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Rhéal Leroux, directeur général des Jeux, et Pierre Bergeron, alors président et éditeur du Droit, confirmait le quotidien d'Ottawa comme le journal officiel des IVes Jeux de la francophonie
Rhéal Leroux, directeur général des Jeux, et Pierre Bergeron, alors président et éditeur du Droit, confirmait le quotidien d'Ottawa comme le journal officiel des IVes Jeux de la francophonie

Ces Jeux presque oubliés

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
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Il y a des événements dont on parle si souvent qu’on ne pourra jamais les oublier.

Je n’étais pas né, à l’été 1976, mais je sais que Nadia Comaneci a réalisé une des plus belles performances de l’histoire olympique. Cette menue adolescente roumaine a contribué à la domination du Bloc de l’Est, lors des Jeux de Montréal.

On ne pourra jamais oublier.

Il y a d’autres événements, par contre, qui ne reçoivent pas le traitement royal.

Les collègues Martin Comtois et Mario Boulianne m’ont parlé du 20e anniversaire des Jeux de la Francophonie d’Ottawa-Hull.

Une chance qu’ils y ont pensé. Moi, sincèrement, ça m’aurait complètement échappé.

Pourtant, j’y étais.

Et je n’étais pas seul ! L’événement avait été un véritable succès de participation. La population francophone de l’ouest du Québec et de l’est ontarien avait vibré au rythme de cet événement sportif.

Évidemment, cet événement, créé dans le but de « témoigner de la solidarité francophone » à travers le monde, n’a pas le même rayonnement que les JO. Même pas proche.

En préparant cette chronique, j’ai appris que la prochaine édition de l’événement doit avoir lieu dans 13 mois à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

En 2001, j’ai suivi les Jeux strictement parce qu’ils se déroulaient dans notre cour.

En 2001, j’étais un des plus jeunes journalistes dans la salle de rédaction du Droit. Les patrons avaient accepté de me donner un congé de mon poste régulier, aux faits divers. Ils avaient besoin d’agrandir temporairement l’équipe des sports.

Je me rapprochais un peu de mon rêve.

« On pourrait t’affecter à la couverture du tournoi de soccer, m’avait suggéré le rédacteur en chef de l’époque.

— Ça tombe bien ! Ce sport me passionne, avais-je menti. »

Dans les premiers jours du tournoi, j’avais eu l’éclair de génie de me coller à Sylvain Rastello, un entraîneur bien connu dans la région, qui avait été recruté par la défunte station de radio CJRC 1150 AM pour la durée des Jeux.

On a formé une solide équipe.

Un soir, en se promenant dans les couloirs du Complexe sportif de l’Université d’Ottawa, Sylvain a figé.

« C’est Roger, a-t-il fini par cracher.

— Roger ?

— Roger Milla. Tu ne le connais pas ?

— Non.

— C’est le Guy Lafleur du football africain. »

Sylvain était un peu trop impressionné par le personnage pour oser le déranger. Ce n’était pas mon cas. J’ai donc demandé et obtenu une courte entrevue avec l’athlète retraité, qui s’était déplacé pour encourager ses compatriotes, les jeunes Lions indomptables du Cameroun.

Parlant des visiteurs africains. Je me souviens d’un collègue journaliste qui se disait « trahi » par ses livres de géographie.

Mais encore ?

« On m’a dit qu’il y a quatre saisons, au Canada. C’est vraiment ça, votre été ? »

C’était un matin gris de juillet. Il devait faire entre 18 et 20 degrés Celcius. Le pauvre type grelottait.

Je ne me souviens pas trop du tournoi de soccer, en tant que tel. Je me souviens vaguement des joueurs français, qui n’avaient pas digéré un papier dans lequel j’expliquais à nos lecteurs qu’on ne risquait pas de les revoir à la Coupe du monde.

La Fédération française de football (FFF) n’avait pas exactement envoyé son meilleur effectif au Canada...

Je me souviens aussi d’une superbe rencontre avec des Montréalais d’origine haïtienne qu’on avait appelés en renfort à la dernière minute. Les Grenadiers étaient arrivés au Canada avec un nombre insuffisant de joueurs.

Les « footballeurs du dimanche », comme disait le sélectionneur, n’avaient pas eu la chance de jouer. Ils avaient néanmoins été traités comme des rois, pendant une bonne douzaine de jours, au village des athlètes.

Je me souviens que l’équipe canadienne avait vécu un difficile tournoi. Le comité organisateur des Jeux avait même, en conférence de presse, parlé d’un « manque de sérieux » de la Fédération canadienne.

Il y avait quand même eu cette soirée magique, où il régnait une ambiance folle au stade Frank-Clair du parc Lansdowne. Le Canada avait offert une sérieuse résistance à la France.

J’ai fouillé dans nos archives. Il y avait 10 000 personnes dans les gradins, et les Bleus ont fini par l’emporter dans les tirs de barrage.

Les Jeux de la Francophonie, c’est aussi un rassemblement culturel. Le stade Frank-Clair était plein à craquer lors de la cérémonie d’ouverture.

Je ne travaillais pas, ce soir-là. J’avais acheté des billets.

Je ne me souviens pas tellement du spectacle, mais je me souviens qu’on avait eu de la difficulté à quitter le parc Lansdowne. Dans le fouillis, personne ne s’impatientait. La foule chantait plutôt des chansons à répondre...

Si je fouille vraiment très loin, je me souviens aussi d’une soirée à la pointe Nepean. On m’avait offert un billet pour assister à un concert mettant en vedette de jeunes artistes francophones de l’Ouest canadien.

Le système de son a planté durant la première chanson. Il n’y avait rien à faire. Le show était gâché.

Sauf pour Daniel Lavoie, qui s’était déplacé pour animer l’événement. La foule l’a supplié de faire quelque chose. Après un moment d’hésitation, il a fini par nous offrir ses Jours de plaine, en version a cappella.

Si vous n’avez pas déjà entendu Daniel Lavoie chanter en plein air, sans micro, pour 1500 personnes, vous ne pouvez pas comprendre.

J’espère que les gens qui étaient là, ce soir-là, avec moi, n’ont pas oublié.