En vérité, on ne peut pas encore savoir si D.J. Smith est un bon choix pour diriger les Sénateurs.

Smith mérite qu’on lui laisse sa chance

CHRONIQUE / Les partisans se sont encore une fois précipités dans les réseaux sociaux pour dénoncer cette nouvelle « terriblement mauvaise décision » de Pierre Dorion.

C’est devenu une sorte de réflexe pour les partisans.

Parce que les partisans sont amers. Aigris. Désabusés.

En vérité, on ne peut pas savoir. On ne peut pas savoir si D.J. Smith est un bon choix pour diriger les Sénateurs.

Comment peut-on savoir ? On ne le connaît même pas !

Son embauche s’inscrit dans une longue suite logique. Les Sénateurs ont eu six entraîneurs différents au cours des 12 dernières années. Combien de fois ont-ils levé le nez sur des candidats établis pour miser sur un candidat de la relève ?

Combien de fois ont-ils choisi un obscur vieux routier qui avait connu du succès aux niveaux inférieurs, sans jamais obtenir une chance dans la Ligue nationale ?

Vous allez me dire qu’ils ont souvent regretté ces coups de dés. Et vous aurez raison.

Ça ne veut pas dire qu’ils vont regretter celui-là.

On ne sait pas.

Si vous m’aviez demandé mon opinion de Smith, au terme de la conférence de presse de jeudi midi, j’aurais été bien embêté.

Assis au podium, pendant une quinzaine de minutes, le nouvel entraîneur n’a rien dit de très inspirant.

Enfin, si. Un truc. Il a regardé une vingtaine de matches des Sénateurs sur vidéo, de façon à bien se préparer en prévision de son entrevue. On peut donc déduire qu’il a passé trois journées complètes, devant un écran, pour bien identifier les tendances et trouver les travers de l’équipe qu’il voulait diriger.

Je parie un vieux billet de cinq dollars fripé que les autres candidats au poste ne se sont pas donné autant de mal.

Sinon, Smith a dit qu’il allait exiger un effort constant et complet de ses joueurs. « Les demi-mesures ne sont pas tolérées ! »

On a déjà entendu ça, plusieurs fois, dans le passé.

« On va jouer vite. On va travailler fort. » On connaît la chanson.

Heureusement, j’ai pu l’accrocher pour discuter pendant quelques minutes avant de quitter le building.

Il a commencé par parler des circonstances dans lesquelles il s’est lancé dans le coaching.

« J’ai subi des commotions cérébrales. Je ne sais pas combien, exactement. Je me bagarrais régulièrement et je n’ai pas raté un seul match avant d’être blessé sérieusement. Je n’ai pas eu le choix d’arrêter quand on m’a fait comprendre que la prochaine pouvait me laisser de profondes séquelles. »

Dans un contexte plus informel, il a trouvé les mots pour partager sa passion.

« Trouver un moyen d’aider un joueur au talent limité, c’est franchement gratifiant. Les joueurs de grand talent trouvent toujours un moyen de se faufiler. Les joueurs marginaux, quand on peut trouver une façon de les aider à franchir les obstacles, c’est vraiment valorisant », dit-il.

Je lui ai rappelé qu’il partait de loin. En huit années de carrière, il avait joué tout juste 45 parties dans la LNH. Il est encore plus difficile de percer à titre d’entraîneur. Pouvait-il vraiment se permettre de rêver de diriger, un jour, sa propre équipe ?

« C’était mon objectif, à 100 %. Je savais qu’il n’y avait qu’une façon de gravir les échelons. Je devais gagner. Avec le temps, nous avons trouvé une recette gagnante à Windsor. Quand je me suis retrouvé tout seul, à Oshawa, je savais que j’étais condamné à gagner, encore et toujours. Si je n’avais pas gagné, je ne serais pas ici aujourd’hui. »

« Je me suis mis beaucoup de pression sur les épaules. Et le succès ne m’est pas tombé dessus par hasard. »

Il mérite qu’on lui laisse sa chance.