Sylvain St-Laurent

Tout ce que l’avenir nous dira

CHRONIQUE / Si c’est une bonne transaction ? Je l’ignore. C’est ça, l’affaire. Personne ne peut savoir pour l’instant, si les Olympiques sortiront gagnants de cette saga. Ça dépendra du travail accompli par tout plein de gens, à compter de maintenant. Ça dépendra également de la chance.

On dit souvent, dans le sport, que le repêchage est une science inexacte.

C’est vrai dans les circuits professionnels. Un jeune homme qu’on choisit à l’âge de 17 ou 18 ans vit une série de changements importants. Ces changements, qu’ils soient physiques, émotifs ou psychologiques, peuvent parfois métamorphoser complètement un athlète.

Ce doit être pire, encore, dans le hockey junior, où on sélectionne année après année des patineurs qui ont tout juste 15 ans.

« Les choses qui motivent un jeune homme de 18 ans peuvent être fort différentes de celles qui le motivaient trois ans plus tôt », m’a-t-on d’ailleurs rappelé, plus tôt cette semaine.

C’est là que « tout plein de gens » entrent en scène.

Il y a d’abord les dépisteurs des Olympiques, des gens qu’on connaît peu. Avec tous les choix qui leur ont été arrachés au cours des dernières années, il est extrêmement difficile d’évaluer leur travail.

Les dépisteurs utiliseront les choix acquis cette semaine pour sélectionner des joueurs qui seront influencés par des entraîneurs, par des préparateurs physiques, par des enseignants, par des agents, par des amis, par leurs parents...

Ces gens auront tous un rôle à jouer.

Je connais des dépisteurs compétents, des hommes d’expérience, qui attaquent chaque repêchage en se disant qu’ils vont se tromper au moins deux fois dans les cinq premières rondes. La meilleure façon de multiplier les bons coups, alors, consiste à collectionner les choix.

Plus ils ont de boules dans le boulier, meilleures sont leurs chances de multiplier les bonnes prises.

Certains partisans des Olympiques auront peut-être du mal à faire leur deuil d’Abramov. Ils n’ont pas l’habitude de voir leurs meilleurs joueurs quitter le navire au beau milieu d’une saison.

On ne pourra pas leur dire qu’ils n’ont pas été prévenus. Quand Alain Sear a pris le contrôle de la direction des opérations hockey, à la fin de l’été, il a clairement affiché ses couleurs. Pour lui, le succès futur des Olympiques passe par le repêchage. Cette transaction est donc parfaitement en phase avec tout ce qu’il a dit jusqu’à maintenant.

Certains ont souligné que Marcel Patenaude a obtenu un meilleur retour, l’an dernier, quand il a cédé Alex Dostie aux Islanders de Charlottetown.

Ils ont peut-être raison.

On pourrait quand même leur rappeler que le contexte est légèrement différent.

La nationalité d’Abramov compliquait légèrement la tâche de Sear. 

Afin de conclure une transaction, il devait trouver un club qui aspirait aux grands honneurs et qui avait un poste de joueur étranger libre dans sa formation.

Si Abramov avait été Canadien, les Olympiques auraient eu plus de partenaires potentiels. Ils auraient eu plus de facilité à faire grimper les enchères.

***

Une fichue bonne idée.

Les célébrations du centenaire de la LNH atteindront leur point culminant dans les prochains jours. L’assemblée de fondation du circuit a eu lieu le 26 novembre 1917, à l’hôtel Windsor de Montréal.

Pour célébrer l’événement, les six quotidiens de Groupe Capitales Médias (GCM) vous ont concocté un projet spécial. Dans chacune de nos éditions, la semaine prochaine, nous allons vous dresser le classement des meilleurs joueurs québécois de l’histoire, selon la région où ils sont nés.

Nous aurons l’honneur de lancer le bal, lundi, en vous présentant le classement de l’Outaouais et de l’Abitibi-Témiscamingue.

Nous y ajouterons une toute petite touche personnelle, en dressant notre top-10 des meilleurs hockeyeurs qui ont grandi dans l’Est ontarien.

Ce fut un exercice difficile. Comment peut-on comparer les performances d’un gardien des années 1970 à celles d’un attaquant des années 1930.

Au fait, un lecteur du Droit a-t-il déjà vu jouer Frank Finnigan ?

On a déjà hâte de recevoir les courriels dans lesquels vous allez remettre nos choix, nos connaissances et notre jugement en doute.

Sylvain St-Laurent

La recrue la plus expérimentée

CHRONIQUE / Dans la très vaste région d’Ottawa-Gatineau, l’équipe de hockey d’élite qui connaît le meilleur début de saison est possiblement celle dont on parle le moins.

Les Ravens de l’université Carleton ont joué 10 matches, jusqu’ici. Ils ont subi un seul revers en temps réglementaire.

Il faudrait peut-être préciser que, dans ce match, ils ont encaissé le but décisif alors qu’il restait six secondes à écouler à la troisième période.

Il faudrait aussi préciser que l’équipe aligne une dizaine de recrues.

Le centre numéro un est une recrue. Le défenseur qui dirige l’attaque massive est une recrue.

L’entraîneur-chef effectue aussi ses débuts.

« Les gars n’ont pas digéré ce revers en temps réglementaire, surtout que nous avions l’avantage d’un homme quand nous avons encaissé ce but en fin de match. Les gars n’étaient vraiment pas contents. En fait, ils ont réagi en plein comme il fallait. Depuis, nous avons signé six matches d’affilée », raconte la dernière « recrue », notre vieil ami Shaun Van Allen.

