Daniel Alfredsson et Bryan Murray

Aux portes du Temple

CHRONIQUE / Ce fut, à plusieurs égards, une saison absolument pourrie. Le 30e rang du classement général. La deuxième pire moyenne de buts alloués de toute la ligue. La deuxième pire fiche sur la route. Les assistances en baisse pour une quatrième année consécutive.

Les Sénateurs d’Ottawa n’ont même pas été foutus de remporter le prix de consolation qui leur pendait au bout du nez. Au lieu d’avancer, ils ont reculé de deux rangs, lors de la loterie du repêchage amateur.

Tout n’est cependant pas perdu. Il reste bien une toute petite opportunité de terminer 2017-18 en beauté.

Les Sénateurs ne contrôleront absolument rien. Tout dépendra d’un comité indépendant qui se réunira, quelque part au centre-ville de Toronto.

À la fin du mois de juin, ces hommes décideront de la prochaine cohorte à faire son entrée au Temple de la renommée.

Daniel Alfredsson attend son tour, à titre de joueur, depuis l’an dernier.

Bryan Murray aurait pu être honoré, à titre de bâtisseur, de son vivant. Cette distinction pourrait (devrait) maintenant lui être décernée à titre posthume.

On va se croiser les doigts pour ces deux hommes. Et on pourrait se croiser les doigts pour les Sénateurs, tant qu’à y être. Ils en ont bien besoin.

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Les cyniques diront que tout ça ne changerait pas grand-chose. L’intronisation du meilleur joueur et du meilleur entraîneur de l’histoire des Sénateurs au Temple n’améliorera pas, dans le court terme, l’efficacité du jeu de puissance.

C’est vrai.

Alfredsson et Murray pourraient quand même donner un sérieux coup de pouce à l’organisation en rejoignant les rangs des immortels du hockey, dans une cérémonie qui aura lieu l’automne prochain, à Toronto.

De nos jours, les difficultés qu’une formation rencontre sur la patinoire peuvent être assez rapidement - et assez facilement - surmontées.

Les Golden Knights de Vegas sont en train de nous en fournir une solide preuve. Il suffit de réunir deux ou trois ingrédients et d’adopter une attitude gagnante pour construire une équipe capable de gagner.

Les Sénateurs ont subi leurs plus gros échecs à l’extérieur de la patinoire, ces derniers mois. Ils ont laissé des dommages qui ne sont pas nécessairement visibles à l’œil nu. Du moins, pas pour l’instant.

La chute vertigineuse des ventes de billets de saison. Les toiles noires qui ont recouvert 1500 sièges au niveau supérieur tout au long de l’hiver dernier. Les nombreuses déclarations maladroites du propriétaire: les budgets d’opération qu’il faut constamment revoir à la baisse. La remise en question du projet d’amphithéâtre sur les plaines LeBreton. La menace ultime de transférer l’équipe dans une autre ville si jamais les choses ne s’améliorent pas.

Tout cela pourrait finir par affecter, sérieusement, l’image de marque.

À une certaine époque, les Sénateurs étaient perçus comme une fière petite organisation qui travaillait fort pour trouver sa place entre deux géants de la LNH.

Ce sentiment de fierté pouvait parfois compenser, dans un contexte où la petite organisation ne se battait pas toujours à armes égales avec ses gros rivaux.

Alfredsson et Murray étaient des acteurs très importants, à l’époque. Ils étaient différents, mais ils avaient quelques points en commun.

Le premier était un joueur de calibre mondial qui avait juré fidélité à l’équipe qui l’avait repêché, malgré ses défauts.

Le deuxième était sorti d’une toute petite municipalité rurale pour connaître une brillante carrière à Washington, à Détroit, en Floride ainsi qu’en Californie. Il avait renoncé à un confortable poste de directeur général, au soleil, afin de terminer son parcours à la maison.

Ces deux hommes de grande classe ont fait de grandes choses, ensemble, quand il étaient les deux principaux porte-parole de l’organisation.

Les gens qui leur ont succédé travaillent fort, de manière honnête, mais ils ne pourront pas les remplacer.

La petite organisation jadis fière n’est plus perçue de la même manière.

C’est pourquoi je pense que le Temple de la renommée pourrait donner un coup de pouce aux Sénateurs. Ne serait-ce que pour aider les gens à se rappeler des bonnes choses qui se faisaient, à Ottawa, il n’y a pas si longtemps.