Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a rencontré des citoyens sur la rue Cartier, près du pont Alonzo-Wright.

Sur la ligne de front

CHRONIQUE / J’ai accompagné le maire Maxime Pedneaud-Jobin sur la ligne de front des inondations mercredi. Une journée chargée, avec une réunion du comité exécutif en matinée, une visite du PM Justin Trudeau sur l’heure du lunch, et une participation à l’émission Deux hommes en or en soirée.

Une journée parfois surréaliste aussi. Un moment, le maire est aux côtés de Justin Trudeau, avec les militaires et la grosse gomme fédérale, à évoquer auprès de la presse nationale les enjeux liés aux changements climatiques. Le moment d’après, le revoilà les pieds dans l’eau, sur la rue Saint-Paul. Devant lui, un vieux monsieur planté devant sa maison inondée qui lui dit : « Monsieur le maire, ma dalle de béton vient de craquer ». Ses yeux remplis de détresse disaient tout le reste.

Le maire s’est embauché un chauffeur pour la durée des inondations. Un ancien policier qui le conduit d’un avant-poste à l’autre, entre barricades et barrages policiers. Sur le terrain, les gens semblent apprécier sa présence. Le maire est bien accueilli par les inondés qui le saluent avec chaleur.

Rue Saint-Louis, un monsieur en a long à dire contre la gestion des barrages. Il est convaincu qu’Hydro-Québec est responsable des inondations. Le maire a beau lui dire que les barrages ne contrôlent que 40 % de l’eau, que la plupart des ouvrages sont au fil de l’eau (et n’ont donc pas de réservoir), rien n’y fait. Le monsieur s’en tient à sa théorie du complot. « En 2017, ils nous ont inondés pour protéger les riches de Laval. Tout ce que veut Hydro, c’est vendre son électricité au rabais aux Américains, tout en nous la faisant payer le plus cher possible... »

D’un site à l’autre, le maire écoute patiemment la litanie des sous-sols inondés, des sacs de sable qui s’empilent et des pompes qui tombent en panne. Il explique, rassure. Soulève même ici et là quelques sacs de sable.

Au centre d’aide de la rue Jean-René Monette, une dame à bout de nerfs, les traits cernés, lui confie sa détresse. « Il ne reste plus que 9 maisons dans notre secteur du creek à Moreau. Ça fait deux fois en trois printemps qu’on est inondés. Je n’ai plus la force de recommencer, de retirer tout le gyproc… Si on m’en donne la chance, je m’en irais. Quitte à emprunter un petit montant pour aller vivre ailleurs. Après tout, j’ai encore la santé. »

Déménager, mais pour aller où ? C’est la grande question.

La situation de cette dame, et des autres qui songent à déménager des zones inondées, laisse présager de la prochaine crise, celle qui suivra les inondations : la crise du logement. Certains proposent de déménager des quartiers entiers pour les soustraire aux crues printanières. D’accord, mais pour les reloger où ? Le taux d’inoccupation est à son plus bas à Gatineau. La pénurie de logements est plus criante que jamais. On a déjà du mal à reloger les sinistrés de la tornade. Qu’est-ce que ce sera après les inondations de cette année ?

Et puis le maire le répète sur toutes les tribunes, avant de reloger un quartier entier comme Pointe-Gatineau, il faut s’assurer d’avoir examiné toutes les options. Y compris de protéger le quartier des crues printanières au moyen de digues ou d’autres ouvrages du même genre. Tout en mangeant une salade sur le pouce dans un restaurant du boulevard Maloney, il évoque la famille Parenteau qui habite la Pointe-Gatineau depuis cinq générations. Ou les Bigras, dont l’un des ancêtres aurait sauvé de la noyade Lady Aberdeen, celle-là même qui a donné son nom au pont enjambant la Gatineau.

« Avant de dire de partir à ces gens qui habitent un quartier depuis cinq générations, je veux m’assurer que toutes les options ont été étudiées, y compris de protéger les quartiers contre les inondations printanières », a clamé le maire sur toutes les tribunes mercredi.

Quand j’ai quitté le maire, sa journée était loin d’être finie. Son équipe le préparait pour une excursion à Montréal. Le maire a accepté à la dernière minute de participer à l’émission Deux hommes en or (diffusé vendredi à Télé-Québec). L’occasion était trop belle de passer son message à un vaste auditoire, d’autant plus que l’un des coanimateurs, Patrick Lagacé, est son ami.

Les inondations sont le sujet de l’heure.

Le maire a bien compris qu’il doit en profiter pour faire entendre sa voix et mettre de la pression sur les gouvernements supérieurs.

Sa manière à lui de combattre la crue des eaux.