Il ne faut pas s’étonner de l’entendre dire que les joueurs sont les seuls et uniques artisans de la réussite des Ravens. Il est comme ça depuis toujours.

Il était certainement comme ça quand je l’ai connu, du temps où il était le quatrième centre des Sénateurs.

Ça m’a poussé à lui poser la question directement. Toi... Le coaching ? C’est aussi facile que ça en a l’air ?

« Mettons que c’est facile d’apprécier l’expérience quand ton équipe présente une fiche de 8-1-1. Mais je ne dirais pas que c’est facile. C’est drôlement stressant. Dans le circuit universitaire canadien, on joue seulement 28 parties par saison. Chaque match m’apparaît crucial... »

« C’est un métier difficile, surtout quand vient le temps d’annoncer à certains de mes joueurs qu’ils devront être laissés de côté. Les entraîneurs aiment les joueurs qui travaillent fort. Avec notre fiche, tu crois vraiment que plusieurs joueurs méritent d’être laissés côté ? »

Pour être franc, cette réponse ne me surprend pas non plus.

La présence de Van Allen derrière un banc non plus, au fond. Zéro surprise nulle part.

Van Allen a juste été obligé de se montrer patient. Quand il a été contraint d’accrocher ses patins, en 2005, il a choisi de laisser tout le plancher à son épouse. Pharmacienne de formation, elle l’avait suivi partout. Elle méritait une chance d’exercer, enfin, son métier.

Les Van Allen avaient alors trois enfants à élever. L’un d’entre eux, Aaron, a des besoins spéciaux. Il a composé, toute sa vie, avec le trouble du spectre de l’autisme.

Van Allen a trouvé à Carleton, dans sa ville, une situation qui lui convenait. Il a occupé un poste d’adjoint pendant plusieurs saisons chez les Ravens. On lui souhaite maintenant de se défaire de l’étiquette d’entraîneur-chef intérimaire qu’on lui a donné en début de saison.

Je vous parle de hockey universitaire en ce joli vendredi parce que c’est jour de match. Les Ravens affronteront les Gee Gees de l’Université d’Ottawa, dans quelques heures, à l’aréna de la Place TD.

Il s’agit de la deuxième édition de la Classique Colonel By.

Les dirigeants des deux établissements rivaux de la capitale ont de l’ambition. Après les matches de football et de basket-ball qui font courir les foules, ils voudraient créer un troisième événement pour compléter la triple couronne.

J’ai assisté au premier duel sur glace, l’an dernier. C’était, disons... Modeste. Une petite foule pour assister à un match quelconque.

Ça pourrait être la même chose, cette fois.

Ça pourrait aussi être le match où la rivalité va vraiment prendre son envol.

Les Gee Gees et les Ravens ont croisé le fer pour une première fois, vendredi dernier. Ça s’est, comme qui dirait, mal terminé.

« Un de leurs joueurs a frappé un de nos joueurs. Un double échec en plein visage. Il restait une quinzaine de secondes à faire en troisième période. Les esprits se sont échauffés. Quelques combats auraient pu éclater. Les arbitres ont fini par renvoyer les deux équipes aux vestiaires alors qu’il restait quatre secondes à jouer. Nous n’avons pas eu droit à la traditionnelle poignée de main au centre de la glace », raconte Van Allen.

La suite, dans quelques heures.

Sylvain St-Laurent

Jusqu’ici, tout va bien

CHRONIQUE / Le premier sujet abordé par Guy Boucher, quand est venu le temps de lancer la toute première conférence de presse qui a suivi son retour de Suède ?

La mode vestimentaire masculine.

Le coach a fait irruption dans le centre des médias d’un pas rapide, comme à son habitude. En s’installant au podium, il a demandé aux journalistes de ne pas trop se moquer du chandail à col roulé qu’il portait sous son veston. Il paraît que Jean-Gabriel Pageau n’a pas eu cette gentillesse.

Il s’en est donné à cœur joie.

J’ai deux commentaires à formuler, ici, maintenant.

Primo, quand un athlète se permet de taquiner son patron immédiat, à propos des vêtements qu’il porte, c’est qu’un climat harmonieux règne.

Secundo, un coach qui se permet de faire le pitre devant les médias est un entraîneur qui n’a pas de gros, de réels, de pressants problèmes.

Boucher acquiesce. Les choses vont bien.

L’entraîneur a passé l’été à se faire du souci. Historiquement, les quatre équipes qui atteignent le carré d’as ont souvent du mal à repartir la machine. Il a consacré une bonne partie de son temps à réfléchir à des moyens d’éviter cette guigne.

Les Sénateurs vont atteindre le plateau des 20 matches la semaine prochaine.  

« La menace était pourtant réelle, maintient-il. Regardez les trois autres équipes qui ont atteint le carré d’as avec nous. Les Ducks traînent un peu de la patte. Les Predators commencent à peine à livrer la marchandise. Les Penguins ont connu des difficultés, eux aussi. Peut-être que la perte d’Erik a finalement joué en notre faveur. Sans lui, nous avons peut-être développé la peur de perdre. »

Si le coach voulait continuer d’alimenter cette peur, il parlerait sans doute des effets néfastes du décalage horaire. Me semble que tout le monde en parle, partout, depuis le début de la saison. Si on se fie à la rumeur, les équipes de hockey qui effectuent un voyage en Europe frappent presque toutes le mur en rentrant.

