À l’époque où il jouait pour le Canadien de Montréal, Steve Penney gagnait 150000$ par année. «Je me disais que j’étais millionnaire», avoue celui qui est maintenant représentant de vente pour une compagnie de monture de lunettes.

Steve Penney et le hockey d’aujourd’hui

CHRONIQUE / L’ancien gardien de but Steve Penney a connu une gloire éphémère avec le Canadien de Montréal.

Arrivé avec l’équipe à la fin de la saison 1983-84, il a surpris le monde du hockey en menant les Canadiens jusqu’à la finale de conférence. 

L’année suivante, il terminait la saison régulière au troisième rang dans la Ligue nationale de hockey (LNH) au chapitre des buts accordés. 

Il a cependant été ralenti par les blessures durant la saison 1985-86, et il a dû céder sa place devant le filet au jeune Patrick Roy, qui lui a mené le Canadien à sa 23e conquête de la coupe Stanley. 

Penney allait être échangé aux Jets de Winnipeg l’année suivante où il a joué pendant deux ans avant d’accrocher ses patins.

Aujourd’hui âgé de 58 ans, Steve Penney habite la région de Québec et il est représentant des ventes depuis plus de 30 ans pour la compagnie Optique Cerem, une entreprise nationale de distribution de montures de lunettes.

Le Droit l’a récemment rencontré pour jaser un peu de hockey et de ses souvenirs avec les Glorieux.

LE DROIT : Comment comparez-vous le hockey d’aujourd’hui à celui joué durant vos années dans la LNH ?

STEVE PENNEY : C’est complètement différent. D’abord, c’est beaucoup plus vite. Et à la base, les joueurs s’entraînent beaucoup plus que nous le faisions à l’époque. Les gars s’entraînent 12 mois par année. Nous, dans le temps, on prenait une bonne partie de l’été de congé. Nous n’étions pas aussi suivis qu’aujourd’hui. Nous n’avions pas de nutritionniste ou rien comme ça. Aujourd’hui, il y a de jeunes joueurs qui ne sont même pas encore dans la LNH et qui ont des séances d’entraînement payées par leur agent. C’est un autre monde. Et c’est sans parler de l’équipement – surtout pour les gardiens – qui est 100 fois mieux qu’auparavant. Je dirais que les joueurs d’aujourd’hui sont meilleurs que nous l’étions. Cela dit, les meilleurs joueurs de mon époque seraient encore les meilleurs aujourd’hui. Ça, j’en suis convaincu.

LD : Mais les meilleurs joueurs de votre époque ne gagnaient pas 10 millions $ par année. Que pensez-vous des salaires d’aujourd’hui ? Les joueurs sont-ils trop payés ?

SP : C’est difficile de dire si c’est trop. Est-ce que l’acteur Brad Pitt vaut 20 millions $ par film ? Tout est relatif. Si on compare les salaires de mon époque à ceux d’aujourd’hui, tout le monde dira : « Oui, ils sont trop payés. » Mais ce n’est plus la même business. Aujourd’hui, c’est 50-50 entre les joueurs et les propriétaires. À mon époque, c’était 20 % pour les joueurs et 80 % pour les propriétaires. J’aime autant que la moitié aille aux joueurs. Oui, les propriétaires prennent le risque financier. Sauf que ce sont les joueurs qui mettent leur vie en danger chaque fois qu’ils sautent sur la glace. On voit ce qui se passe avec les commotions cérébrales. Il y a des risques et les carrières, en moyenne, ne sont pas très longues. Cinq ans, je crois. Donc si la business génère autant d’argent pour ces salaires-là, tant mieux pour les joueurs. Let’s go les gars, profitez-en.

LD : Combien gagniez-vous avec le Canadien de Montréal durant les années 1980 ?

SP : Je n’étais pas une super étoile. Je gagnais à peu près 150 000 $ par année. C’était beaucoup. Je me disais que j’étais millionnaire (rire). Je comparais avec mon père qui était en fin de carrière comme patron dans une usine de pâte et papier et qui gagnait 40 000 $ par année. Moi, j’arrivais à 22 ou 23 ans, et boum ! Du 150 000 $ en partant. En plus des bonus et le reste. C’était énorme. C’est sûr que j’aimerais jouer aujourd’hui avec les salaires que les joueurs gagnent. Mais jamais je ne vais pas pleurnicher sur le salaire que je gagnais.

LD : Le meilleur joueur que vous avez affronté ?

SP : J’ai joué contre Wayne Gretzky, Raymond Bourque, Mike Bossy. C’est difficile d’en choisir un seul. À l’époque, on jouait huit fois contre les équipes de notre division. Donc huit fois contre les Nordiques de Québec. Les frères Stastny, je les avais huit fois dans la face (rire). Donc pour moi, ce sont les frères Stastny. Gretzky, on le voyait seulement deux fois par saison.

LD : Quel joueur avait toute votre attention en s’élançant ?

SP : Bourque avait un lancer super précis et pesant. Bossy dégainait si rapidement que t’avais presque pas le temps de bouger. Michel Goulet avait un lancer lourd et précis aussi. Tandis que les trois frères Stastny, c’était plus de la finesse. Ils aimaient contrôler le jeu et il fallait que je garde un œil sur les deux autres, car je ne savais jamais où irait la rondelle.

LD : Le meilleur joueur avec lequel vous avez joué ?

SP : Guy Lafleur.

LD : Si on vous avait dit en 1986 que le Canadien venait de gagner son avant-dernière coupe des 33 prochaines années, l’auriez-vous cru ?

SP : Oh boy ! (Rire.) Pas du tout !