Cinq joueurs issus du repêchage de 2015, dont Colin White, ont porté l’uniforme des Sénateurs jusqu’à présent cette saison.

Ceux qui font leur possible

CHRONIQUE / Un truc m’a sauté aux yeux, jeudi matin, quand j’ai appris que les Sénateurs ont rappelé Colin White de Belleville. C’est un tout petit détail, qui m’apparaissait quand même assez important.

Pour ce match de fin de parcours, contre les Panthers, les Sénateurs ont utilisé quatre joueurs issus du repêchage de 2015.

White a rejoint Thomas Chabot, Filip Chlapik et Christian Wolanin.

C’est remarquable.

Quand les dirigeants d’une formation se pointent au repêchage, ils disposent généralement de cinq à neuf choix. Ils se croisent les doigts. Si seulement deux ou trois d’entre-eux peuvent finir par jouer pour nous...

Deux ans et neuf mois après le repêchage de 2015, cinq des huit joueurs réclamés par les dépisteurs de Pierre Dorion ont déjà goûté à la vie dans les majeures. Le cinquième, c’est Christian Jaros. Il complète présentement la saison dans les mineures, mais il a eu droit à une courte audition – deux parties – en octobre.

Guy Boucher disait jeudi matin que Chabot se développe à « une vitesse phénoménale » en cette fin de saison. Bien d’accord avec lui. On lui a demandé de s’installer dans le fauteuil du défenseur gaucher numéro un de l’équipe. La catastrophe appréhendée n’a pas eu lieu. Au contraire, on pourrait même affirmer que ça se passe plutôt bien, pour lui.

Dans un rôle un tout petit peu moins important, Wolanin est en voie de causer une autre surprise. Il fait certainement mentir tous ceux qui nous avaient dit qu’il était tout le contraire de son père. Son rendement en défensive s’améliore un peu chaque soir.

Il avait peut-être développé de mauvaises habitudes quand il évoluait dans un niveau inférieur. Il est probablement assez intelligent pour comprendre que, dans la LNH, il ne pourra pas tricher.

Chlapik ne m’a pas encore convaincu.

White non plus, pour être franc.

On sera plus sévère envers White, dans la prochaine année. Le bassin d’attaquants de qualité était grand, au repêchage de 2015. Travis Konecny, Brock Boeser et Sebastian Aho étaient disponibles, quand les Sénateurs l’ont réclamé.

On le voyait gros, dans ce temps-là, White. Un futur récipiendaire du trophée Selke, avait même osé un dépisteur à la langue bien pendue.

Il nous semble loin, le jour où White pourra défier son idole d’enfance, Patrice Bergeron, pour l’obtention du titre de meilleur attaquant à caractère défensif sur la planète.

Mais bon. Cinq joueurs issus du repêchage de 2015 ont déjà porté les couleurs des Sénateurs. Il y en avait quatre, dans le match de jeudi.

J’ai vérifié, en écrivant ces lignes. En ce moment, 54 joueurs issus de cet encan ont joué au moins un match dans la grande ligue.

Ça fait une moyenne de 1,8 joueur par équipe.

Les Sénateurs n’ont pas à rougir du travail accompli il y a trois ans.

Il serait peut-être dangereux de tirer des conclusions trop hâtives. Après tout, face aux Panthers, White a possiblement joué un de ses meilleurs matches de l’année.

« On fait notre gros possible », a l’habitude de répondre le directeur général Pierre Dorion quand on lui parle du succès de son équipe au repêchage.

Faire « son gros possible ». Chaque mot de cette expression prend tout son sens quand on comprend à quel point Dorion dirige une petite équipe.

Le DG ne s’en plaindra jamais ouvertement. Il est beaucoup trop occupé pour se plaindre de son sort.

Quand même. Nos confrères du site d’informations sportives L’Athlétique a récemment mené l’exercice. Leurs recherches ont démontré que 11 équipes de la LNH disposent de 15 dépisteurs à temps complet pour préparer le repêchage amateur. Quinze autres équipes misent sur 12 à 14 hommes.

Les Sénateurs doivent se débrouiller avec neuf personnes.

Dorion s’est retroussé les manches, vers la fin de l’hiver. Il a lui-même fait sa tournée des amphithéâtres de hockey junior du Canada et de l’Europe, pour voir à l’œuvre les meilleurs joueurs qui seront disponibles au prochain repêchage, dans quelques mois.

On promet depuis un certain temps d’investir. On jure qu’on finira par revamper la direction des opérations hockey des Sénateurs.

Passera-t-on, un jour, des (belles) paroles aux actes ?