C’est documenté, ça l’air.

J’ai vérifié. J’ai envie de conclure que c’est un mythe.

Pendant cinq ans, entre 2007 et 2011, les dirigeants de la LNH ont envoyé une vingtaine de leurs équipes en Europe dans le cadre de la série « NHL Premiere ». Plus de la moitié d’entre elles ont réussi à se qualifier pour les séries, dans les mois qui ont suivi.

Les équipes qui ont remporté la coupe Stanley en 2009, 2010, 2011 et 2012 ont joué quelques matches réguliers en Suède, en Finlande, en République tchèque ou en Allemagne.

***

Il s’appelle Andrew Hammond. Pendant une courte période, il n’y a pas si longtemps, il était la saveur du mois, celui dont tout le monde parlait dans le monde du hockey.

À l’époque, on le surnommait Hamburglar.

Ces jours-ci, le Burglar vit à Belleville. Il doit se poser de sérieuses questions.

Hammond a joué de malchance. Il a été blessé à quelques reprises. Ces bobos lui ont éventuellement coûté son poste à Ottawa. 

Il ne s’est pas plaint. 

Il est retourné dans la Ligue américaine sans rechigner.

Dans les derniers mois, il s’est refait une santé. À Belleville, il a retrouvé ses réflexes.

Je vous parlais de lui, dans cet espace, il n’y a pas si longtemps. Il avait été solide, le soir où j’étais au Yardmen Arena.

Depuis, il a continué d’accumuler les victoires.

L’entraîneur-chef des B-Sens, Kurt Kleinendorst, a très bien résumé la situation. « Andrew, c’est un gardien de la LNH qui joue dans la Ligue américaine. »

Mais voilà. Des clubs de la LNH, qui ont besoin d’aide, ne lui accordent aucune attention.

À Montréal, quand Marc Bergevin a eu besoin d’une bouée de sauvetage, il s’est tourné vers le vétéran qui présente possiblement les pires statistiques de tout le hockey professionnel.

À Vegas, un club d’expansion a utilisé cette semaine un adolescent de 19 ans qui a été sélectionné au septième tour, au dernier repêchage de la LNH.

Au Centre Canadian Tire, son ancien partenaire lui conseille de garder la tête haute.

« Il suffit qu’un entraîneur, quelque part, lui accorde sa confiance. Dans le monde des gardiens, le timing compte plus que tout », m’a dit Craig Anderson pas plus tard que mercredi.

Sylvain St-Laurent

Et si 2018 était l’année des Martin ?

CHRONIQUE / Danielle Goyette, Paul Kariya et Teemu Selanne ont officiellement fait leur entrée au Temple de la renommée du hockey, lundi. Ça veut maintenant dire qu’on peut se tourner vers l’avenir et penser à ceux qui les suivront.

Surtout que la cohorte de l’automne 2018 pourrait avoir une forte saveur québécoise.

Ça pourrait être l’année des Martin !

Martin Brodeur, qui en sera à sa toute première année d’éligibilité, est pratiquement assuré de recevoir l’appel du comité de sélection.

En plus de figurer parmi les athlètes les plus généreux et les plus affables de sa génération, l’ancien gardien trône tout simplement au sommet de son sport.

On disait de lui qu’il était un peu chanceux de s’approprier le record du plus grand nombre de victoires en carrière, en 2009. Il avait alors disputé quatre saisons à l’ère des tirs de barrage, dans lequel les matches nuls n’existaient plus.

Il a poursuivi sa carrière pendant cinq années et quelques mois. Quand il a choisi d’accrocher ses jambières, au tout début de l’hiver 2015, il avait 691 victoires à son actif. Il comptait alors 140 victoires de plus que le détenteur du deuxième rang, Patrick Roy.

Brodeur a également pris sa retraite en se disant que ses records pour le plus grand nombre de matches joués (1266) et pour le nombre de blanchissages (125) seront extrêmement difficiles à battre.

Il a également remporté la coupe Stanley à trois reprises devant le filet des Devils du New Jersey, entre 1995 et 2003.

Il pourrait donc rejoindre trois membres de la dynastie – Scott Niedermayer, Scott Stevens et Lou Lamoriello – au Temple.

« C’est spécial de voir à quel point les gars sont emballés quand ils reçoivent enfin l’appel », a récemment confié Brodeur, dans une entrevue publiée dans les pages du Toronto Sun.

« Je ne peux pas vraiment dire que je rêvais à ça quand j’étais plus jeune, mais je serai très content si ça m’arrive », a-t-il précisé.

L’autre Martin qui sera éligible n’a pas appartenu à une dynastie.

Martin Saint-Louis a néanmoins remporté la coupe Stanley à une reprise, à Tampa, en 2004.

Cette année-là, il a également remporté les trophées Hart, Art-Ross et Lester B. Pearson.

Il a remporté un deuxième titre des marqueurs, neuf ans plus tard, au terme d’une saison écourtée par un lock-out.

Entre les deux saisons, il a remporté le trophée Lady-Byng à trois reprises. Il passait rarement plus de 20 minutes au banc des pénalités par saison.

Il en sera également à sa deuxième année d’éligibilité.

Il fait également partie des favoris.

