Quand Erik Karlsson a vu les quatre journalistes qui étaient présents, son regard s’est obscurci.

Deux capitaines au golf

CHRONIQUE / Un mot, d’abord, sur l’époque dans laquelle nous vivons. Selon une rumeur qui circulait sur Internet, Erik Karlsson se trouvait à Philadelphie, mardi après-midi. Cette histoire a eu un effet, disons, euphorisant sur plusieurs partisans des Flyers.

Je me contenterai de répondre ceci. Philadelphie, c’est assez loin de Gatineau.

J’ai croisé Karlsson au club de golf Royal-Ottawa, aux environs de 16 h. J’ai des photos pour le prouver.

J’y étais pour couvrir le tournoi de golf Alexandre de Tunis. Daniel Alfredsson avait réussi à se qualifier pour cet événement qui réunit les meilleurs golfeurs amateurs du Québec. Je l’attendais patiemment derrière le vert du 18e trou.

Je me disais que c’était une belle opportunité de lui parler de ses coups de départ et de son petit jeu. Je me disais qu’on pourrait aussi discuter de l’éclatante victoire de la Suède contre la Suisse à la Coupe du monde de soccer. Ou d’autres sujets brûlants d’actualité.

Quand Alfie s’est pointé, il n’était pas seul. Karlsson l’avait suivi, à pied, durant une partie du parcours.

Je ne peux pas vous dire comment le numéro 65 se sent, au moment où son avenir se joue.

Quand Karlsson a vu les quatre journalistes qui étaient présents, son regard s’est obscurci.

Alfredsson s’est tout naturellement chargé de faire ce qu’il a si bien fait pendant ses 14 années à titre de capitaine des Sénateurs. Il a protégé son ami. Il a calé son dernier coup roulé, il a ramassé sa balle et il s’est précipité vers nous. «Content de vous voir», a-t-il claironné, en se plaçant devant la caméra de TSN.

Daniel Alfredsson

Un grand capitaine.

Pendant qu’il répondait à nos questions, Karlsson a été capable de s’éclipser. Il a filé en douce sans même dire au revoir.

«Bof... Si jamais il devait se passer quelque chose, je suis convaincu qu’Erik me passerait un coup de fil», a lâché Alfredsson avec humeur.

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Je pourrais me tromper, mais je crois bien qu’il s’agissait de la première entrevue accordée par Alfredsson depuis son faux-pas du mois de mai.

Il était demeuré plutôt discret, depuis le jour ou la blogueuse Sue Sherring nous a dit ce qu’il pense réellement du propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk.

«Vous pouvez me poser toutes les questions que vous voulez. Je me garde le droit de ne pas répondre», a-t-il déclaré d’entrée de jeu.

Alfredsson connaît trop la game pour se mettre un pied dans la bouche quand les micros sont braqués vers lui.

Même s’il comprend très bien que les jours de Karlsson à Ottawa sont comptés, il a dit toutes les bonnes affaires.

«Erik est un des joueurs les plus talentueux de sa génération. Ça ne fait aucun doute dans mon esprit. Il est aussi le meilleur joueur qui a porté l’uniforme des Sénateurs. Moi, j’espère qu’il reste. Je veux continuer de le suivre sur la patinoire. Surtout que ses meilleures années sont devant lui. Mais bon, je dis ça et je n’ai pas trop de contrôle sur ce qui se passe ces jour-ci...»

«Le pire, dans tout ça, c’est qu’il est un bon ami. Si on laisse de côté financier de cette histoire, ma famille adore Erik. Personne, chez moi, ne veut le voir quitter Ottawa.»

Alfie était sur le point de partir. Il devait se rendre à la table du marqueur officiel afin de signer sa carte de pointage. Le collègue Brent Wallace a osé une dernière question.

«Les Sénateurs ont-ils besoin d’un nouveau propriétaire?», a-t-il demandé, en lui poussant son micro de TSN un peu plus près du nez.

«Pas de commentaires», a répondu Alfie, après une demi-seconde de réflexion.

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Alfredsson a rapporté une carte de 78, mardi. Il partage le 56e rang avec 17 autres golfeurs.

«J’ai toujours aimé le golf compétitif. Je joue de façon sérieuse. Je dirais même que ma femme ne comprend pas toujours pourquoi je passe autant de temps sur le terrain.»

Le jeune Étienne Papineau, du Club Pinegrove, occupe le premier rang. Il a rapporté une carte de 68.

Alfie, soit dit en passant, croit aux chances de ses compatriotes à la Coupe du monde. «Il se passe quelque chose quand ils sont sur le terrain. Tous les gens autour d’eux doutent, mais ils ont l’air d’y croire. Parfois, ce type de confiance peut devenir une arme très puissante.»