Le propriétaire des Sénateurs d’Ottawa, Eugene Melnyk, peut se compter chanceux de voir le Centre Canadian Tire rempli à 75 % de sa capacité depuis le début de la saison, croit notre chroniqueur Sylvain St-Laurent.

Annus horribilis 2018

On a vendu très exactement 13 048 billets pour le dernier match à domicile des Sénateurs, dimanche dernier.

C’était un peu en deçà de la moyenne, qui se situe à 14 335 spectateurs par match depuis le début de la saison. On remplit le Centre Canadian Tire à environ 75 % de sa capacité.

Tout ça fait dire à mon collègue Marc Brassard qu’il « n’y a pas grand-monde qui se déplace pour voir jouer cette équipe-là ».

Ça fait au moins deux ou trois fois que Marc écrit ça, dans notre journal.

Je vais vous dire, moi, le verre de Marc est à moitié vide.

Le mien est à moitié plein.

Après tout ce que les Sénateurs ont fait subir à leurs partisans, en 2018, ils devraient se réjouir de constater que 13 048 ont encore le goût de braver le froid et la 417 pour passer un dimanche soir à Kanata.

On célèbre ce week-end un triste anniversaire. Le 15 décembre 2017, sur la colline du Parlement, Eugene Melnyk a jeté une douche froide sur le plus bel événement des célébrations du 150e anniversaire du Canada.

Il ne sert à rien de revenir sur sa terriblement maladroite sortie. Ses déclarations ont déjà été disséquées.

On peut quand même conclure que ce fut l’événement déclencheur d’une année complètement folle, un annus horribilis dans sa plus stricte définition.

Les menaces à peine voilées lancées aux partisans ont eu l’effet d’une grosse gifle en plein visage, ce soir-là.

On ne pouvait pas le savoir, à ce moment, mais c’était le début d’une série d’attaques à la fierté. M. Melnyk ne peut pas être tenu responsable de tout ce qui s’est passé, même si sa gestion de la crise a souvent été déficiente.

Le propriétaire et ses conseillers peuvent quand même se compter chanceux. À la suite d’une campagne de renouvellement des billets de saison qu’on devine désastreuse, ils peuvent quand même se compter chanceux de continuer à vendre des milliers de billets. Les gens qui se rendent au Centre Canadian Tire ont le goût de porter le maillot de l’équipe locale.

Chaque soir de match, j’arrive aux mêmes conclusions.

Un, nous vivons dans la région de la capitale du Canada. On pourra toujours trouver, dans notre coin de pays, des gens qui aiment le hockey.

Deux, il y a de bons chasseurs d’aubaines, dans le coin. Afin de gonfler les ventes, les responsables du marketing chez les Sénateurs multiplient les offres agressives. Ceux qui savent où magasiner peuvent voir des matches de la LNH sans se ruiner, cette saison.

Trois, il faut reconnaître que l’espoir, c’est vendeur. Si ce n’est pas déjà fait, les dirigeants des Sénateurs devraient songer à offrir de très beaux cadeaux de Noël à Thomas Chabot et Brady Tkachuk. L’émergence des jeunes vedettes a permis de changer le discours de façon radicale. Ils ont purifié l’air du building. Ils ont changé le discours, dans les gradins, sur la galerie de la presse et dans les tavernes de la région.

Bref, ils sont arrivés juste au bon moment.

Il serait facile de conclure cette chronique en disant, qu’au moins, l’annus horribilis tire à sa fin. Ce serait facile, et un peu faux.

Les conséquences des événements fâcheux des 12 derniers mois pourraient se faire sentir encore longtemps.

On ne sait pas ce qui se passe dans les négociations impliquant les agents de Matt Duchene et Mark Stone. On sait cependant que le temps presse. Dans la LNH, des vedettes qui s’entendent avec leurs équipes à quelques mois de l’autonomie complète, ça n’arrive pratiquement jamais.

On pourrait comprendre une certaine hésitation de la part des joueurs. On leur demande quand même de s’engager pendant une très longue période auprès d’un club qui file un très mauvais coton.

On sait cependant que le départ de ces deux piliers serait catastrophique. Chabot et Tkachuk ont remplacé, avec une surprenante facilité, Erik Karlsson et Mike Hoffman.

Il serait beaucoup moins évident de trouver des successeurs aux deux autres.

Il n’y a pas de futur centre numéro un dans la pipeline.

Il n’y a pas, non plus, de joueur capable de remplacer Stone à court terme au chapitre du leadership.

Les Sénateurs ont réussi à se relever, un peu amochés, de l’année 2018.

Ils n’ont peut-être pas les reins assez solides pour endurer une deuxième année consécutive dans l’embarras et la misère.