Jean-Sébastien Giguère demeure un jeune retraité. Il s’est faufilé de justesse parmi les 50 gardiens qui ont remporté le plus de matches en carrière. Il s’est surtout illustré dans les séries éliminatoires, durant ses meilleures années chez les Ducks d’Anaheim. Il a soulevé la coupe en 2007 et le trophée Conn-Smythe en 2003.

Kevin Lowe attend son tour depuis bien plus longtemps. Il était un membre important de la dynastie des Oilers d’Edmonton dans les années 1980, mais en tant que défenseur à caractère défensif, ses statistiques n’ont jamais été renversantes.

Bryan Murray se présente aussi comme un candidat intéressant chez les bâtisseurs.

« Peu de gens ont réussi à travailler dans cette ligue pendant quatre décennies », notait un autre membre du Temple de la renommée, Denis Potvin.

L’appel du Temple arriverait un peu tard. « Souvent, les bâtisseurs sont intronisés après leur retraite. Bryan a travaillé jusqu’à la toute fin », note Potvin.

Sylvain St-Laurent

Une opportunité pour Harris

CHRONIQUE / Trevor Harris ne sera peut-être jamais parfaitement à l’aise dans son rôle. Il ne comprendra peut-être jamais toutes les responsabilités qui viennent avec.

Nous avons reçu une nouvelle preuve, vendredi, dans la petite salle où les journalistes s’étaient entassés pour échapper au froid, à la Place TD.

Il s’est présenté pour se prêter au jeu des entrevues en se traînant les savates...

«Je n’en reviens pas. Vous avez tous vraiment hâte d’entendre ce que j’ai à dire», a-t-il déclaré, en essayant le plus possible d’avoir l’air au-dessus de ses affaires.

Un journaliste du réseau TSN, qui couvre la Ligue canadienne d’un océan à l’autre, lui a demandé un peu de sérieux.

Fallait-il vraiment lui expliquer pourquoi on s’intéresse au quart-arrière partant des champions en titre de la Coupe Grey?

Le même reporter a poursuivi l’entrevue. 

«Trevor... Tu ne vas quand même pas essayer de nous faire croire que le prochain match n’a pas de saveur particulière...

— Honnêtement, c’est juste un autre match. Je refuse de voir les choses différemment. Tout le monde a l’air d’attendre ou d’espérer une réponse différente. Je répète partout que c’est juste un match de football. L’équipe à l’attaque enverra 12 joueurs sur le terrain. L’équipe en défensive répliquera, à son tour, avec une douzaine de joueurs. L’enjeu sera élevé. Ce sera bien amusant. Mais je ne vais pas travailler plus fort que d’habitude. Je travaille de la même façon, avec la même intensité, chaque semaine.»

C’est à ce moment précis que j’ai ajouté mon grain de sel.

«La fierté n’entre pas en jeu? Certains de vos coéquipiers, comme Patrick Lavoie, en ont contre tous ces soi-disant experts qui ne croient pas au Rouge et Noir. Ça ne vient pas vous chercher, un tout petit peu?

— Bof... Les gens ont droit à leur opinion. C’est correct. Moi, je me fiche pas mal de ce que les gens pensent de notre équipe. Ces gens-là ne se placeront pas derrière le centre pour accepter le ballon. Ils ne jouent pas, ils ne font que regarder. Ils ont peut-être raison de douter de nous. Ils ont peut-être tort. On verra bien...»

Harris a continué à répondre aux questions pendant quelques minutes. Son ton, son débit n’ont jamais changé.

C’est comme si l’opportunité de remporter un championnat ne changeait rien pour lui.

On peut choisir de le croire sur parole.

On peut aussi le croire... jusqu’à un certain point.

Harris aurait le droit d’en avoir un peu plein le dos. Il pourrait être contrarié.

Un peu comme son équipe, il ne reçoit pas toujours le respect qu’il mérite.

Il a complété la saison régulière au quatrième rang dans la LCF, avec 4679 verges accumulées par la voie des airs.

Il partage le haut du pavé avec Mike Reilly, des Eskimos d’Edmonton, dans l’autre catégorie de statistiques la plus importante chez les quarts. Ils ont tous les deux complété 30 passes de touché.

Les stats de Harris seraient encore meilleures s’il n’avait pas raté quelques parties en raison d’une séparation de l’épaule.

Avec ses performances, sur le terrain, Harris devrait être considéré comme un des meilleurs quarts au pays.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

Même à Ottawa, dans la ville où il gagne sa croûte, Harris continue d’exister dans l’ombre de quelqu’un d’autre.

Henry Burris a été le porte-étendard du Rouge et Noir lors de ses trois premières saisons dans la LCF. Près d’un an après son dernier match, il n’a pas réussi à se détacher complètement.

C’est vrai qu’il n’a pas raté sa sortie.

Il nous a d’abord fait croire qu’il ne serait pas capable de jouer. Il s’est ensuite fait une raison. À la dernière seconde, il est arrivé sur le terrain au pas de course, en titubant légèrement. Il a livré une performance sans tache. Il est allé chercher une victoire que personne n’attendait. Il a donné à une ville de «bons perdants» son premier championnat sportif d’envergure depuis 1976.

Harris n’a pas besoin d’en faire autant.

Il est évident que les fans aimeraient revoir leur équipe dans le match de championnat, surtout que ce match sera présenté chez eux.

Pour que cela se produise, le Rouge et Noir n’a qu’à gagner deux fois. Contre deux équipes qui sont à sa portée.

