Propriétaire de la Crèmerie AMS à Sherbrooke, Annabel Moya-Salto a décidé de ramener la vaisselle de verre durable entre les mains de sa clientèle plutôt que de les voir jeter aux ordures plats et ustensibles jetables après quinze minutes d’utilisation. Elle mise sur un système de consigne afin d’assurer le fonctionnement de son initiative.

Consigne et crème glacée

CHRONIQUE / J’aurais tendance à pencher pour le sundae au caramel, le smoothie sans banane ou plus probablement encore le yaourt glacé aux petits fruits. Mais peut-être préférez-vous le banana split, l’avalanche ou un autre de ces desserts où le soleil, la canicule et la crème glacée collante sur le menton frayent ensemble sur une terrasse bondée, au bord de l’eau ou d’un boulevard asphalté et très passant.

Peu importe, de façon assez générale, on essaie de prendre suffisamment son temps pour bien savourer, mais tout en se pressant quand même un peu, histoire que ça ne coule pas en fondant jusque sous les aisselles, ce qui nous priverait d’une certaine liberté d’action.

Cette improbabilité tout à fait désagréable désormais imprégnée dans votre imaginaire, entendons-nous pour dire qu’à moins d’être un irréductible du cornet, on passe environ une quinzaine de minutes à savourer notre « crème en glace » ou notre petite molle avant de jeter à la poubelle le contenant de plastique, la petite cuillère, la paille et tout le tralala.

Quinze minutes, c’est aussi l’évaluation que faisait Annabel Moya-Saltos de la durée de vie des contenants qu’elle distribuait à la Crèmerie AMS dont elle est propriétaire à Sherbrooke. Au cours de l’hiver qui s’achève lentement, elle a beaucoup réfléchi, beaucoup magasiné aussi. Lors de la réouverture du commerce, vers la mi-avril, les clients d’Annabel se verront servir leurs plaisirs laitiers dans de la vaisselle traditionnelle, en verre, comme dans le bon vieux temps.

« J’ai calculé qu’on passait chaque été environ 10 000 contenants, ça n’avait simplement pas de sens », explique Annabel, qui répond ainsi aux demandes répétées d’une grande partie de sa clientèle, mais aussi à ses propres préoccupations environnementales.

« Il y a une prise de conscience, c’est vrai, et j’ai toujours trouvé plus intéressant de construire que de rester dans de vieilles habitudes », raconte celle qui a quitté l’Équateur pour le Québec en 1987 pour ses études de maîtrise en gestion des coopératives, et qui a depuis fait mille boulots.

Sa crèmerie, elle l’a relancée l’été dernier après trois années de fermeture. Environ 12 000 clients y passent au cours de l’été, on sert en moyenne 36 000 petits plats à base de crème glacée. Chaque jour, les poubelles étaient pleines à rebords.

Ce qu’Annabel met de l’avant, c’est un service de consigne. Le client est invité à laisser 2 $ de dépôt avant d’aller s’installer en terrasse avec son smoothie ou sa coupe glacée. Lorsqu’il ramène son pot Mason, son plat et sa cuillère au comptoir, on lui redonne l’argent du dépôt.

Annabel s’attend à ce que la majeure partie de la clientèle embarque sans problème, voire avec enthousiasme, dans cette nouvelle façon de faire.

Pour les quelques récalcitrants, elle gardera sous la main des plats compostables qu’elle a aussi magasinés au cours des derniers mois. La Ville de Sherbrooke ayant annoncé un projet-pilote de collecte des matières compostables pour les industries, commerces et institutions (ICI), la crèmerie espère en bénéficier. Sinon, il faudra peut-être ramener le compost à la maison, et ça, ça n’a pas trop de sens.

Annabel n’est pas seule en ce moment parmi les commerçant.es et restaurateurs.trices à revoir leur offre de contenants. Nombreux sont ceux à troquer ces jours-ci les contenants de plastique et/ou de styromousse pour d’autres options plus vertes, souvent compostables. D’autres qui n’avaient pas envisagé de changements d’habitudes sont souvent appelés à le faire par leur clientèle. La pression est de plus en plus forte.

S’il n’y a aucune (aucune de chez aucune) raison valable de servir un plat à manger sur place dans de la vaisselle jetable, le compostable s’avère assurément l’option la plus intéressante pour les plats à emporter, pour l’instant du moins.

Je dis pour l’instant parce que des fois, assez souvent, l’humain peut se montrer joyeusement surprenant. Et que j’ai donc bon espoir de voir poindre, un peu comme La Tasse dont on a récemment parlé, une version Le Plat ou La Boîte à lunch pour les plats à emporter.

Vous vous rappelez, ce projet de Tasse en consigne que vous pouvez faire remplir ou troquer dans tous les cafés et commerces participants? Celui lancé dans Villeray, mais qu’on espère voir adopté rapidement dans tout le Québec.

Ben, je sais pas par chez vous, mais ici à Sherby, ça va se passer tout plein dès le mois de mai. Non seulement les cafés ont embarqué, mais la Ville en a fait tout autant. Pour chaque Tasse que se procuraient les commerces du territoire sherbrookois, les instances municipales en subventionnaient autant.

Alors là, je rêve un peu, je pitche ça dans l’univers, mais Le Plat, ou encore La Boîte à lunch, est-ce que ça pourrait fonctionner aussi?

Plutôt que d’arriver chacun avec nos petits plats en allant chercher notre dîner, y aurait moyen de le faire avec Le Plat ou La Boîte à lunch standardisé dans tous les commerces et restaurants participants.

Je sais, ça apparaît un peu plus compliqué. Mais y a sûrement moyen de moyenner.

Parce que le compostable est un beau plan, mais c’est quand même un plan B, au même titre que la récupération, parce que ça exige tout de même au départ qu’on pige dans nos ressources pour en assurer la fabrication récurrente.

Et qu’il n’y a rien, rappelons-le, comme la réduction à la source.

La Crèmerie AMS d’Annabel Moya-Saltos, une ancienne institution de la rue King, est désormais située à même le Dépanneur Carrefour Portland, coin de Portland et des Érables.