Dur à croire que la direction des Sénateurs n’a pas réussi à s’entendre avec Mark Stone, qui fait l’unanimité dans toutes les sphères.

Deux fois dans une semaine ?

CHRONIQUE / La semaine dernière, j’écrivais que la situation était « un tantinet inquiétante ». Cette semaine, j’ai comme le goût de passer au prochain niveau.

La direction des Sénateurs d’Ottawa s’est présentée devant un arbitre, mercredi, à Toronto, dans une ultime tentative de s’entendre avec Cody Ceci.

À moins d’un changement de dernière minute, elle devra recommencer dans moins de 48 heures avec Mark Stone.

On a demandé aux conseillers de Stone de chiffrer leurs demandes. Ils l’ont fait. Si leur client doit se contenter d’un pacte d’un an, ils demanderont un salaire de 9 millions $ US.

Les Sénateurs ont répliqué avec une contre-proposition de 5 millions $ US.

Vendredi, l’arbitre pourrait facilement décider de trancher en plein milieu. Stone deviendrait alors le deuxième plus haut salarié de l’équipe, derrière Bobby Ryan.

Avec un contrat d’une seule saison en poche, Stone pourrait surtout se prévaloir du statut de joueur autonome sans compensation en 2019. Il pourrait décamper le 1er juillet prochain pour s’entendre avec l’organisation de son choix.

Je pourrais écrire que perdre un joueur de la trempe de Stone de cette manière serait un drame. Ce serait du gaspillage d’encre, de papier et de temps. Tout le monde sait ça.

La simple perspective de le voir passer par l’arbitrage salarial soulève bien des questions. Depuis le jour où il s’est taillé de manière définitive un poste dans la LNH, à l’automne 2014, il s’est affirmé comme le joueur le plus complet et le plus constant à Ottawa. Pierre Dorion pourrait lui tendre un chèque en blanc sans perdre une seule minute de sommeil. Jusqu’à la fin de sa carrière, Stone va travailler pour gagner chaque sou qu’on lui versera.

Ça aussi, à bien y penser, tout le monde le sait déjà.

Pierre Dorion est lui-même un grand admirateur de Stone. Depuis longtemps.

Comment diable les Sénateurs ont-ils bien pu en arriver là ?

Dur à croire que la direction de l’équipe n’a pas réussi à s’entendre avec un joueur de talent qui fait l’unanimité dans toutes les sphères.

Dur à croire qu’elle se retrouve dans une situation où deux de ses jeunes joueurs passent par l’arbitrage salarial au cours de la même semaine.

L’arbitrage est un mécanisme de dernier recours qui a été créé dans le but d’éteindre des conflits potentiels entre les jeunes joueurs autonomes et leurs employeurs. Les dirigeants des équipes qui sont soucieux de bien traiter leurs protégés n’attendent pas la dernière minute pour trouver un terrain d’entente.

Il n’est généralement pas trop difficile de le faire. Le modèle d’affaires de la LNH n’est pas parfait, mais le plafond salarial a eu ceci de bon : il n’est pas trop difficile de déterminer la valeur exacte d’un joueur.

On aimerait comprendre exactement ce qui se passe, ces jours-ci, à Kanata. C’est difficile. Presque impossible. Alors que l’organisation des Sénateurs traverse la saison morte la plus tumultueuse de son histoire, ses dirigeants se terrent et se taisent.

Je le dis depuis plusieurs semaines, déjà. Les conséquences les plus néfastes de toutes ces nouvelles négatives qui ont affecté l’organisation pourraient se faire sentir à très long terme. À l’extérieur de la patinoire, dans la communauté, les Sénateurs ont besoin de leaders forts. Des leaders qui sauront rassurer les fans ; leur faire croire que l’équipe pourra sortir de cette crise rapidement et recommencer à se reconstruire.

En attendant, deux jeunes joueurs qui font partie du jeune noyau et qui se trouvaient au cœur des printemps mémorables de 2015 et 2017 doivent passer par l’arbitrage.

Sans explications, on s’interroge. On émet des théories.

Ceci et Stone n’ont peut-être pas envie, dans le contexte actuel, de s’entendre à long terme avec les Sénateurs.

Dorion, pour toutes sortes de raisons, n’a peut-être pas été capable de leur offrir des contrats à long terme satisfaisants.

Dorion n’a peut-être simplement pas eu suffisamment de temps et d’énergie à consacrer aux négociations. Il a des tas de feux à éteindre, à droite et à gauche, cet été. Et il dirige possiblement la plus petite direction des Opérations Hockey de la LNH. Il doit souvent se débrouiller seul.

Parmi tous ces scénarios, j’ai du mal à identifier celui qui m’effraie le plus.