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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Le premier match de l'histoire au Centre Molson
Le premier match de l'histoire au Centre Molson

Comment réussir son déménagement

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CHRONIQUE / Il y a 25 ans, jour pour jour, était disputé le tout premier match de hockey dans l’histoire du Centre Molson.

C’était, en quelque sorte, le chapitre final d’une saga qui avait duré pendant des années.

La décision de quitter le vénérable Forum, où le Canadien de Montréal avait remporté la coupe Stanley une bonne douzaine de fois, n’avait pas été prise à la légère.

On avait accordé au Temple la fermeture qu’il méritait. Le flambeau, les anciens capitaines qui s’étaient réunis sur le tapis rouge, l’ovation qui avait ému le Rocket aux larmes...

Mais on parlait déjà de cette cérémonie au passé. Le 16 mars 1996, toute l’attention était tournée vers le nouvel amphithéâtre.

Vous vous souvenez de ce qu’on disait, au sujet du Centre Molson, le 16 mars 1996?

On le trouvait bien grand et bien beau. On avait investi 230 millions de dollars pour construire l’amphithéâtre le plus spacieux et le plus moderne de toute la Ligue nationale de hockey. Mission accomplie.

Il y avait quand même des voix, inquiètes, qui se faisaient entendre.

Les spectateurs vont se déplacer en grand nombre, au départ, par curiosité. Ce goût de la découverte permettra facilement de remplir les 21 000 sièges pendant quelques mois.

Le défi sera de les convaincre de revenir.

On pensait que les fans allaient finir par s’ennuyer, tout en haut, dans les «bleus», à des dizaines de mètres de la patinoire. Les millions avaient permis d’acheter des matériaux de construction de qualité. Tout l’argent ne peut cependant pas acheter une «âme».

En ce sens, le Centre Molson pouvait difficilement remplacer le Forum.

Quand on a mis la rondelle en jeu, il y a 25 ans, on s’inquiétait - pour vrai – de son sort.

C’est bon de s’en rappeler. Parce que l’histoire finit presque toujours par se répéter.

Elle se répétera, cette année, en Outaouais.

L’équipe la plus titrée de l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec s’apprête à quitter son vieux temple désuet pour emménager dans un amphithéâtre moderne et spacieux.

Les Olympiques de Gatineau vont décrocher les bannières qui sont suspendues au plafond du Centre Guertin et les emporter avec eux au Centre Slush Puppie.

Tout le reste sera nouveau.

Les Olympiques seront alors confrontés au même défi que le Canadien. Les fans vont se précipiter, dans les premières semaines de la saison 2021-22, pour visiter cet amphithéâtre qui a été le projet de toute une génération.

Comment pourra-t-on les convaincre de revenir souvent?

***

Louis Robitaille est bien conscient de tout cela.

L’entraîneur-chef et directeur général des Olympiques a le temps de réfléchir à tout cela, ces temps-ci. Son équipe ne lui cause pas trop de maux de tête. Elle a conservé une fiche de 5-0-1 à ses six dernières parties. Plus tôt, cet hiver, elle a réussi à subir trois revers par un seul but – dont deux en prolongation – contre la puissance numéro un dans la province, les Foreurs de Val-d’Or.

Louis Robitaille constate le progrès dans les travaux du Centre Slush Puppie.

«Les jeunes sont incroyables. Ils adhèrent à notre plan. Ils travaillent fort», commente-t-il.

Robitaille peut donc se permettre de penser un peu à ce qui s’en vient.

Le sujet l’intéresse, pour plus d’une raison.

Voyez-vous, enfant, Robitaille vivait dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Le Forum, sur l’avenue Atwater, était situé à quelques minutes de marche de chez lui.

Son père était détenteur de billets de saison. «Dans les rouges, derrière le banc des visiteurs, à la hauteur de la ligne bleue du territoire où les Canadiens attaquaient, deux fois», précise-t-il.

Robitaille était justement dans les gradins, le soir du tout dernier match. À quelques heures de son 14e anniversaire de naissance, il a pu assister à la cérémonie de fermeture.

Il n’a rien oublié.

«Un ami de la famille travaillait près du salon des femmes des joueurs. Après le match, en fin de soirée, les gens essayaient de s’en retourner avec les vadrouilles, avec les cadres... Tout le monde voulait repartir avec un petit morceau du Forum.»

«Quand j’ai accepté le poste de directeur général, à Gatineau, c’est un peu ce que j’avais en tête. Je voyais monsieur Henry, Alain Vigneault, Martin Ménard, Luc Robitaille et tous les anciens nous aider à fermier Guertin. Chaque personne aura des moments magiques. J’espère encore qu’on sera capables de vivre ce dernier match.»

«On ne remplacera jamais Guertin», poursuit Robitaille, tout en promettant que le Centre Slush Puppie deviendra rapidement le «plus bel aréna de hockey junior au pays».

Si les dirigeants des Olympiques savent s’inspirer du passé, ils pourront miser gros, là-dessus, pour séduire une nouvelle clientèle.

«Au fil des ans, on a inauguré des tas de nouveaux amphithéâtres à travers la LNH. Tout le monde dit aujourd’hui que c’est à Montréal que règne la plus belle ambiance.»

Les partisans montréalais, du moins, se plaisent à croire que leur aréna est le meillleur.

Et c’est peut-être justement la clé du succès. On a réussi à les convaincre que c’est le meilleur endroit où regarder un match de hockey.