Benoit Leblanc, d’Itinérance Zéro.

S.O.S Itinérance Zéro

CHRONIQUE / Est-ce le début de la fin pour Itinérance Zéro ?

Cet organisme sans but lucratif qui offre des repas gratuits aux itinérants de Gatineau depuis maintenant cinq ans annoncera jeudi qu’il est dans l’obligation de réduire ses services, faute de bénévoles et de financement adéquat.

Itinérance Zéro offre présentement des repas chauds les lundis, jeudis et samedis dans le Vieux-Hull, et les mercredis dans le Vieux-Gatineau.

« Dans le Vieux-Hull, on se promène dans notre motorisé et nous avons 16 points d’arrêt, a expliqué le fondateur et directeur d’Itinérance Zéro, Benoît Leblanc. On commence à l’aréna Guertin, on sillonne les rues du quartier et on termine devant le Gîte Ami. Dans le Vieux-Gatineau, nous sommes sur la rue Notre-Dame les mercredis. On sert de 400 à 500 repas par semaine et de 80 à 120 usagers en profitent quotidiennement. Et le nombre de repas et d’usagers augmente sans cesse. La charge de travail de notre équipe d’une douzaine de bénévoles est incroyable.

«Nous devons donc couper les lundis, on n’a plus le choix, a-t-il affirmé. Nous n’offrirons plus nos services les lundis. C’est le groupe de cuisine où les bénévoles commencent à lâcher. Ces gens doivent aller en cuisine et préparer des sandwiches et des repas chauds dans sept grands plats en acier inoxydable. Ces repas sont ensuite apportés chez des bénévoles pour les réfrigérer jusqu’à la distribution. Ces bénévoles doivent ensuite réchauffer les plats pendant une heure ou deux puis les apporter au motorisé avant de les rapporter pour les laver. À un moment donné, ça fait beaucoup. Ça demande des heures de travail et les gens commencent à s’essouffler et s’épuiser. On a récemment perdu un gros morceau lorsque Manon Bégin (la responsable de la cuisine de Hull) nous a quittés. Elle en faisait beaucoup. C’est elle qui réchauffait les plats et qui les apportait au motorisé. Presque plus personne n’est prêt à faire ça.

«J’ai récemment dit à notre conseil d’administration que je ne sais pas combien de temps je pourrai poursuivre et que le prochain bénévole à lâcher sera peut-être moi, laisse tomber Benoît Leblanc. J’ai arrêté de compter les heures que je donne chaque semaine. Je suis épuisé, j’ai perdu 38 livres, je ne suis jamais à la maison. Ça use et on s’essouffle rapidement.»

La solution pour sauver Itinérance Zéro passe par un financement adéquat, croit M. Leblanc. Il affirme cependant que d’obtenir des sous pour poursuivre l’œuvre de son organisme s’avère presque impossible.

«On a toujours fonctionné sans subvention, dit-il. Mais là, on n’a plus le choix. Le problème, c’est que chaque fois qu’on veut demander une subvention, on est toujours ralenti parce qu’ils exigent une accréditation du CISSSO. On l’attend cette accréditation, on en a fait la demande en décembre dernier. Mais on n’a toujours pas de nouvelles. On ne demande pas une subvention de 200 000 $. On a juste besoin d’assez d’argent afin de pouvoir verser un salaire à un employé. La minute que j’ai un salarié, je pourrai faire une demande auprès des programmes retour à l’emploi. On pourrait confier les tâches un peu plus difficiles à deux ou trois employés qui font un retour progressif au travail. Ça allégerait la charge de travail des bénévoles.

«Les subventions accordées semblent toujours aller aux mêmes (organismes), déplore le fondateur d’Itinérance Zéro. Je trouve ça poche. On est à peu près les seuls qui ne dédoublent pas un service et qui sont là en dehors des cadres dits normaux. Tout le monde dans le communautaire travaille du lundi au vendredi de 8 h à 16 h. L’été, tout le monde prend des vacances. Comme s’ils étaient au gouvernement fédéral. Comme si l’itinérance prenait elle aussi une pause. Nous, la journée de Noël, on est là. Les congés fériés, on est là. On est sur le terrain depuis cinq ans. Le financement pourrait aussi provenir du privé. Peu importe. Mais il faut que ça bouge. Parce qu’à un moment donné, on n’en pourra plus», conclut M. Leblanc.