Le premier ministre Philippe Couillard accompagné du maire Maxime Pedneaud-Jobin et du président de l’UMQ Alexandre Cusson.

Surenchère politique

CHRONIQUE / Les maires du Québec ont remarquablement bien joué leurs cartes cette semaine, lors du congrès annuel de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) à Gatineau.

Ils se sont servis de la campagne électorale qui approche pour forcer les chefs des grands partis à se compromettre sur une de leurs revendications de longue date : le transfert aux villes d’un point de TVQ — la taxe de vente du Québec.

Or les maires ont réussi leur coup au-delà de toute espérance. Cela fait plus d’une décennie que je couvre les congrès de l’UMQ. Depuis des années, les maires réclament qu’on leur verse une partie de la TVQ afin de réduire la dépendance de leurs villes à l’impôt foncier. Or malgré sa promesse de traiter les villes comme des partenaires, Québec avait jusqu’ici refusé d’accéder à cette demande.

Mais jeudi matin, coup de théâtre : en retard dans les sondages, Philippe Couillard s’engage, s’il est élu, à transférer aux villes le fameux point de TVQ. Même dans leurs rêves les plus fous, les maires ne s’attendaient pas à une telle concession de la part du premier ministre. Faut-il que M. Couillard ait peur de perdre ses élections, l’automne prochain, pour se compromettre de la sorte!

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, jubilait après le discours du premier ministre. « Je capote », répétait-il à tout vent, salivant à l’idée que ce point de TVQ rapportera, à terme, des millions supplémentaires dans les coffres de la Ville de Gatineau. À ses yeux, c’est une victoire historique qui se compare au transfert d’une portion de la taxe fédérale sur l’essence que les villes ont arrachée de haute lutte à Ottawa, il y a quelques années.

En plaçant la barre haute dès le départ, M. Couillard a forcé les autres chefs de parti qui prenaient la parole après lui au congrès à se compromettre à leur tour. Après avoir clamé sur les radios locales qu’il n’accorderait jamais un point de TVQ aux villes, le chef péquiste Jean-François Lisée y est allé d’une spectaculaire volte-face en après-midi, en promettant lui aussi de s’engager dans cette voie. Tout aussi réticent au départ, le chef caquiste François Legault a pris le même engagement, tout comme Gabriel Nadeau-Dubois de Québec Solidaire.

Au congrès de l’UMQ, les maires ont joué le jeu de la surenchère politique, et ça a rapporté.

Je sais que ces grands enjeux fiscaux passent dix pieds au-dessus de la tête de la majorité des contribuables. Pourtant, ce sont eux qui en verront les bienfaits sur leur compte de taxes au cours des prochaines années. Une taxe sur la consommation, comme la TVQ, motivera davantage les villes à stimuler le développement économique sur leur territoire.

Ceci dit, Québec n’avait pas le choix de bouger. Parce que ce congrès de l’UMQ a aussi mis en lumière le gros problème qui guette les villes au cours des prochaines années : le commerce en ligne.

Les transactions sur Internet échappent totalement au radar des villes qui taxent encore, au pied carré, des commerces en briques et en mortier.

Or la « dématérialisation » de l’économie se traduira par la fermeture de nombreux commerces et par un manque à gagner de plusieurs milliards pour les villes. On parle d’une perte qui équivaudra à la fermeture de 350 Wal-Mart, selon une étude d’Aviseo. À l’échelle de Gatineau, ce serait l’équivalent de perdre un gros centre commercial comme les Promenades de l’Outaouais. Cette tendance ne faiblira pas. Le nouvel accord de libre-échange nord-américain pourrait même l’accentuer, puisque les Américains souhaitent hausser le montant des transactions en ligne qui seraient à l’abri du fisc.

Québec n’avait plus le choix de modifier la fiscalité des villes pour leur permettre de s’adapter à cette économie de plus en plus intangible.

Reste que si les chefs de parti ont bougé si vite, c’est à cause du climat électoral ambiant, aucun doute là-dessus.