Partie de l’Inde en août dernier, la pilote Aarohi Pandit a entrepris de faire le tour du monde dans un Pipisrel Sinus 912 baptisé Mahi.

Sur les traces d’Amelia

CHRONIQUE / Dis-moi, Aarohi, c’était comment là-haut, dans ton petit avion de rien du tout? Aarohi Pandit, une jeune aviatrice indienne de 23 ans, est devenue la toute première femme à traverser l’Atlantique en solo à bord d’un avion ultraléger sportif, la semaine dernière. Un exploit réussi seulement trois fois avant elle, toujours par des pilotes masculins.

Un vol périlleux et cahoteux de 3000 km au-dessus de l’Atlantique et des terres désolées de l’Islande et du Groenland. À la merci d’une météo traîtresse, à des milliers de kilomètres de toute terre habitée et de l’aéroport le plus proche. Tout cela seule aux commandes d’un minuscule avion « plus léger que ta voiture », m’a lancé Aarohi en riant lors d’une entrevue à l’aéroport de Gatineau.

Et c’était comment ?

« Disons que ça brassait pas mal ! Si je n’avais pas été aux commandes, je pense que j’aurais été malade pour la plus grande partie du voyage. En plus, avec ma veste de sauvetage et ma combinaison étanche, c’est à peine si je pouvais bouger dans le cockpit. J’entendais littéralement mes os craquer ! » a-t-elle rigolé.

Aarohi Pandit

Non, cette jeune pilote n’a pas froid aux yeux.

Partie de l’Inde en août dernier, elle a entrepris de faire le tour du monde dans un Pipisrel Sinus 912 baptisé Mahi. Un organisme chapeaute l’expédition. L’objectif est d’amasser des fonds afin d’offrir des bourses d’études à des jeunes femmes qui souhaitent devenir pilote d’avion — tout comme Aarohi. L’Inde compte la plus grande proportion d’aviatrices au monde. Elles comptent pour 11 % des pilotes licenciés, contre environ 5 % en Amérique du Nord.

Son périple lui a déjà fait traverser la moitié du monde via le Moyen-Orient et l’Europe. Mais c’est la traversée de l’Atlantique en solo, entre l’aéroport de Wick en Écosse et Iqaluit, dans le Grand Nord canadien, qui lui a permis jusqu’ici d’inscrire son nom dans le livre des records de l’aviation. Elle y figurera auprès de son idole de toujours, la célèbre aviatrice Amelia Earhart, toute première femme à traverser l’Atlantique en solo, en 1932, dans un avion beaucoup plus gros que celui d’Aarohi. La légendaire aviatrice devait disparaître dans l’océan Pacifique, 5 ans plus tard, alors qu’elle tentait de compléter le tour du monde.

Amelia Earhart

Aarohi a eu une pensée pour Amelia alors qu’elle volait au beau milieu de l’océan, la semaine dernière. « J’ai compris comment elle s’est sentie avant de disparaître, a-t-elle raconté soudain sérieuse. L’océan est si… immense. Tu regardes autour et, tout ce que tu vois, c’est la mer et le ciel à perte de vue. Pas une bande de terre à l’horizon. Tu es là, petit insecte bourdonnant, perdu au milieu de cette immensité. C’est magnifique et… effrayant à la fois. Tellement qu’il ne faut pas trop s’arrêter à y penser ! » lance-t-elle avant de repartir d’un éclat de rire.

Aarohi s’est longuement préparée à ce voyage. Elle a suivi un programme d’entraînement de 7 mois dans les conditions extrêmes. « Ce genre d’expédition, c’est 70 % de préparation pour 30 % de vol », résume-t-elle.

Justement, Aarohi séjourne ces jours-ci à Ottawa pour régler les détails de son vol de retour via la Russie, la Chine et l’Asie du Sud-Est. Robin Hadfield, belle-sœur de l’astronaute Chris Hadfield, l’accompagne dans ses démarches. Elle-même pilote accomplie, Mme Hadfield ne tarit pas d’éloges à l’endroit d’Aarohi. La jeune femme contribue à briser bien des idées reçues à l’endroit des aviatrices. « Quand une femme dit qu’elle veut devenir aviatrice, elle se fait répondre : t’es folle, tu vas t’écraser et mourir ! », constate-t-elle.

Tout comme Amelia l’a inspirée à voler, Aarohi espère que son exemple conduira d’autres jeunes filles à embrasser une carrière d’aviatrice.

« Il y a une citation d’Amelia que j’aime bien : No border, just horizons — only freedom. » Son regard est devenu songeur. J’ai senti qu’en esprit, elle volait de nouveau très haut, quelque part au-dessus de l’Atlantique Nord, avec sa chère Amelia.