Encore faut-il prendre ces deux parties pour ce qu’elles sont réellement. C’est-à-dire, des rendez-vous spéciaux, très importants.

Sylvain St-Laurent

Mathieu et son Movember

CHRONIQUE / Quand ils ont complété leur éreintante séquence de quatre parties en cinq jours, dimanche, les joueurs des Olympiques ont obtenu quelques heures de congé. Mathieu Bellemare a sauté sur l’occasion pour effectuer un voyage-éclair en Mauricie.

Il serait facile de l’oublier alors que tout va bien pour lui sur la patinoire. Le gardien le plus expérimenté de l’équipe n’a pas l’esprit complètement libre. Une partie de lui est toujours chez, lui, à Shawinigan.

Là-bas, son père Mario combat un cancer de la prostate.

« Justement, j’ai pu l’accompagner chez son médecin », m’a-t-il confié en quittant la patinoire, après l’entraînement de jeudi matin. « Nous avons reçu de bonnes nouvelles, a-t-il poursuivi. À date, ça se passe bien. »

Bellemare ne prend quand même aucune chance. Il veut créer un maximum de bon karma.

Au début du mois, il a plongé tête première dans la campagne de sensibilisation Movember.

Et ça marche.

D’abord, il faut reconnaître qu’il a fière allure. Cette partie ne devrait surprendre personne. Quand il est débarqué à Guertin avec ses jambières pour la première fois, il avait 17 ans. Sa barbe était déjà très fournie, fort impressionnante.

Pour les besoins de la cause, il en a rasé une grande partie. Il a conservé une moustache de type « fer à cheval », un peu comme celle que portait le releveur des ligues majeures Goose Gossage, dans les années 1980.

Les plus vieux se souviendront de lui. Les plus jeunes auront toujours l’opportunité de taper son nom dans Google.

Le Movember de Bellemare se porte bien parce qu’aux dernières nouvelles, il a réussi à recueillir plus de 800 $ en dons pour la recherche sur la santé masculine.

« J’ai été surpris. Je m’étais fixé un objectif plutôt modeste de 200 $, au départ. Je ne pensais même pas me rendre jusque-là. Dans la première journée, j’ai franchi la barre des 500 $. Vraiment, j’ai été surpris par la générosité des gens », me dit-il.

La plupart des gens qui ont contribué à la cause, jusqu’à maintenant, sont des gens de la Mauricie. À Shawinigan, tout le monde (ou presque) connaît la famille Bellemare. « Ma mère possède et dirige une mercerie en ville », explique-t-il.

Il paraît que des partisans des Olympiques ont commencé, tranquillement, à se manifester.

Ce n’est sans doute qu’un début.

On présume qu’ils continueront de s’ajouter, petit à petit, à la liste des donateurs. Qui sait ? Si le mouvement prend de l’ampleur, d’ici la fin du mois, on pourra tordre le bras des actionnaires de l’équipe pour qu’ils contribuent à leur tour.

Bellemare a signé une cinquantaine de victoires devant le filet gatinois au cours des trois dernières années.

Impossible de parler à Mathieu Bellemare sans faire le point. Il est revenu à Guertin un peu à reculons, à la fin de l’été. Il avait demandé une transaction qui lui aurait permis de se rapprocher de sa famille.

Ça n’a pas été possible.

Le jeune gardien continue de gérer cette situation avec maturité. On verra en temps et lieu. « Noël et la période des échanges arriveront bien assez vite, dit-il. En attendant, je ne me casse pas trop la tête avec toutes ces histoires. Je joue quand on m’envoie sur la patinoire. Entre les matches, j’ai du plaisir avec les gars qui sont ici. »

La distance qui le sépare de ses parents ne constitue pas, pour l’instant, un si gros obstacle.

Puisqu’il se porte bien, physiquement, Mario peut souvent faire le voyage entre Shawinigan et Gatineau. Il a vu plusieurs matches depuis le début de la saison.

Quand il ne peut se déplacer, la technologie aide.

Tous les matches de la LHJMQ sont disponibles en streaming. 

Mario Bellemare est lui-même un ancien gardien. Dans son jeune temps, il aurait même participé à un camp d’entraînement des Dynamos de Shawinigan, les ancêtres des Cataractes.

Il rate rarement une performance de son fils unique.

La technologie permet aussi au duo père-fils de garder contact. « On se parle presque chaque soir sur FaceTime », explique le fils.

« Quand je saute sur la patinoire, je pense seulement au hockey, précise-t-il, toutefois. J’ai le goût de performer autant qu’avant. J’ai même une source de motivation de plus. J’ai envie de gagner. J’ai envie de bien faire pour lui. »

Sylvain St-Laurent

Ce match devait être joué en plein air

CHRONIQUE / Un tweet du regretté Bob Bissonnette m’est revenu en tête, mercredi midi, alors que je roulais tranquillement vers la Place TD.

Je ne me souviens plus très bien des détails. Je ne saurais pas vous dire précisément quand c’est arrivé. Je me souviens juste d’une fois où la «rock star» a réagi avec beaucoup d’enthousiasme à l’annonce d’une série de matches hors-concours opposant les 67’s aux Olympiques.

«J’haïs Lance Galbraith», avait-il gazouillé, probablement en lettres majuscules. Avec des points d’exclamation.

Il faut comprendre qu’à l’époque où il jouait dans la LHJMQ, quand on l’appelait Roberto, Gatineau et Ottawa croisaient le fer souvent. Ça donnait à coup sûr des matches intenses. Parfois violents. Toujours mémorables.

