Connor Brown (28) est en train de s'enraciner à Ottawa.

Connor Brown est un gars d’Ottawa

CHRONIQUE / Dans mon salon, samedi soir, j’avais l’impression de voir Connor Brown assez régulièrement.

J’avais l’impression qu’il jouait un fort match. À la télévision, parfois, ça peut être trompeur.

La feuille de match a éventuellement confirmé mon hypothèse. Brown a été l’attaquant le plus utilisé par D.J. Smith, dans la défaite contre les Maple Leafs de Toronto.

Dimanche, depuis la galerie de la presse, j’ai vu la même chose. Pour ce deuxième match en autant de soirs, Brown était tout aussi efficace. Tout aussi engagé.

Brown a encore franchi le plateau des 20 minutes de jeu, contre les Stars.

Sa performance contre les Leafs me semble quand même plus importante.

Le Centre Canadian Tire était blanc et bleu, samedi. Les Sénateurs ont – enfin – réussi à faire salle comble pour un match, cette saison. Ils peuvent remercier les milliers de fanatiques qui sont venus de partout, en Ontario, pour encourager le club visiteur.

C’est là qu’il est intéressant de se placer dans les patins de Brown.

Le gaillard est originaire de Toronto. Il a eu le bonheur d’être repêché par le club de sa ville natale, en 2012. Il a passé les sept années suivantes dans le giron des Leafs.

L’été dernier, « son » équipe l’a largué.

Au moment où les Leafs arrivent à maturité, les dirigeants lui ont fait comprendre qu’il ne faisait plus partie des plans. Et tout porte à croire que cette décision n’avait rien à voir avec son talent. C’était une question de sous. Alors que l’espace se fait rare, sous le plafond salarial, il fallait se résoudre à laisser partir quelques joueurs de qualité.

Connor Brown n'a pas de difficulté à se motiver quand il affronte les Maple Leafs.

Sept mois plus tard, on retrouve le gars de Toronto, au beau milieu de la Bataille de l’Ontario, avec le « mauvais » uniforme sur le dos. 

Il joue pour le club de fond de classement.

Il joue pour le club qui n’est même pas foutu d’attirer une majorité de spectateurs, quand il reçoit ses plus grands rivaux.

Dans ce contexte un peu déprimant, Brown s’est défoncé. Il a livré un de ses plus beaux efforts de la saison.

« En tant que professionnel, j’essaie d’aborder chaque match de la même façon. Cela dit, quand j’affronte mon ancienne équipe, il n’est pas difficile de trouver une source de motivation supplémentaire », m’a-t-il avoué, avant de quitter le CCT pour profiter d’un congé bien mérité.

« Quand la transaction est survenue, je me suis juré que je ferais ma marque. J’avais l’impression que j’avais encore bien des choses à prouver, dans cette ligue. J’avais un peu l’impression que j’étais coincé derrière des joueurs de grand talent à Toronto. J’étais excité de suivre D.J. dans sa nouvelle aventure, parce que je savais qu’il croyait en moi. Je voulais m’améliorer. »

« Je suis content, ici. J’aimerais bien faire partie de la solution, ici, pour les années qui viennent. »

On ne parle pas beaucoup de Brown. On devrait.

Un peu comme Anthony Duclair, il sera joueur autonome avec compensation, l’été prochain.

Dans sa conférence de presse d’après-match, dimanche, Smith l’a décrit en quelques mots.

« Connor est responsable. Il patine. Il sait jouer dans toutes les situations. Il pourrait appartenir à n’importe quelle équipe, dans notre ligue. Tous les entraîneurs seraient capables de lui trouver une utilité », a-t-il résumé.

Tout cela est vrai. Connor Brown pourrait vraiment jouer n’importe où, dans la LNH.

Mais Brown joue à Ottawa. Il y a plus important, encore. Il joue avec fierté, pour Ottawa. Soir après soir.

C’est un gars de Toronto qui est en train, lentement mais sûrement, de s’enraciner. Il est en voie de devenir un gars d’Ottawa.

C’est exactement ce dont cette organisation a besoin.