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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent

Des combats (presque) inutiles

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CHRONIQUE / On peut facilement se mettre d’accord sur un truc. Ça nous a donné un beau moment de télévision.

Deux députés ont croisé le fer, mercredi, sur le plancher de l’Assemblée nationale. Il était question de violence au hockey.

Il s’agit de deux vedettes au sein de leurs partis respectifs. Ils ont bâti leur notoriété dans leurs jeunes années quand ils étaient - justement - des athlètes de haut niveau.

Le député libéral Enrico Ciccone reprochait à la Ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, d’être en partie responsable du problème, parce qu’elle n’interdit pas aux joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec de jeter les gants.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Une minute, monsieur! Vous avez vous même déjà gagné votre vie dans la Ligue nationale de hockey. En neuf saisons, vous avez marqué 10 buts et vous avez livré près de 90 combats.

La ministre n’a pas utilisé pas le mot «absurde» pour décrire la situation. Elle a néanmoins reconnu que l’histoire a un petit cachet «particulier».

Le député de l’opposition a évolué, depuis la fin de sa carrière, semble-t-il.

Le bref débat opposant Isabelle Charest et Enrico Ciccone était divertissant, on s’entend. Il n’est peut-être pas, en revanche, entièrement nécessaire.

Il y a de moins en moins de bagarres, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Si ça continue comme ça, elles disparaîtront complètement du jeu d’ici quelques années. La ministre Charest dit qu’un «changement de culture» est nécessaire. En réalité, ce changement de culture est en train de s’opérer.

Les adolescents qui accèdent aujourd’hui à la LHJMQ, dans bien des cas, n’ont pas envie de se battre.

Quand M. Ciccone était jeune, le Québec était divisé entre les Bleus et les Rouges. Les deux clubs professionnels de la province se livraient une guerre sans merci, dans laquelle Dale Hunter et Chris Nilan étaient de grands héros.

Les ados d’aujourd’hui n’admirent plus les joueurs comme Chris Nilan. Ils aiment Cole Caufield. Plutôt: ils aiment l’image qu’ils se font de Caufield. Leur héros possède des habiletés techniques hors du commun.

Les Olympiques de Gatineau ont disputé 31 matches, cette saison. Dans ces 31 parties, aucune bagarre n’a éclaté.

On parle ici des Olympiques, une équipe dirigée par Louis Robitaille.

Il n’y a pas si longtemps, Robitaille était un joueur robuste. Il a complété six saisons avec plus de 200 minutes de pénalité à sa fiche, dans la Ligue américaine.

Robitaille est un type intelligent. Pour survivre, il s’est adapté au hockey d’aujourd’hui.

••••

Un jour, dans un avenir pas si lointain, il n’y aura plus de bagarres au hockey.

Ce jour-là, je serai bien content.

On aura fait un grand pas vers l’avant. Pour la santé des joueurs. Pour le progrès.

Il y aura juste une toute partie de moi qui sera nostalgique. Et je me sentirai sans doute un peu coupable de penser ainsi.

Je vous encourage à regarder cette courte vidéo de 90 secondes. Je m’expliquerai, par la suite.

Ce combat est survenu durant la troisième période d’un match entre les Sénateurs d’Ottawa et les Rangers de New York, à l’automne 2007.

On m’a raconté des choses. On m’a dit que, tout au long de match, le jeune attaquant des Rangers a cherché le trouble. On me dit qu’il a passé quelques commentaires franchement désagréables à Luke Richardson, un homme de classe dont la carrière tirait à sa fin.

Des commentaires pas très respectueux.

Quand Richardson en a eu assez, il a réglé son compte au blanc-bec.

Boom.

Avez-vous remarqué que le joueur des Rangers reçoit la visite d’un coéquipier, quand il finit par se relever? Ce n’est pas n’importe qui! Brendan Shanahan était un vétéran, lui aussi. Un futur membre du Temple de la renommée. Un type que tout le monde respectait.

Avez-vous remarqué qu’il s’écoule une bonne quinzaine de secondes avant que le thérapeute des Rangers quitte le banc des joueurs pour aller voir ce qui se passe? Avez-vous remarqué que le thérapeute ne se presse pas vraiment?

Avez-vous remarqué, enfin, ce qui arrive au joueur quand il veut retourner au banc?

En 2007, on ne renvoyait pas automatiquement au vestiaire tous les joueurs qui présentaient des symptômes de commotion cérébrale. Le protocole, tel qu’on le connaît aujourd’hui, a été mis en place deux ans plus tard.

On a le droit de penser que l’entraîneur-chef des Rangers, Tom Renney, en avait vu assez. Il a peut-être déterminé que son équipe pouvait se passer d’un joueur pour le reste de la partie.

On va se débarrasser des bagarres au hockey, un jour, et ce sera pour le mieux.

Les bagarres ne servent à rien. Elles ne règlent aucun problème.

Tout cela est vrai... La plupart du temps.