Deux ou trois incidents, survenus dans ces rencontres, étaient restés gravés dans la mémoire de Bissonnette. Galbraith, la détestable peste de Brian Kilrea, conservait pour cela une «place de choix» dans son coeur.

Tout ça pour dire que je pensais à Bob, mercredi.

Je suis content, moi aussi, de savoir que les deux clubs de hockey junior de la région vont se retrouver dans le cadre d’un vrai match, avec des points à l’enjeu.

Surtout, je suis content de savoir que ce match sera joué en plein air.

On ne saura peut-être jamais exactement pourquoi les dirigeants de la LNH ont mis autant de temps à donner leur aval à ce projet.

Pour un paquet de raison, cette rencontre ne pouvait avoir lieu nulle part ailleurs que dans le gros stade de football.

Les 67’s et les Olympiques, d’abord, ont cruellement besoin de se rattacher à cet événement de marque. C’est une simple question de visibilité.

On ne se bouscule pas aux portillons du Centre Guertin depuis le début de la saison. On n’assiste pas à une ruée vers l’aréna de la Place TD non plus. Malgré tous les efforts fournis par les génies du marketing du Ottawa Sports and Entertainment Group, à peine 3000 personnes ont assisté au dernier match, dimanche, alors que le puissant Sting de Sarnia était en visite.

J’écris que les deux clubs de la région ont besoin de visibilité. Sauf qu’on pourrait dire la même chose de presque toutes les équipes de hockey junior au Canada.

Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, ne s’est pas déplacé jusqu’à Ottawa pour rien, mercredi.

Nous vivons à une époque où à peu près tous les événements sportifs d’envergure sont retransmis en direct et en haute définition dans des millions de foyers. Pour survivre et prospérer, les clubs de la Ligue canadienne de hockey doivent trouver des moyens de sortir de leurs vieux arénas. C’est vital.

«On nous offre une opportunité de mettre en évidence notre produit de manière plus accrue. En ce moment, l’aspect télévision est extrêmement important pour nous», a-t-il concédé.

La LNH aurait commis un grave impair en fermant les portes du stade à ses petits frères du hockey junior. Tout au long de l’année, on a célébré à Ottawa l’ensemble de la culture canadienne. Et le sport national des Canadiens n’est pas exclusivement l’affaire des professionnels.

Trente-sept jours. Dans 37 jours, les Sénateurs et le Canadien s’affronteront en bordure du canal Rideau. L’événement doit, on s’en souvient, servir à célébrer le centenaire de la LNH.

Que va-t-il se passer en ville, avant, pendant et après le match ?

On ne sait pas. On attend toujours la conférence ou le communiqué de presse dévoilant la programmation complémentaire.

J’ai posé la question aux gens qui m’entourent, mercredi. Personne n’est au courant de rien.

Suis-je le seul à m’en inquiéter ?

Sylvain St-Laurent

Dorion pense à long terme

CHRONIQUE / Dans le brouhaha de ce lundi très occupé, au Centre Canadian Tire, Erik Karlsson y est allé d’une déclaration importante. Personne, ou presque, n’y a porté attention.

Il était question du dernier voyage que les Sénateurs ont effectué en Suède. C’était en 2008. Karlsson, qui était alors âgé de 18 ans, portait les couleurs d’un club européen, les Indians de Frölunda. Il avait affronté ses futurs coéquipiers dans le cadre d’une partie hors-concours.

« Je ne me souviens pas grand-chose de ce match. J’étais trop jeune, trop excité pour comprendre ce qui se passait. J’espère simplement qu’il s’agira de mon seul et unique match en carrière contre Ottawa », a-t-il déclaré.

Karlsson vient donc d’affirmer, publiquement, qu’il souhaite passer le reste de sa carrière chez les Sénateurs.

À ma connaissance, c’est une première.

Dans la vie, il n’y a pas de hasards. La transaction monstre que vient de compléter Pierre Dorion lui permettra, entre autres, de libérer des fonds qui l’aideront à renouveler le contrat de son défenseur d’exception.

Vous me suivez ? 

Non ?

Je m’explique. Les exigences de Kyle Turris, son désir de signer un pacte d’une durée de six à huit ans, ont peut-être fait en sorte qu’il s’est sorti de la structure salariale d’Ottawa.

Dorion prépare l’avenir. Il sait fort bien qu’il devra, d’ici le 1er juillet 2019, négocier avec ses deux meilleurs joueurs. Karlsson et Mark Stone seront eux aussi à la recherche de contrats de longue durée.

Karlsson pourrait facilement devenir un des cinq joueurs les mieux payés de toute la LNH. Il commandera un salaire annuel supérieur à 10 millions $ US.

Stone passera également à la caisse. On le voit facilement gagner plus de six millions $ US par saison.

Dorion doit continuer à vivre avec les généreux pactes qui ont été consentis à Dion Phaneuf ainsi qu’à Bobby Ryan.

Ces quatre vétérans pourraient, ensemble, gagner une trentaine de millions par saison.

C’est des bidous, ça, mes amis.

Pour la première fois depuis longtemps, les Sénateurs ont de la relève de qualité au centre. Colin White, Logan Brown et – possiblement – Filip Chlapik ont le potentiel de piloter dans un trio offensif dans les prochaines années. À moyen terme, un de ces jeunes espoirs devrait remplacer le vétéran qui vient d’être sacrifié.

