inconnu peut débarquer au camp d’entraînement et épater la galerie. S’il parvient à se tailler un poste, il peut entamer dans la saison dans le fauteuil numéro six ou sept, et continuer de tranquillement gravir les échelons.

Pour un attaquant, c’est pareil.

Il y a deux gardiens par équipe. La rareté des postes disponibles complique drôlement la tâche des outsiders qui ne font pas partie des plans et qui souhaitent brouiller les cartes.

François Brassard semble d’accord avec moi, là-dessus.

« Le plus dur, c’est parfois de placer un pied dans la porte », m’a dit le gardien gatinois quand je lui ai parlé, vendredi midi.

Brassard se porte plutôt bien. Il a justement réussi à glisser un de ses pieds dans un cadre de porte. Dans quelques heures, l’ancien gardien des Olympiques de Gatineau et des Ravens de l’université Carleton obtiendra même un premier départ dans la Ligue East Coast (ECHL).

À 25 ans, après une pause de presque quatre ans, il redeviendra officiellement — dans l’uniforme des Mariners du Maine — un athlète professionnel.

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Très tôt, dans sa vie, Brassard a prouvé qu’il pouvait se faufiler là où on ne l’attendait pas.

Il a quitté sa région natale pour se trouver un filet dans la Ligue midget AAA du Québec. Un an plus tard, il a réussi à gagner la confiance du grand Patrick Roy et le poste de gardien de buts numéro deux chez les Remparts de Québec.

Brassard a connu une année plus difficile.

En 2014, ses droits appartenaient aux Sénateurs d’Ottawa, mais ces derniers ont choisi de ne pas lui accorder de contrat. Il a quitté Québec pour se joindre aux Screaming Eagles du Cap-Breton où il a connu une moitié de saison difficile. « J’ai été capable de bien finir quand je me suis joint aux Olympiques. J’ai connu de bonnes séries à Gatineau », dit-il, plusieurs années plus tard.

Ça n’a rien changé. Quand il a quitté la LHJMQ, il n’avait pas d’agent. Les portes des ligues mineures professionnelles lui étaient pas mal fermées.

Pour trouver une équipe compétitive qui était prête à lui ouvrir la porte de son vestiaire, il a été obligé de rentrer à la maison. « Je ne regrette pas mes choix », commente celui qui devrait décrocher un baccalauréat en Psychologie, ce printemps.

À Carleton, dans une ligue méconnue et souvent sous-estimée, il a surtout eu l’opportunité de jouer de façon régulière, pendant trois années complètes. Il a donc pu ajouter à son CV trois saisons gagnantes.

Ses racines gatinoises lui ont donné un petit coup de pouce pour la suite des choses.

Au Maine, le vice-président aux opérations est un dénommé Daniel Brière. C’est un poste un peu fourre-tout qui lui permet d’acquérir tout plein d’expérience en gestion. Une de ses tâches consiste à fouiller un peu partout pour trouver des joueurs autonomes de qualité.

Il garde un œil sur les joueurs de sa région natale. Il avait justement besoin d’un gardien, pronto, lorsque la dernière saison des Ravens a pris fin au championnat national.

Ça nous amène à la fin mars. Ce samedi, dans une petite ville des Adirondacks, il portera ses jambières rouges et noires des Ravens avec son maillot bleu et vert des Mariners.

« L’autre gardien de notre équipe s’appelle Chris Nell. Il est sous contrat avec les Rangers de New York. J’imagine qu’il va jouer la plupart des matches d’ici la fin de la saison », croit Brassard.

« Moi, je prends ça un match à la fois. »

La position de gardien est la pire au hockey quand vient le temps de se tailler un poste quelque part. Ça peut devenir la meilleure position, une fois le filet trouvé.

À ce moment-là, le gardien tombe en parfait contrôle. S’il trouve une façon de faire gagner son équipe, son entraîneur n’aura pas le choix de le renvoyer dans la mêlée.

Brassard a l’air de penser comme moi à ce niveau, aussi.

« Je n’ai pas vraiment le luxe de prendre une game off, reconnaît-il. Si je veux jouer plus, je vais devoir gagner. »

« Mais c’est quelque chose que j’ai déjà fait dans le passé. Je ne suis pas trop inquiet. »