Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Bryan Murray serait admis au Temple à titre de bâtisseur.
Bryan Murray serait admis au Temple à titre de bâtisseur.

Bryan le bâtisseur

CHRONIQUE / Ça va se passer dans une semaine, à peu près. C’est peut-être le seul événement annuel, inscrit au calendrier de la Ligue nationale de hockey, qui n’a pas été bousculé par la COVID-19.

Le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, on dévoilera les membres de la prochaine cohorte du Temple de la renommée du hockey.

La semaine passée, j’ai relayé un tweet d’une porte-parole du Temple, tout en rappelant qu’on se croise les doigts pour Daniel Alfredsson. Naturellement, les partisans des Sénateurs ont applaudi. Ce sera la troisième année d’éligibilité de l’ancien capitaine. Trois ans, pour les partisans en perpétuelle souffrance, c’est très long.

Un ami qui gagne sa vie dans le monde du hockey a vu passer le tweet. Il en a profité pour m’envoyer un petit mot.

Mon ami se demande si je fais campagne pour la bonne personne.

Mon ami me dit que, si je dois absolument faire campagne pour quelqu’un de ma «paroisse», je devrais peut-être penser à Bryan Murray.

Vous savez quoi? Mon ami a sans doute raison.

Alfredsson va bien finir par être intronisé. On le sait. Ça pourrait prendre encore quelques années, mais ça va se produire. Le Temple peut facilement accueillir trois, quatre ou cinq anciens joueurs par année. Un jour, on reconnaîtra bien le rôle titanesque qu’il a joué durant ses 18 années à Ottawa.

Pour ce qui est de Murray, c’est moins évident.

L’ancien entraîneur et directeur général serait admis au Temple à titre de bâtisseur.

C’est une catégorie plus restrictive. Chaque cohorte en compte un ou deux, maximum. Et les candidats de qualité ne manquent pas.

Murray nous a quittés vers la fin de l’été 2017. Le temps file.

Il file encore plus rapidement quand on pense qu’à chaque année, le souvenir de sa contribution s’efface un peu.

Murray n’a jamais remporté la coupe Stanley. Ça joue contre lui. Trop souvent, posséder une bague de championnat fait partie des conditions d’entrée.

Murray n’a pas gagné la coupe, mais il a mené trois différentes équipes en finale.

Il a effectué ces trois voyages avec des jeunes franchises émergentes, en quête de crédibilité.

Il n’a pas gagné, mais il a travaillé dans la LNH, sans interruption, pendant 35 années. Durant cette très long période, il s’est presque toujours retrouvé au sein d’organisations qui avaient besoin de prendre leur place, dans leurs marchés respectifs.

Il a fait ça, une journée à la fois.

Quand on y pense, c’est pas mal ça, la définition de «bâtisseur», dans le monde du sport.

«Une année. Je veux essayer. J’ai besoin d’une seule année.»

C’était une des histoires favorites de Bryan Murray.

Il aimait bien raconter les circonstances uniques dans lesquelles sa carrière a débuté.

C’était vers la fin des années 1970. Il était âgé dans la fin de la vingtaine. On lui offrait une opportunité, unique, de faire ses débuts dans le monde du coaching.

En réalité, il était déjà entraîneur. Depuis un certain temps, même. Il avait décroché son baccalauréat en Éducation physique de l’université McGill en 1964. Depuis, il enseignait. Enseigner, c’est coacher.

En parallèle, le jeune homme de Shawville dirigeait des équipes de calibre junior A. Il avait travaillé à Pembroke ainsi qu’à Rockland. Il avait même remporté un championnat national avec les Nationals, ce qui n’est pas rien. Mais le coaching ne lui permettait pas de gagner sa vie.

En 1979, quelqu’un lui offrait cette opportunité. On lui donnait la chance d’aller diriger, à temps complet, un club de la Ligue de hockey junior de l’ouest. Il a demandé à son épouse, Geri, de lui accorder sa bénédiction. Il avait besoin d’un an pour s’exiler à Régina.

Elle a accepté le projet. Murray n’a pas gaspillé sa chance. Durant sa seule et unique saison dans le junior majeur, il a mené son équipe, les Pats, au tournoi à la ronde de la Coupe Memorial.

À l’automne 1980, Murray se trouvait dans la Ligue américaine.

À l’hiver 1982, il accédait à la LNH, à Washington, derrière le banc d’une jeune franchise impopulaire, habituée à la cave du classement.

Quand il a quitté, sept ans plus tard, les Capitals se produisaient à guichets fermés et ils venaient de connaître sept saisons gagnantes consécutives.

Murray a répété le scénario en Floride. Sous sa gouverne, les Panthers ont atteint la finale à leur première année d’existence.

Il a mené les Mighty Ducks d’Anaheim et les Sénateurs d’Ottawa en finale, à leur tour, en 2003 ainsi qu’en 2007.

Il a consacré les 12 dernières années de sa carrière à travailler, avec des moyens très limités, dans la région où il a grandi.

Et il a bien fait.

Les Sénateurs auraient peut-être piqué du nez bien plus tôt, s’il n’avait pas si bien joué son rôle de directeur général.

Mais ça, on s’en reparlera un autre jour.