Mark Borowiecki a tissé des liens dans le vestiaire des Sénateurs, particulièrement avec Mark Stone avec qui il a cohabité à Binghamton.

De tolérance et d’inclusion

CHRONIQUE / Au volant de mon véhicule, lundi midi, j’écoutais distraitement la radio. En entrevue, Mark Borowiecki parlait de son rôle d’ambassadeur pour la campagne « Le hockey est pour tout le monde » de la Ligue nationale de hockey, dans le but de combattre l’homophobie.

« Notre organisation a décidé de soutenir cette cause de façon sérieuse, cette année. Tant mieux, parce que c’est une cause qui m’apparaît très importante. Je le disais, un peu plus tôt, dans le vestiaire. Le hockey doit vraiment être pour tout le monde. Pas juste pour les gens qui me ressemblent ou qui partagent mes opinions », a-t-il déclaré.

J’ai trouvé le choix de mots un peu curieux. On ne choisit pas son orientation sexuelle. Pourquoi, alors, parler d’opinions.

De deux choses l’une. Le hockeyeur de 29 ans s’était peut-être mal exprimé. Il avait peut-être, au contraire, choisi d’élargir volontairement le débat.

Ça me tracassait, encore, quand les journalistes ont été admis dans le vestiaire, mardi matin. Je me suis donc rendu directement à son casier.

Borowiecki ne s’était pas trompé.

Il veut parler d’inclusion en général.

« Cela dit, certaines personnes tentent parfois de créer des enjeux politiques avec des questions d’orientation sexuelle. Chacun a droit à son opinion. C’est très bien ainsi. Mais toutes les opinions ne méritent pas nécessairement d’être partagées. Moi, je dis que tout le monde devrait avoir sa place dans notre sport », a-t-il précisé.

« Pour ma femme, comme pour moi, il est important d’avoir l’esprit ouvert. Ça fait partie de nos valeurs profondes. »

On vous l’a déjà dit. Ça ne coûte rien de le répéter. Borowiecki est un être humain de qualité.

Nous sommes en 2019. Les réseaux sociaux font partie de nos vies depuis une bonne décennie. Nous vivons désormais à l’ère des débats polarisants.

En 2019, tout est simple. C’est noir ou c’est blanc. En 2019, il y a les carnivores et les végétaliens. Les démocrates et les républicains. Il y a ceux qui croient que l’immigration permet d’enrichir nos communautés. Il y a les autres, qui trouvent que « ces gens-là font beaucoup de choses mal avec leurs camions ».

Et il n’y a pas beaucoup d’espace, dans les discussions, pour ceux qui veulent se positionner quelque part au centre en présentant des arguments pondérés.

Dans ce climat souvent pourri, la LNH lance une initiative pour lutter contre l’homophobie. Chaque organisation identifie un porte-parole, mais certains joueurs refusent carrément d’accorder des entrevues sur le sujet.

Moi, je vous dis, un porte-parole qui refuse de parler... Ça vaut ce que ça vaut.

À Ottawa, quand on lui place un micro sous le nez, Mark Borowiecki se met à nous parler de tolérance au sens large !

« J’essaie de réfléchir, parfois », s’exclame-t-il avec le sourire.

« La politique m’intéresse. Les enjeux sociaux me préoccupent particulièrement. Je prends le temps de penser. Je lis beaucoup. J’ai compris, assez rapidement, qu’on dépense beaucoup plus d’énergie quand on travaille dans un climat d’exclusion. »

Il ne faut pas trop s’étonner de voir Borowiecki exercer un tel leadership positif dans la communauté. Cela équivaut à tout ce qu’il a pu accomplir dans son milieu de travail durant les six derniers mois.

Il ne doit pas être simple de garder le moral par les temps qui courent. On peut difficilement lire les pages politiques d’un journal sans jeter un petit coup d’œil à la section des sports.

Ces jours-ci, les pages sportives des quotidiens d’Ottawa ne sont pas remplies de bonnes nouvelles...

Quand j’ai essayé de lui en glisser un mot, mardi, Borowiecki a d’abord cherché à blaguer.

« J’en parlais justement avec Magnus. On est sur le point de quitter la ville pour un long voyage. J’imagine que les gars vont remplir leurs plus grosses valises. On ne sait jamais... »

Des grosses valises, pour des joueurs qui pourraient être échangés et ne jamais rentrer à Ottawa.

Ce n’est pas parce que Borowiecki rit que c’est drôle.

« Je suis attaché à plusieurs joueurs de notre équipe. Mark Stone a été mon colocataire pendant quelques années, dans le temps de Binghamton. Nous avons grandi ensemble et je l’estime beaucoup. Je respecte bien des gens, au sein de l’organisation. Je suis un peu égoïste. J’espère que Stoner va rester. »