En attendant l’éclosion des jeunes, Matt Duchene sera là.

Dorion vient donc de compléter une transaction qui lui permet de mieux se positionner en prévision de l’avenir. Il a payé un fort prix, mais il a réussi à protéger ses plus beaux espoirs. Il n’a surtout pas affaibli son équipe dans l’immédiat.

Il a, en somme, fort bien travaillé.

Matt Duchene ne compte pas que des fans dans le monde du hockey. On m’a déjà dit qu’il pouvait parfois se montrer têtu, égoïste, un peu réfractaire à se plier aux systèmes de jeu contraignants.

On a écrit et dit de bien vilaines choses à son sujet, dans la dernière année, alors qu’il attendait la transaction qui le sortirait du Colorado.

Je choisis quand même de donner la chance au coureur. Je me souviens trop bien qu’en décembre 2011, on croyait que les Sénateurs avaient fait l’acquisition d’un autre jeune centre capricieux. 

Kyle Turris ne traînait pas la meilleure des réputations à son arrivée.

Et pourtant...

Au cours des six dernières années, Turris aurait pu écrire un livre sur la façon dont un athlète professionnel doit se comporter.

Il a choisi très tôt de s’installer en permanence à Ottawa de manière à travailler, 12 mois par année, avec le préparateur physique Chris Schwarz. Passer ses étés loin de sa famille lui aura permis de devenir un joueur complet.

Turris aura été un modèle de persévérance. Sa décision de jouer une demi-saison avec une cheville complètement détruite, en 2016, nous en a dit long sur sa force de caractère.

Malgré sa timidité maladive, il a toujours trouvé le temps de s’impliquer dans la communauté. Les Capital City Condors, club qui réunit des jeunes hockeyeurs aux besoins spéciaux, n’ont pas manqué de saluer celui qui fut pendant quelques années leur capitaine honoraire.

Ottawa, ce petit village qui possède un club sportif des ligues majeures, n’oubliera pas de sitôt sa grande générosité.

Sylvain St-Laurent

Le Hamburglar n’est pas mort

CHRONIQUE / On l’a très vite oublié, Andrew Hammond. Quand on l’a cédé à Belleville, au terme du camp d’entraînement, on a rapidement conclu que les jeux étaient faits. Une étoile filante. Trois décennies plus tard, le digne héritier de Steve Penney.

On a peut-être porté un jugement très hâtif.

J’ai assisté à son dernier match en personne, mercredi soir. Avant de me rendre à Belleville, j’ai jeté un coup d’œil rapide à ses statistiques. Elles étaient très bonnes.

Mais les stats, comme dirait un certain gardien d’élite qui gagne sa croûte dans une métropole, c’est pas nécessairement ce qu’il y a de plus important.

Un gardien doit savoir effectuer les gros arrêts quand ça compte, au moment où ses coéquipiers ont absolument besoin de lui.

Ça m’amène à vous parler du match de mercredi. Hammond avait été juste assez bon, pendant 60 minutes, pour permettre à ses coéquipiers d’atteindre la prolongation.

Le véritable défi est survenu lorsque le vétéran défenseur des B-Sens, Erik Burgdoerfer, s’est retrouvé au banc des pénalités alors qu’il restait trois minutes à faire.

Je me suis alors retourné vers le collègue photographe Patrick Woodbury, qui prenait des photos à côté de moi dans les gradins.

On va bientôt voir si le Hamburglar est toujours capable de faire des miracles, que je lui ai dit.

Dans les deux minutes qui ont suivi, j’ai compté quatre gros arrêts du gardien. Deux d’entre eux ont été réalisés alors que Max McCormick n’avait plus de bâton. L’équipe se défendait alors, essentiellement, à deux contre quatre.

Après le match, Hammond a essayé – avec plus ou moins de succès – de me convaincre que c’était un effort d’équipe.

«T’as vu ce qui s’est passé. Avec un joueur qui n’avait plus de bâton, nous avons été coincés dans notre territoire pendant les deux minutes. Je n’ai pas compté le nombre de lancers qui ont été bloqués, devant moi, par les gars, mais je sais qu’ils ont donné tout ce qu’ils avaient. Quand la rondelle a réussi à se rendre jusqu’à moi, j’ai réussi à la stopper avec une partie de mon corps.»

J’ai insisté un peu. Je voulais qu’il revienne sur sa propre performance. Il avait quand même été parfait jusqu’au bout, pour mener son équipe à une victoire de 4-3 en tirs de barrage.

«En fin de soirée, comme ça, tout le monde doit trouver une façon d’élever son jeu. Tout le monde est brûlé. Il est bien plus facile pour moi de puiser dans mes réserves quand je vois que les gars se placent dans des situations vulnérables pour bloquer des lancers. Dans ce temps-là, j’essaie juste de leur rendre la pareille.»

Dans le vaste et confortable vestiaire des B-Sens, le petit groupe de reporters locaux s’était précipité sur l’auteur du but décisif, Gabriel Gagné.

J’avais le Burglar à moi tout seul. J’en ai profité pour prendre de ses nouvelles.

— Jusqu’à maintenant, tout va bien pour toi ?

— On peut dire ça. J’essaie juste de profiter de l’opportunité qui m’est offerte. Je suis relativement satisfait de mes performances.

— Et la santé ?

— Ça va. Les médecins ont découvert l’an dernier la source de toutes ces petites blessures qui revenaient me hanter. Pour la première fois depuis longtemps, je suis en parfaite santé. Je touche du bois chaque jour, mais je ne vois pas pourquoi ça changerait.

