Le quart-arrière Ricky Ray n’a pas cessé de vanter la défensive des Argonauts pendant sa conférence d’après-match, dimanche.

Chapeau, Ricky Ray

CHRONIQUE / Le chaos régnait, comme d’habitude, après le match de la Coupe Grey. Surtout dans le camp des champions. On courait dans tous les sens, à la recherche des joueurs et des dirigeants des Argonauts de Toronto, dans le but de les interviewer.

Il était près de 23 h 30 quand on a finalement réussi à trouver Ricky Ray pour le traîner dans la salle des conférences de presse de la Place TD.

À cette heure, presque tous mes collègues travaillaient frénétiquement à compléter leurs reportages avant l’heure de tombée.

Le quart-arrière qui venait d’établir un record en devenant le tout premier à remporter quatre championnats parlait donc devant six ou sept reporters.

Plus d’une heure après la conclusion de la partie, Ray n’avait même pas eu le temps d’enlever ses épaulettes.

En bon leader, il s’est assis au podium... et il s’est mis à nous expliquer comment ses coéquipiers lui avaient procuré la victoire.

« Notre unité défensive a complété de gros jeux pour nous tout au long de la saison », a-t-il débuté.

Il avait été soufflé, comme tout le monde, par ce ballon échappé par un flanqueur des Stampeders à la porte des buts. Le demi défensif Cassius Vaughn l’a récupéré pour ensuite courir et marquer le touché qui a créé l’égalité dans le match.

« Je regardais cette séquence à l’attaque depuis les lignes de côté et je comptais les points. Dans le pire des cas, je les voyais franchir la ligne des buts et ajouter un autre touché à leur avance. Dans le meilleur des scénarios, on réussissait à les retenir et ils complétaient un botté de placement. Dans cette éventualité, il fallait quand même avoir deux séquences à l’attaque avec des points pour revenir dans le match. »

Ray était en train de lancer des fleurs à sa défensive, donc, mais il n’a pas été capable de se rendre à la fin de son idée. On entendait des cris depuis quelques secondes. Ça provenait de loin, dans le corridor, mais ça se rapprochait. On a tendu l’oreille. Quelqu’un cherchait Ricky Ray.

La porte de la salle des médias a ouvert avec un certain fracas. Un petit groupe de coéquipiers a fait irruption en portant la coupe Grey à bout de bras.

Ray n’a pas eu le choix de prendre une pause. Les gars voulaient une photo. Ils lui ont foutu le gros trophée entre les mains.

Parenthèse. On m’a dit, plus tard, que Ray n’avait pas encore touché à la coupe de la soirée. Il avait laissé un peu tout le monde s’amuser avec. Il n’était pas pressé.

L’interruption n’a pas été très longue. Elle n’a pas été désagréable, non plus.

Ray a quand même senti le besoin de s’excuser, alors que ses amis quittaient la pièce en scandant le mot « G.O.A.T. » à tue-tête.

C’est un acronyme, en anglais, qui désigne le meilleur de tous les temps (Greatest of All Time).

Je n’irais pas jusqu’à dire que Ray est le meilleur quart de l’histoire de la LCF. Si ça se trouve, il n’est même pas le meilleur de l’histoire des Argos. Le légendaire Doug Flutie – qui était à la Place TD, dimanche – aurait sans doute son mot à dire là-dessus.

Ricky Ray ne voudrait sans doute pas débattre sur la question, non plus.

La preuve, c’est qu’il s’est remis à parler de la brillante unité défensive des Argos dès que la porte fut refermée.

« Que peut-on dire de l’interception réalisée par Matt Black, dans notre zone des buts, en toute fin de partie ? Le vieil adage, au football, dit que les championnats vont aux équipes qui possèdent de bonnes unités défensives. Ça s’applique parfaitement à notre équipe. Les gars ont réussi deux gros jeux sans lesquels nous n’aurions jamais pu remporter la coupe Grey... »

Chaque équipe de football aligne, au moins, une cinquantaine de joueurs. Chacun a son histoire à raconter.

Black est un demi défensif de 32 ans qui est originaire de Toronto et qui a passé toute sa carrière avec les Argos.

Jim Popp croyait qu’il n’y avait plus de place pour lui. Il l’a donc libéré le 1er août dernier.

« Matt s’est comporté avec beaucoup de maturité dans cette histoire. Il a pris soin de ne pas brûler les ponts », a rappelé Popp après la partie.

Les Argos ont finalement eu besoin de ses services à nouveau. Et tout le monde est sorti gagnant de cette histoire.

Il y a une belle leçon, là-dedans. Pas juste pour les athlètes.