Tristan Scherwey joue habituellement en Suisse. Il avait attiré l’attention d’un dépisteur des Sénateurs, l’an dernier.

Six mille kilomètres, un but

CHRONIQUE / Dans cinq ans, personne ne se souviendra du passage de Tristan Scherwey au camp d’entraînement des Sénateurs.

En fait, je serais prêt à parier que la plupart des partisans de l’équipe l’ont déjà oublié.

Certains n’ont même jamais su qu’un type nommé Tristan Scherwey a participé au camp.

D’autres ont découvert son existence en consultant le sommaire du match préparatoire du mardi dernier, à St. John’s. Scherwey a marqué un but et obtenu une mention d’aide dans la victoire de 3-2 contre les Maple Leafs de Toronto.

Scherwey est reparti chez lui trois jours plus tard, sans faire de bruit. Il a été libéré par les Sénateurs, ce week-end. Il détenait un simple contrat d’essai professionnel.

À ceux qui ont pris le temps de lui parler, il a quand même laissé une bonne petite histoire.

J’ai le goût de commencer la semaine en vous la partageant. Grosso modo, c’est l’histoire du gars qui a pris une pause de sa vie normale et qui a parcouru 6000 kilomètres pour marquer un but dans la Ligue nationale de hockey.

Première chose à savoir. Scherwey n’est pas venu à Ottawa parce qu’il avait besoin de travail. Il est originaire de Fribourg, en Suisse. Il a 28 ans. Il a passé les 10 dernières saisons à défendre l’honneur du Club des patineurs de Berne, dans la très respectable ligue d’élite de son pays.

Il est encore sous contrat avec eux pour six ans.

Il est tombé dans l’œil d’un dépisteur professionnel des Sénateurs, l’an dernier.

Quand il a reçu l’invitation, il a été surpris.

« C’était surtout une grande motivation de pouvoir obtenir une chance comme celle-là. Aussi, voir autre chose. Sortir de la Suisse, voir ce que ça veut dire, se mêler à la NHL, si je peux dire comme ça. Je ne regrette aucune seconde de mon stage ici. Je peux apprendre énormément des entraîneurs ou de tous les joueurs. Il y a vraiment de la grande qualité par là. C’est que du positif. Je peux en apprendre tous les jours », m’a-t-il expliqué.

Tant qu’à faire tout ce chemin, Scherwey a tenté le grand jeu.

Si la direction des Sénateurs avait été impressionnée au point de lui offrir un contrat, il aurait écouté. Il aurait peut-être tout lâché pour s’aventurer là « où jouent les meilleurs joueurs sur la planète ».

Scherwey ne savait pas trop à quoi s’attendre.

« Seulement, on m’avait souvent dit que mon style de jeu était plus répandu ici. »

Et ce style de jeu, c’est ?

« Emmener de l’énergie. Finir les charges. Aller là où ça fait mal. Ouais. Je le mettrais comme ça. »

Sur la toile, on peut trouver quelques articles qui font état d’une enfance difficile. Un tempérament pas toujours évident.

Pour l’enfance, je ne sais pas quoi dire. J’ai pu discuter avec le joueur pendant une quinzaine de minutes, à peine, la semaine dernière. Cela ne nous a guère laissé le temps de parler de ces histoires.

Pour ce qui est du tempérament, j’ai du mal à le croire.

Je vous rappelle qu’il a passé les 10 dernières années avec le même club de hockey. Dans le sport, les organisations professionnelles ne s’embarrassent pas de cas problèmes pendant de bien longues périodes.

En plus, le CP Berne est le club de référence, en Suisse. Il se produit devant des foules dignes de la LNH et collectionne les trophées. Il a remporté le championnat des séries éliminatoires à trois occasions au cours des quatre dernières années.

On ne gagne pas de championnats avec des pommes pourries.

Les décisions du préfet de discipline suisse nous laissent croire que Scherwey n’est pas un adversaire trop commode. Il a souvent été suspendu pour ses actions.

« Dans une équipe, ça prend des joueurs différents. On sait qu’il ne peut pas y avoir 20 playmakers dans une équipe. Il faut aussi des joueurs qui sont prêts à aller où ça fait mal. Je pense que c’est un truc que j’ai essayé de comprendre le plus vite possible. Mon style de jeu est nécessaire, aussi, dans une équipe. Maintenant, je continue avec ça. On verra jusqu’où ça va me mener », explique-t-il.

J’imagine qu’on connaîtra la réponse à cette question dans quelques années. En attendant, le hockey a mené Scherwey sur l’île de Terre-Neuve. Dans un match – préparatoire – contre une des équipes les plus connues de la LNH, il a marqué un but. Le but victorieux, de surcroît.

J’imagine que ça valait amplement le déplacement.