— Est-il difficile de garder la tête haute ?

— Pas du tout. J’ai de bons coéquipiers. J’ai toujours le privilège de gagner ma vie en jouant au hockey. Quand on fait un métier qu’on aime avec des gens qu’on affectionne, il n’est pas difficile de garder un bon moral.

— Et la famille ?

— C’est le plus difficile,  je dois le reconnaître. Je suis venu tout seul, ici. Mon clan est venu me rendre visite une fois. Ils doivent revenir d’ici quelques jours. Je m’ennuie.

Les Hammond ont élu domicile en Ohio, pas trop loin de l’université Bowling Green, où Andrew a étudié. Si le clan n’a pas migré vers Belleville, c’est que le gardien pourrait bien n’y faire qu’un simple acte de présence.

«Andrew préférerait évoluer dans la LNH et la direction des Sénateurs essaie de l’accommoder», m’a confirmé l’entraîneur-chef des B-Sens, Kurt Kleinendorst.

Les dirigeants ont déjà essayé de l’échanger, sans succès.

Qui sait ? Hammond est de retour en santé, il fait de gros arrêts. Peut-être que, cette année, ça va fonctionner. 

Sylvain St-Laurent

Belle soirée à Belleville

CHRONIQUE / La foule venait à peine de célébrer le premier but (à domicile) de l’histoire des Senators de Belleville. Son auteur, Francis Perron, s’était assis au banc des joueurs.

Un bruit assourdissant s’est fait entendre dans les gradins du Yardmen Arena. On a vite trouvé la source. Un vieil homme, portant un costume de Batman, s’est lancé dans un vigoureux solo de cymbales.

BANG-BANG-BANG-BANG-BANG-BANG-BAAAAAAANG !!!

Face à cette belle démonstration de vigueur, la foule s’est mise à crier encore plus fort.

On nous a expliqué. Le superhéros percussionniste est un habitué de la place. Il avait l’habitude de se livrer en spectacle après chaque but marqué par les Bulls, du temps où les Bulls représentaient Belleville dans la LHOntario.

Le scénario s’est répété lorsque Filip Chlapik et Ethan Werek ont marqué les autres buts des nouveaux B-Sens. Chaque fois, on aurait dit que la foule était plus heureuse de retrouver le Bat-Musicien qu’autre chose.

Quand Gabriel Gagné a scellé l’issue de la soirée, inscrivant le but décisif qui donnait une victoire de 4-3 en tirs de barrage, alors là, le building a explosé pour vrai.

Les Senators ont su rallier leurs nouveaux fans durant la prolongation. Ils ont survécu en jouant deux minutes à trois contre quatre. Ils se sont retrouvés à deux contre quatre, même, quand Max McCormick a brisé son bâton.

Le Hamburglar a réalisé deux ou trois miracles au meilleur moment.

« C’est ça, notre équipe. Nous sommes entre bonnes mains », a conclu l’entraîneur-chef Kurt Kleinendorst en quittant la glace. 

Le défi, maintenant, sera de voir si ça peut durer.

En fin de journée, quand il s’est adressé à la presse, le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, a reconnu qu’il aurait pu installer son club-école ailleurs. D’autres villes, semble-t-il, étaient intéressées à l’accueillir.

Belleville avait un atout de taille dans son jeu. Elle offrait la proximité géographique.

On compte environ 200 km entre le Yardmen Arena et le Centre Canadian Tire. Cette courte distance facilitera grandement le travail de tous ceux qui œuvrent au développement des jeunes espoirs.

Le directeur général Pierre Dorion a pris le temps de se déplacer, mercredi. Son adjoint Randy Lee, aussi. L’entraîneur-associé Marc Crawford était sur place. Mais lui, il a grandi dans le coin. Au moment de le présenter à la foule, l’annonceur-maison n’a pas manqué de rappeler qu’il est « une légende vivante de Belleville ».

L’ennui, c’est qu’en étant située à 200 km à l’ouest d’Ottawa, Belleville se situe à environ 200 km à l’est de Toronto.

Si certains fans des Leafs qui vivent à l’intérieur même de la capitale ont du mal à se convertir, que peut-on espérer de ceux qui vivent à proximité de la Ville-Reine ?

J’en ai parlé à Randy Lee. Il me dit que je ne devrais pas m’inquiéter avec ce genre de choses.

« Nous allons procéder exactement comme nous avons procédé à Binghamton, m’a-t-il répondu. Quand nous sommes arrivés là-bas, en 2002, les fans ne connaissaient que les Whalers de Hartford et les Rangers de New York. Plusieurs n’auraient même pas été capables de situer Ottawa sur une carte ! Nous avons travaillé avec eux. Après un certain temps, ils ont fini par nous adopter. Dans les dernières années, les équipes de hockey mineur compétitives de Bingo portaient notre nom et nos couleurs. »

On disait souvent, à la blague, que Lee était le maire substitut de Binghamton.

Il était, en effet, fort populaire auprès des partisans, là-bas.

Nouvelle ville, nouveau surnom. 

Dans les cérémonies d’avant-match, mercredi, on a répété que le hockey n’aurait pu revenir à Belleville sans lui.

Le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, a expliqué que Lee fut comme « le crémage qui cimente les deux gaufrettes du biscuit Oreo ».

On lui offre un vrai beau défi.